Le 24 mars 2026, à la Fondation Louis Vuitton, à Paris, deux jeunes horlogers français ont décroché l’un des prix les plus convoités de l’horlogerie indépendante mondiale. Alexandre Hazemann et Victor Monnin, fondateurs de la maison Hazemann & Monnin, ont été désignés vainqueurs de la seconde édition du Louis Vuitton Watch Prize for Independent Creatives. Cette consécration couronne à la fois un talent rare et une trajectoire peu commune : celle de deux artisans formés au lycée Edgar-Faure de Morteau, en France, et devenus, en l’espace de quelques années seulement, des références de la scène horlogère indépendante.

Une victoire construite sur un parcours technique solide
Alexandre Hazemann et Victor Monnin se connaissent depuis une dizaine d’années. C’est à Morteau, dans le Doubs, berceau historique de l’horlogerie française, que leur collaboration a pris forme. Fraîchement diplômés du lycée Edgar-Faure, ils ont affiné leur savoir-faire dans plusieurs manufactures avant de fonder, en 2024, la maison Hazemann & Monnin, établie en Suisse. Ils ont rapidement attiré l’attention du secteur grâce à leur approche rigoureuse et à leur maîtrise technique remarquable pour leur âge. En 2023, Alexandre Hazemann avait déjà remporté le concours F. P. Journe Young Talent avec une montre école aux finitions impeccables.
Leur première création commune, la Montre École, résume bien leur philosophie. Elle intègre une complication à heure sautante instantanée avec sonnerie au passage, une mécanique exigeante qui ne tolère ni approximation ni compromis. La pièce se décline en deux versions distinctes : l’une signée Hazemann, marquée par une expression technique soulignée de touches de bleu ; l’autre imaginée par Monnin, qui explore une sensibilité plus picturale à travers des cadrans en pierres naturelles (malachite, opale) d’une beauté singulière. « Nous voulions que les finitions aient une réelle pertinence, que l’on puisse prendre le temps d’admirer tout le mécanisme », précise Hazemann.

Un prix devenu stratégique pour l’horlogerie indépendante
Créé en 2022 par La Fabrique du Temps Louis Vuitton, le Louis Vuitton Watch Prize for Independent Creatives a pour objectif d’accompagner les horlogers indépendants qui explorent de nouvelles pistes dans leur discipline. Soutenu par Jean Arnault, ce prix biennal a su, dès sa première édition, imposer sa crédibilité : Louis Vuitton ne siège pas dans le jury final et la décision revient à un collège d’experts indépendants.
Pour cette deuxième édition, les candidatures sont venues du monde entier, témoignant d’un intérêt croissant pour ce prix qui transcende les frontières géographiques et les hiérarchies établies. Les vingt demi-finalistes ont été examinés par un comité de 65 passionnés, collectionneurs et spécialistes. Cinq critères ont guidé leur évaluation : le design, la créativité, l’innovation, l’artisanat et la complexité technique. Cinq finalistes ont ensuite été retenus pour présenter leur création devant le jury final, le matin même de la cérémonie.
| 📌 Repères clés |
|---|
| 🏆 Hazemann et Monnin remportent le Louis Vuitton Watch Prize 2026 🇫🇷 Deux horlogers français formés à Morteau 🛠️ Maison fondée en 2024 et déjà reconnue internationalement ⚙️ Une montre école avec heure sautante et sonnerie complexe 💰 150 000 euros et un an de mentorat stratégique 🌍 Une compétition réunissant des talents du monde entier 🤝 Un prix qui valorise la transmission entre horlogers indépendants |
Une sélection internationale aux profils radicalement différents
Le plateau des finalistes de cette édition 2026 se distinguait par sa diversité. Outre Hazemann & Monnin, le jury a dû départager Xinyan Dai (Fam Al Hut, Chine), Bernhard Lederer (Lederer, Suisse), Daizoh Makihara (Daizoh Makihara Watchcraft Japan, Japon) et Norifumi Seki (Quiet Club, Japon). Des profils très différents, des approches opposées. Bernhard Lederer apporte quarante ans d’expérience dans la conception d’échappements. Xinyan Dai, lui, a soumis sa candidature moins d’un an après avoir fondé sa marque. Daizoh Makihara utilise des techniques japonaises ancestrales de taille du verre, tandis que Norifumi Seki a conçu une fonction alarme d’une ingéniosité peu commune.
Ce jury final, présidé par Carole Forestier-Kasapi, directrice stratégique des mouvements et de la haute horlogerie chez TAG Heuer, comptait également Frank Geelen, fondateur et rédacteur en chef de Monochrome Watches, Matthieu Hegi, directeur de création chez La Fabrique du Temps Louis Vuitton, François-Xavier Overstake, fondateur de L’Équation du Temps, ainsi que Kari Voutilainen, maître horloger et fondateur de Voutilainen Horlogerie d’Art. Une assemblée qui inspire confiance, constituée de personnalités dont la légitimité dans ce milieu n’est plus à prouver.
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Une transmission entre générations au cœur du prix
Le moment le plus chargé de sens de la soirée n’a peut-être pas été l’annonce du lauréat, mais la remise du trophée elle-même. C’est Raúl Pagès, lauréat de la première édition du Louis Vuitton Watch Prize en 2024, qui a personnellement remis le trophée à Alexandre Hazemann et Victor Monnin. Un geste simple, mais lourd de sens. Raúl Pagès s’était distingué avec sa RP1 Régulateur à détente, une pièce saluée pour sa précision mécanique et sa conception épurée.
« Remporter le Louis Vuitton Watch Prize en 2024 a accéléré ma carrière et m’a apporté une reconnaissance dont je serai à jamais reconnaissant », a confié Raúl Pagès lors de la cérémonie. « Remettre ce trophée à mon tour est un privilège tout aussi important, preuve vivante que le prix réunit une communauté vibrante d’horlogers indépendants qui se soutiennent et s’inspirent mutuellement. » Ces mots en disent long sur ce que le prix cherche à construire, au-delà de la compétition : une filière, une solidarité entre artisans qui, souvent, travaillent seuls ou à quelques-uns dans leurs ateliers.

Une dotation qui accélère le développement d’un atelier indépendant
La dotation est substantielle : 150 000 euros et un an de mentorat personnalisé. Ce programme sur mesure, mené par des horlogers experts de La Fabrique du Temps Louis Vuitton à Meyrin, en Suisse, est adapté aux besoins précis du lauréat. L’accès à un réseau de spécialistes, en technique horlogère, en stratégie industrielle et en développement de marque, est sans doute aussi précieux que la récompense financière elle-même.
Alexandre Hazemann et Victor Monnin ont d’ores et déjà annoncé leur intention d’utiliser ce soutien pour renforcer les capacités internes de leur atelier. Leur prochain garde-temps portera les deux noms sur le cadran, affirmant ainsi l’identité collective de la maison. « Gagner la seconde édition du Louis Vuitton Watch Prize constitue une reconnaissance profonde de ce qu’est notre atelier, et de ce que nous souhaitons qu’il devienne. De la conception des mouvements à la décoration de chaque composant, cette distinction vient confirmer une approche en laquelle nous croyons pleinement. Elle nous donne également les moyens d’aller plus loin : renforcer notre maison indépendante et transmettre une nouvelle vision de l’horlogerie à celles et ceux qui la feront évoluer demain », ont déclaré les deux lauréats.
La Fabrique du Temps renforce l’ancrage horloger de Louis Vuitton
Inaugurée en octobre 2014 à Meyrin, la Fabrique du Temps Louis Vuitton incarne la volonté de la maison de s’inscrire durablement dans le paysage de la haute horlogerie. Sur ses 4 000 m² d’ateliers ouverts, des maîtres horlogers, des ingénieurs et des designers conçoivent des pièces portant le label « Fabriqué en Suisse ». Louis Vuitton est entré dans l’univers horloger en 2002 avec le modèle Tambour et n’a cessé d’approfondir cet engagement depuis.
Le trophée remis à Hazemann & Monnin est une œuvre d’orfèvrerie à part entière : une spirale en argent évoquant le balancier, l’âme battante de tout mécanisme de précision. Il leur a été présenté dans une malle confectionnée à la main par les artisans des ateliers historiques d’Asnières, en toile Monogram. Un écrin digne du message que ce prix cherche à porter.



