Le baril de Brent a déjà augmenté de plus de 16 % en moins d’une semaine, et l’émissaire économique du Kremlin, Kirill Dmitriev, évoque publiquement un pétrole à 100 dollars « prochainement ». La question que se posent actuellement des millions d’automobilistes français est simple et directe : faut-il se précipiter à la station-service ou garder son calme ? Voici ce que l’on sait vraiment sur le prix du carburant et sur l’impact concret de la guerre en Iran à la pompe.
Pourquoi le détroit d’Ormuz est vital pour le pétrole mondial
Depuis le 28 février 2026, date à laquelle les États-Unis et Israël ont lancé l’opération militaire « Epic Fury » contre l’Iran, le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz a fortement diminué. Selon la société d’analyse des marchés pétroliers Kpler, il ne passerait plus que quatre pétroliers par jour dans ce bras de mer stratégique, contre une moyenne de 24 par jour depuis janvier, d’après la société d’analyse Vortexa.
Ce couloir de 40 kilomètres de large relie le golfe Persique à l’océan Indien. Un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié y transitent. Autrement dit, ce n’est pas un détail géopolitique de plus : c’est le robinet de l’énergie mondiale et il est presque fermé.
Plusieurs pétroliers auraient été touchés par des projectiles à proximité du détroit, ce qui dissuade davantage les armateurs de tenter la traversée. Le groupe danois Maersk, deuxième armateur mondial, a suspendu tout passage par ce détroit. Les groupes MSC, CMA CGM, Hapag Lloyd et Cosco ont suivi son exemple. De fait, quelque 200 pétroliers de brut et de produits raffinés se retrouvent bloqués dans le golfe.
Hausse du pétrole comment le baril de Brent s’emballe en quelques jours
Les marchés pétroliers ont réagi avec une brutalité qu’on n’avait pas vue depuis le début de la guerre en Ukraine. Ce lundi 2 mars, à l’ouverture des marchés, le baril de Brent a grimpé de plus de 13 %, dépassant les 82 dollars.
Il est passé de 70,91 dollars le 26 février à 82,58 dollars le 4 mars, soit une hausse de près de 16,5 % en six jours.
Goldman Sachs a révisé ses prévisions à la hausse en cours de semaine. La banque s’attend désormais à ce que le prix du Brent atteigne en moyenne 76 dollars au deuxième trimestre 2026, soit 10 dollars de plus qu’anticipé précédemment. Elle prévient toutefois que si les perturbations au détroit d’Ormuz devaient durer cinq semaines, le prix du baril pourrait atteindre 100 dollars.
C’est précisément ce seuil symbolique que Kirill Dmitriev, conseiller économique du Kremlin, a évoqué dans un message sur X, en imaginant le prix du baril grimper « prochainement à plus de 100 dollars ». Un tel niveau n’avait plus été observé depuis le début de la guerre en Ukraine, il y a quatre ans.
Prix de l’essence en France, les premières hausses déjà visibles à la pompe
Les prix à la pompe en France ont déjà commencé à augmenter. Entre le 1er et le 3 mars 2026, le sans-plomb 95 est ainsi passé de 1,772 €/l à 1,813 €/l, et le gazole, de 1,722 €/l à 1,805 €/l.
Le 4 mars 2026, le SP98 coûtait en moyenne 1,873 € le litre et le gazole, 1,818 €. Le diesel a enregistré la progression la plus marquée, avec une hausse de 6,37 %.
Le jeudi 5 mars, le litre de sans-plomb 95 se vendait en moyenne 7 centimes de plus qu’au cours de la semaine précédente, à 1,78 euro.
Ces chiffres sont déjà significatifs. Mais ils ne constituent probablement que le premier acte. Les stations-service répercutent généralement la hausse des prix environ dix jours après la montée des cours. La hausse du baril enregistrée ces derniers jours n’a donc pas encore été intégralement répercutée à la pompe. La vague principale est sur le point d’arriver.
Le prix de l’essence à la pompe pourrait ainsi grimper jusqu’à 2 euros le litre, comme en mars 2022, au début de la guerre en Ukraine. Et dans le scénario le plus pessimiste, si l’instabilité régionale devait perdurer, les analystes n’excluent pas un retour du baril aux alentours de 100 dollars, voire 130 dollars, ce qui correspondrait à un prix du litre d’essence ou de gazole supérieur à 2 euros.
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Faut-il faire le plein maintenant ou attendre encore quelques jours
C’est la question que tout le monde se pose. La réponse est nuancée.
D’un côté, les prix vont encore monter dans les prochains jours. C’est presque mécanique. Le baril a grimpé, et la répercussion à la pompe se fait sentir avec un certain décalage. Rien n’indique par ailleurs que le conflit soit sur le point de se résoudre.
D’un autre côté, la France dispose d’une réserve de 17 millions de tonnes de pétrole brut, de gazole et d’essence, soit l’équivalent de trois mois de consommation de carburant, répartie sur près d’une centaine de sites disséminés sur le territoire. Il n’y a donc aucun risque de pénurie à court terme.
Les spécialistes écartent tout risque de pénurie en France : « Nous ne dépendons pas du pétrole iranien, et nous n’en achetons même pas », explique Salomée Ruel, professeure de logistique à l’École de management Léonard de Vinci.
Roland Lescure, le ministre de l’Économie, a été catégorique : « Il n’y a aucun risque d’approvisionnement, ni sur le gaz, ni sur le pétrole, pour les semaines à venir. » Il a également prévenu les distributeurs : « Je ne tolérerai pas des hausses qui dépasseraient ce que justifie le prix du pétrole. » La DGCCRF a été mobilisée pour contrôler les stations-service.
Concrètement, se ruer en masse à la station-service serait contre-productif. Cela créerait une tension artificielle sur les stocks, accélérerait les ruptures locales et ne ferait qu’amplifier un phénomène déjà sous pression. Si votre jauge est basse, faites le plein d’essence normalement. Si elle est à moitié pleine, attendez.
Les scénarios qui pourraient faire exploser ou stabiliser le prix du pétrole
Plusieurs facteurs peuvent en effet changer radicalement la trajectoire des prix dans les semaines à venir.
La durée du conflit est la première. Les principales incertitudes tournent autour de deux questions : la durée du conflit et son impact sur les flux pétroliers dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz.
L’extension éventuelle aux infrastructures pétrolières régionales est une autre incertitude, bien plus redoutable. « Si l’Iran décidait d’attaquer les infrastructures pétrolières et gazières de la région, là, on rentrerait dans un autre monde », insiste un analyste. La remise en état des complexes pétroliers et gaziers après des frappes nécessiterait des délais bien plus longs qu’une simple interruption de la navigation maritime.
Il existe toutefois des facteurs modérateurs. Juste avant les frappes sur l’Iran, l’OPEP+ a décidé de relever le niveau de la production de pétrole de 206 000 barils à partir d’avril. Ces pays ont encore de la marge de manœuvre pour augmenter leur production. De plus, la supériorité navale américaine pourrait rétablir la sécurité du passage en quelques jours, si Washington choisissait d’escorter militairement les tankers.
Comment réduire sa facture carburant malgré la hausse des prix
Sans attendre l’issue du conflit, quelques réflexes simples permettent de limiter les dégâts sur le budget carburant.
Premièrement, privilégiez les grandes surfaces pour vous approvisionner. Les enseignes comme E.Leclerc, Intermarché ou Système U sont en effet les plus compétitives, tandis que les stations-service situées sur les autoroutes proposent généralement de l’essence 15 % plus chère.
Deuxièmement, adoptez une conduite souple. Réduire sa vitesse et vérifier la pression des pneus permet d’économiser 10 à 20 % de carburant. Ces mesures sont gratuites et compensent une part non négligeable de la hausse actuelle.
Troisièmement, pensez aux alternatives si votre véhicule peut les accepter. Le superéthanol E85, qui s’affichait à seulement 0,774 € le litre le 4 mars, reste largement en dessous des prix des carburants traditionnels et n’a pas subi la même hausse. Le GPL, à 0,975 € le litre, présente lui aussi un avantage économique considérable dans ce contexte.
Pourquoi cette crise rappelle la dépendance des automobilistes au pétrole
Cette flambée soudaine illustre une réalité que les automobilistes européens préfèrent souvent oublier : notre mobilité quotidienne est très exposée aux secousses géopolitiques. La transition vers l’électrique, l’hybride rechargeable ou même le bioéthanol n’est plus seulement un argument écologique. C’est aussi une forme de protection contre l’instabilité des marchés pétroliers.
Si le blocage dure plusieurs semaines et que l’approvisionnement mondial est sérieusement perturbé, le baril pourrait atteindre 100 dollars et le gazole franchir la barre des 2 euros le litre, un seuil que de nombreux ménages ressentiraient très directement dans leur budget.
Pour l’heure, la situation est sous surveillance. Les marchés ont intégré une bonne partie du risque. La vraie question n’est plus de savoir si les prix vont augmenter, ils augmentent déjà. La vraie question est de savoir combien de temps le détroit d’Ormuz restera une zone de guerre.



