La McLaren MCL39 a bouleversé la hiérarchie en Formule 1. Propulsée par des choix techniques audacieux, une aérodynamique exploitée jusqu’à la dernière goutte et une trajectoire de développement parfaitement maîtrisée, elle a permis à McLaren de renouer avec la victoire au championnat constructeurs 26 ans après son dernier sacre. L’aboutissement d’un projet conçu pour repousser toutes les limites.
Cette victoire met fin à 26 années d’attente pour l’écurie basée à Woking, qui avait connu des heures difficiles avant d’entamer sa remontée spectaculaire.
Une MCL39 conçue pour dominer malgré la convergence du plateau
Le développement de la McLaren MCL39 s’est déroulé dans un environnement réglementaire stable, où les écarts entre les équipes se sont considérablement réduits. Les ingénieurs de Woking devaient concevoir une voiture capable de maintenir un avantage significatif malgré la convergence du plateau et l’approche imminente des nouvelles réglementations de 2026.
Rob Marshall, le chef designer, a participé pour la première fois à la conception d’une McLaren dès sa phase initiale, ce qui a permis d’intégrer des solutions techniques innovantes dès le départ.
L’équipe technique a fait le pari de l’innovation, malgré la proximité des changements réglementaires majeurs prévus pour 2026. À la différence de certaines équipes qui ont privilégié une approche conservatrice, McLaren a décidé de repousser les limites techniques existantes pour extraire chaque centième de seconde disponible. Cette philosophie s’est traduite par des modifications substantielles de la suspension avant et du train arrière.

Des innovations radicales en suspension et aérodynamique
La suspension avant remaniée constitue l’un des éléments clés de la MCL39. Le triangle supérieur a été repositionné, avec sa jambe arrière placée plus bas, créant ainsi un effet anti-plongée prononcé qui permet de maintenir le fond plat à hauteur constante tout au long d’un tour de circuit. Cette architecture permet à la voiture de générer un appui aérodynamique plus régulier, réduisant ainsi les variations de comportement qui déstabilisent les pilotes.
À l’arrière, les ingénieurs se sont concentrés sur l’optimisation des flux d’air autour des freins et des pneumatiques. En 2024, McLaren avait découvert une capacité particulière à gérer la dégradation thermique des pneus, ce qui permettait aux pilotes de terminer les courses plus rapidement que leurs concurrents. La MCL39 exploite cette caractéristique en limitant la surchauffe des pneus en fin de tour qualificatif et en préservant leurs performances sur la distance.
L’équipe a également développé une approche innovante concernant l’usure de la planche située sous la monoplace. Alors que les autres écuries connaissent leur usure maximale à l’arrière, McLaren a réussi à déplacer ce point vers l’avant grâce à un système anti-lifting à l’arrière. Cette configuration permet de maintenir le diffuseur plus près du sol, ce qui augmente son efficacité sans enfreindre les règlements techniques.
Une monoplace rapide mais exigeante dès les premiers essais
Lors des premiers essais à Bahreïn, Lando Norris avait en effet identifié le train arrière comme l’un des principaux axes d’amélioration. Le pilote britannique expliquait alors qu’améliorer l’arrière permettrait de progresser sur tous les autres aspects de la voiture. Oscar Piastri confirmait ces observations en expliquant que la McLaren MCL39 était difficile à piloter à la limite lors des essais hivernaux.
Les performances en course étaient excellentes dès le départ, mais les qualifications posaient davantage de difficultés. Les deux pilotes devaient adopter un style de conduite particulier : freiner plus tôt pour laisser l’avant mordre dans les virages, puis exploiter la traction supérieure à la sortie. Cette approche sacrifiait la vitesse d’entrée en courbe, mais compensait par de meilleures accélérations.
Andrea Stella a souligné un défaut récurrent signalé par les deux pilotes : le manque de ressenti à l’avant. Cette insensibilité compliquait la répétition des tours rapides, car les pilotes avaient du mal à identifier précisément les actions qui produisaient les meilleures performances. Après ses qualifications à Miami, Piastri expliquait qu’il ne savait pas comment reproduire son excellent passage au virage 1, car la voiture ne lui fournissait pas suffisamment d’informations.
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Des ajustements techniques clés pour libérer tout le potentiel
Pour remédier aux difficultés rencontrées par Norris, McLaren a introduit une suspension avant révisée lors du Grand Prix du Canada, en juin. Cette modification, qui n’affectait pas radicalement les performances, visait à améliorer le ressenti au volant. Un léger ajustement de l’angle de chasse modifiait l’inclinaison du pivot de la fusée, générant ainsi un couple d’auto-alignement plus marqué qui fournissait davantage d’informations au pilote.
L’aileron avant a également bénéficié d’une révision importante lors de cette même course. Les ingénieurs ont ajouté des éléments supplémentaires sur les supports reliant les plans à la plaque d’extrémité.
Conformément à la méthode McLaren, cette évolution a d’abord été testée lors des essais libres à Montréal, puis analysée en détail avant d’être utilisée en course lors du Grand Prix d’Autriche.
Le développement de l’aileron arrière a suivi une trajectoire similaire à celle de 2024, avec plusieurs configurations d’aileron de liaison développées en début de saison. Ces options permettaient d’équilibrer la voiture en fonction des circuits, compensant ainsi l’extraction de la performance supplémentaire à l’avant et sous le fond plat. McLaren privilégiait une conception à deux éléments séparés, avec un élément inférieur fixé à la boîte de vitesses et des éléments supérieurs sculptés autour de l’échappement.
Un gel du développement risqué mais calculé
McLaren a pris la décision controversée de cesser le développement de la MCL39 relativement tôt dans la saison. Andrea Stella justifie ce choix par le fait que la voiture avait atteint un plateau de performance, et qu’il fallait désormais des semaines de travail pour gagner un seul point d’efficacité aérodynamique.
Parallèlement, le projet 2026 progressait beaucoup plus rapidement, ajoutant des quantités substantielles d’appui à chaque cycle de développement.
Les restrictions imposées par le règlement aérodynamique pénalisent davantage l’équipe championne, en limitant son temps en soufflerie et en simulation numérique. Stella explique que les ressources proviennent du même budget, ce qui oblige l’équipe à faire des choix stratégiques entre les deux projets. Selon lui, poursuivre le développement de la MCL39 pendant trois semaines supplémentaires n’aurait rapporté qu’un dixième de seconde au tour, alors que le temps investi dans le projet 2026 aurait généré des gains bien supérieurs.
Cette décision a été critiquée lorsque Red Bull a relancé le développement de sa RB21 après la pause estivale et a trouvé des améliorations significatives qui ont permis à Max Verstappen de revenir dans la course au titre de champion du monde. Norris et Piastri ont dû composer avec une voiture figée pendant que leurs rivaux progressaient, ce qui a créé une pression supplémentaire : chaque erreur de pilotage ou stratégie sous-optimale coûtait cher.

Une domination constante dans l’un des plateaux les plus serrés
Malgré l’arrêt du développement, la McLaren MCL39 a démontré une régularité impressionnante dans un championnat où le plateau s’est considérablement resserré. Les statistiques de convergence des temps au tour montrent que l’écart entre la voiture la plus rapide et la plus lente n’a jamais été aussi faible depuis l’introduction des réglementations actuelles.
En 2022, cet écart atteignait 2,396 %, puis 1,584 % en 2023 et 1,698 % en 2024, avant de descendre à 1,397 % après le Grand Prix du Mexique en 2025.
La monoplace papaye a compilé des statistiques remarquables avec 13 victoires, 30 podiums, 10 pole positions et 11 meilleurs tours en course lors des 20 premiers Grands Prix de la saison. Ces chiffres témoignent d’une polyvalence qui a permis à McLaren de dominer le championnat des constructeurs de bout en bout. L’équipe a remporté le titre avec six courses d’avance, une marge confortable qui témoigne de la supériorité globale de la MCL39.
Norris et Piastri ont mené une lutte acharnée pour le titre de champion du monde des pilotes, tous deux étant capables de remporter des courses et de marquer régulièrement des points. Cette rivalité interne a parfois coûté des points précieux à l’équipe, mais elle a également poussé les deux pilotes à améliorer leurs performances. Verstappen reste dans la course, malgré une Red Bull moins compétitive en début de saison, prouvant ainsi que l’expérience et la constance peuvent compenser un déficit de performance pure.
Une héritière moderne des plus grandes McLaren
La McLaren MCL39 s’inscrit dans la lignée des monoplaces emblématiques de l’écurie britannique. Les comparaisons avec la MP4-13 de 1998 et la MP4-22 de 2007 sont inévitables, ces deux voitures ayant dominé techniquement leur championnat sans pour autant remporter tous les titres disponibles. En 1998, Mika Häkkinen avait triomphé face à Michael Schumacher et Ferrari, tandis qu’en 2007, deux pilotes McLaren s’étaient neutralisés mutuellement, offrant le titre à Kimi Räikkönen.
L’histoire jugera favorablement cette McLaren MCL39 pour sa capacité à reprendre l’ascendant sur Red Bull dans un contexte réglementaire stable. Les ingénieurs de Woking ont démontré qu’il était encore possible de trouver des gains significatifs, malgré la convergence naturelle du plateau et la maturité du règlement technique. Prodromou, Marshall, Houldey et Temple méritent des éloges pour avoir orchestré cette remontée spectaculaire.
Si Norris ou Piastri parviennent à décrocher le titre de champion du monde des pilotes, la MCL39 accédera à un statut encore supérieur dans le panthéon des grandes monoplaces de Formule 1. Même sans ce trophée supplémentaire, la voiture restera dans les mémoires comme celle qui a ramené McLaren au sommet après plus de deux décennies d’attente. Son développement technique innovant et sa domination du championnat des constructeurs lui garantissent déjà une place de choix dans l’histoire récente de la discipline.
Une victoire née d’une restructuration profonde et d’un collectif solide
Le succès de la McLaren MCL39 repose sur une refonte organisationnelle initiée par Andrea Stella lors de sa prise de fonction en tant que directeur d’équipe. L’Italien a restructuré le personnel technique, attirant des talents comme Rob Marshall en provenance de Red Bull, et a consolidé l’équipe autour de Peter Prodromou, responsable de l’aérodynamique. Cette stabilité humaine a permis de construire un projet cohérent sur plusieurs saisons, transformant progressivement la MCL60 décevante de 2023 en une machine dominatrice.
Les pilotes ont également joué un rôle déterminant dans l’exploitation du potentiel de la voiture. Norris a surmonté ses difficultés initiales avec le comportement de l’avant, adaptant son style de pilotage et profitant des modifications apportées lors du Grand Prix du Canada. Piastri a démontré une capacité d’adaptation immédiate, se sentant à l’aise dès les premiers tours de roue et dominant les premières courses de la saison.
La collaboration entre les ingénieurs de piste et ceux de l’usine a fonctionné de manière fluide tout au long de l’année. Les retours des pilotes étaient analysés minutieusement, ce qui permettait d’identifier les problèmes précis et d’y apporter des solutions ciblées. Cette communication efficace entre tous les services de l’équipe a créé un environnement dans lequel chacun pouvait contribuer au succès collectif.
La McLaren MCL39 est le fruit d’un processus de reconstruction entamé il y a plusieurs années. Elle prouve qu’avec les bonnes personnes, une vision claire et une exécution rigoureuse, même les équipes en difficulté peuvent retrouver les sommets de la Formule 1.
Son titre de championne du monde des constructeurs marque le début d’un nouveau chapitre pour McLaren, qui entamera 2026 avec la confiance d’une équipe championne.



