La collection automne 2026 d’Enfants Riches Déprimés s’ouvre sur un paradoxe. Henri Alexander Levy, le fondateur de la griffe californienne, avait choisi la Maison de la Chimie, un hôtel particulier du VIIe arrondissement aux moulures du XVIIIe siècle, pour présenter un univers visuel forgé lors d’un séjour à Moscou en décembre dernier. Là-bas, il avait exposé ses œuvres plastiques et les géométries du constructivisme soviétique et du suprématisme l’avaient rattrapé. Le résultat ? Un vestiaire masculin plus austère, plus affûté, habité d’une tension nouvelle.

Levy le reconnaît volontiers : la collection s’est construite de façon presque instinctive, au fil des mois, sans thème imposé. C’est précisément cette absence de programme rigide qui lui confère sa densité. On y retrouve les abstractions géométriques de Malevitch et de Rodtchenko, non pas en tant que références culturelles ostensibles, mais comme une grammaire visuelle absorbée et transformée. Le résultat est plus discret qu’on ne pourrait l’attendre d’une maison connue pour sa provocation.
La mise en scène de ce défilé automne-hiver 2026 avait de quoi surprendre. Au centre d’une cour enneigée reconstituée, une installation provocante a capté l’attention avant même l’apparition des premiers looks. Peu importe. Ce qui compte pour les amateurs de vêtements masculins, c’est ce que Levy a réellement proposé sur le podium : une maturité qu’on ne lui connaissait pas encore.

Le manteau, grande pièce de la saison froide, est ici traité avec une autorité remarquable. Un modèle noir à bordure de fourrure sable s’impose par sa présence, sans artifice. À ses côtés, un shearling sombre et un trench brillant aux finitions en fourrure rappellent que l’élégance masculine peut être à la fois fonctionnelle et affirmée. Ces vêtements n’ont pas besoin de crier pour exister.
Les vestes aux épaules structurées et aux influences militaires témoignent d’un travail de coupe approfondi. Levy a toujours su opérer la distinction entre la rue et l’atelier, mais rarement avec une telle netteté. La collection automne 2026 marque un tournant : le fondateur d’Enfants Riches Déprimés semble avoir trouvé une nouvelle façon d’habiller l’homme sans le déguiser.
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La griffe n’a pas renoncé à ses fidèles. Quelques pièces plus légères, plus courtes et plus chargées symboliquement rappellent l’ADN d’ERD. Mais elles sont encadrées et contenues par un ensemble qui penche clairement vers la gravité. Levy l’a lui-même dit : avec le temps, il se retrouve attiré par les choses simples. Or, la simplicité, en mode comme ailleurs, est souvent ce qui coûte le plus à atteindre.
La robe de soirée en satin bleu nuit qui clôt le défilé, pièce aux accents Art déco taillée dans une précision horlogère, concentre à elle seule les contradictions fécondes du créateur. Levy parle de « réarranger l’histoire », mais ce qu’il propose pour l’automne 2026 est davantage une avancée qu’une révision. Une avancée mesurée, presque silencieuse. Et c’est peut-être là sa force.
Henri Alexander Levy a toujours cultivé l’ambiguïté comme stratégie créative. Artiste, musicien, styliste : il refuse les étiquettes. La collection automne 2026 d’Enfants Riches Déprimés prolonge cette posture avec une sobriété inédite. Alors que ses premières collections jouaient volontiers la surenchère, celle-ci mise sur la retenue. Pas de tapage, pas d’excès démonstratif. Une ligne claire, des matières nobles, une intention lisible.
C’est cette lisibilité qui séduira les hommes soucieux de leur garde-robe. Pas ceux qui cherchent un logo à brandir, mais ceux qui veulent un vêtement qui se suffit à lui-même. Avec cette collection automne 2026, ERD signe peut-être sa pièce la plus convaincante à ce jour pour le public masculin.























