Massimo Giorgetti comprend l’importance d’évoluer avec son temps. Pour sa collection MSGM automne 2025 pour hommes, il s’est aventuré en terrain inconnu, s’éloignant des lieux milanais établis et des défilés traditionnels. Il a plutôt choisi d’organiser un rassemblement nocturne dans un club alternatif, un espace plus en phase avec l’énergie de la jeune génération. Ce changement de présentation reflète un changement plus profond dans la collection elle-même, qui adopte une esthétique plus sombre et plus grinçante.

L’objectif de Giorgetti allait au-delà de la simple présentation de vêtements. Il souhaitait créer une expérience authentique, un véritable reflet de la culture de la jeunesse contemporaine. Avec l’influence omniprésente des réseaux sociaux, il souhaitait offrir un aperçu de la réalité non filtrée, en contraste avec les personnalités en ligne soigneusement élaborées. Pour capturer cette atmosphère, il a collaboré avec le cinéaste, photographe et artiste Bruce LaBruce. Ce dernier a documenté l’événement et créé le lookbook de la collection, apportant son point de vue unique au projet.
Cette saison marque une rupture avec le style habituellement vibrant et optimiste de MSGM. Giorgetti s’est inspiré de deux films cultes de la fin des années 90 et du début des années 2000, Gummo de Harmony Korine et Donnie Darko de Richard Kelly. Ces films, connus pour leur atmosphère inquiétante et leur exploration des angoisses de la société, ont servi de base thématique à la collection. L’influence de ces films se manifeste de plusieurs manières. Les lapins, un motif présent dans les deux films, apparaissent dans toute la collection. Ils apparaissent sous forme d’aquarelles sur les chemises de bowling, d’imprimés sur les T-shirts, brodés comme nouveau logo sur les sweats à capuche et même comme motif sur un manteau en fausse fourrure. Les champignons sont un autre élément récurrent, ajoutant une touche d’ironie ludique, notamment sur un T-shirt à slogan qui déclare « J’aime les champignons ».
L’aspect plus grinçant de la collection est évident dans les tissus et les silhouettes. Le denim délavé, le jersey délavé, les superpositions écossaises et les tricots flous contribuent tous à créer une ambiance. Les pièces en faux cuir noir lisse ajoutent à la tonalité sombre de la collection. Giorgetti a traduit le grunge en une interprétation italienne sophistiquée. Les chemises à carreaux carrées et les manteaux de voiture sont ornés de motifs sophistiqués, tels que les carreaux Vichy et Prince de Galles. Les manteaux en fourrure d’ours en peluche présentent des imprimés de lapin, tandis que le velours et le denim délavé sont texturés et vieillis. Cette approche offre une version polie du grunge tout en maintenant l’engagement de MSGM en matière de qualité et d’artisanat.
Le fait que Giorgetti ait choisi LaBruce comme collaborateur ajoute une autre couche de complexité. LaBruce, connu pour ses œuvres souvent provocatrices et non conventionnelles, contraste avec l’image habituelle de MSGM. Bien que le lookbook soit relativement sobre par rapport à la production habituelle de LaBruce, il capture l’énergie brute de l’environnement du club. Les images de jeunes mannequins posant dans l’obscurité avec de gros champignons gonflables créent une atmosphère surréaliste, presque onirique. Cela s’inscrit dans la lignée des influences cinématographiques, évoquant un sentiment de réalité altérée.
L’objectif de Giorgetti va au-delà de la mode. Il souhaite créer des espaces où convergent différentes formes d’expression créative. Il cherche à mélanger l’art, la musique, la mode et la vie réelle pour créer une expérience plus immersive et engageante. Cette approche reflète une tendance plus large dans le monde de la mode, dans laquelle les marques vont au-delà de la simple vente de vêtements pour offrir un style de vie. La collection est une étape audacieuse pour Giorgetti. Elle témoigne de sa volonté d’expérimenter, d’embrasser de nouvelles influences et de s’adapter à un paysage culturel en pleine mutation.