Palomo Spain et sa collection automne 2026 arrivent à point nommé. Dans un monde où tout vacille, où les certitudes politiques, les repères sociaux et l’ordre des choses sont remis en question, s’habiller devient presque un acte de résistance. C’est précisément ce que dit Alejandro Gómez Palomo, le créateur de Palomo Spain, lorsqu’il baptise sa nouvelle collection « Limbo ». Ce terme, chargé d’ambivalence, désigne cet espace suspendu entre ce que nous avons été et ce que nous sommes en train de devenir. Pour illustrer cette idée, le créateur cordouan a trouvé une réponse dans le vêtement lui-même.
| 📌 Repères clés |
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| 🎂 10 ans : anniversaire stratégique de la maison Palomo Spain 👔 Automne 2026 : troisième collection co-ed 🧵 Mantón de Manila revisité en version contemporaine 🔄 Looks 21 & 24 : échange explicite des codes de genre 👞 Collaboration chaussures avec Castellanos 💍 Bijoux co-signés avec Aaron Varon 🧦 Partenariat avec Emilio Cavallini 🧥 Silhouette masculine plus proche du corps et architecturée |

Cette saison marque le dixième anniversaire de la maison. Dix ans durant lesquels Palomo Spain a forgé une esthétique reconnaissable entre toutes : le luxe assumé, la sensualité revendiquée, le refus du banal. Aujourd’hui installé à Madrid, il présente sa troisième collection co-ed, pensée pour les femmes comme pour les hommes. Ce n’est pas un hasard si la collection a été dévoilée sous forme de lookbook plutôt que sur un podium traditionnel, une décision qui en dit long sur l’époque et sur la nécessité de s’adapter sans se renier.
Le créateur confie lui-même qu’il se retrouve à s’habiller avec soin chaque matin, sans occasion particulière, juste pour aller travailler. « Je pense que c’est l’impact que la mode peut avoir sur nous en ce moment », explique-t-il. Cette phrase, courte et précise, résume toute la philosophie de « Limbo » : la mode comme ancre, comme affirmation de soi face au désordre ambiant.

La silhouette masculine de cette collection automne 2026 est plus douce et plus près du corps. Palomo Spain abandonne ici la provocation frontale pour quelque chose de plus subtil : une séduction qui opère à bas bruit. Alors que les pièces féminines jouent avec des peplums structurés et des épaules arrondies aux accents années 1980, les propositions pour hommes se caractérisent par des ceintures-cummerbunds à la taille, des volumes maîtrisés et des matières qui glissent sur la peau plutôt que de s’imposer à elle.
Les looks 21 et 24 de la collection méritent une attention particulière. Palomo y explore l’échange de pièces entre les genres : elle porte ce qui était pensé pour lui et il endosse ce qui était destiné à elle. Le résultat est saisissant. Elle paraît décontractée, lui prend une dimension sculpturale. C’est dans ces moments que la griffe révèle ce qu’elle a toujours eu de plus précieux : sa capacité à réinventer le masculin sans le dénaturer ni le fragiliser.

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Pour élaborer cette proposition, le créateur a puisé dans un lexique textile riche et réfléchi. Les laines britanniques à carreaux prince-de-Galles et pied-de-poule côtoient des soies imprimées et des satins brillants. Le mantón de Manila, symbole textile ancré dans le patrimoine espagnol, est réinterprété ici avec une dimension presque pixelisée ; ses franges de soie réalisées à la main à Cantillana servent de fil conducteur à toute la collection.

Les silhouettes masculines jouent sur des coupes asymétriques et presque architecturales. Un tricot en damier, une colonne sans manches à la taille marquée, un détail en origami qui laisse le corps s’exprimer : autant de pièces où la construction disparaît derrière une apparente simplicité. Les fleurs en cuir gris, blanc et brun, icône récurrente de la maison, apparaissent en broches sur plusieurs pièces, y compris sur les chaussures, développées en collaboration avec Castellanos.
« Limbo » montre également que Palomo Spain a mûri. La maison n’a pas renoncé à son exigence esthétique ni à son goût pour le vêtement pensé et conçu, mais elle s’adresse désormais à un homme plus urbain et ancré dans le quotidien. Les collaborations de cette saison, notamment les bijoux signés Aaron Varon et co-conçus avec Palomo, ainsi que les chaussettes d’Emilio Cavallini, confirment cette volonté de construire un univers cohérent, du col aux pieds.










