Pitti Uomo 110 met Simone Rocha et DSM Kei Ninomiya au défi de réinventer la mode masculine

À Florence, sous la chaleur de juin, deux créateurs imposent des visions opposées mais déterminées, révélant une mode masculine en pleine mutation.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
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Florence, juin 2026. Deux noms, deux univers, une même invitation à regarder la mode masculine autrement. Du 16 au 19 juin prochains, Pitti Immagine présentera la 110e édition de Pitti Uomo, avec Simone Rocha et DSM Kei Ninomiya comme créateurs invités. Deux choix qui ne ressemblent à aucun autre et qui en disent long sur l’état d’esprit actuel de Pitti Immagine.

Simone Rocha signe une première masculine très attendue

Il faut bien mesurer l’importance de cette invitation. La créatrice irlandaise, installée à Londres, n’a en effet jamais présenté de collection masculine indépendante sur le calendrier officiel. Ce défilé sera donc le premier. Pitti Uomo n’est pas un tremplin ordinaire : c’est une scène qui transforme une présentation en événement. Et Simone Rocha le sait.

Elle qui, depuis des années, construit un vestiaire féminin dense, chargé d’intimité et de références personnelles (l’Irlande, Hong Kong, la famille, l’art), aborde cette nouvelle aventure sans fard. « Je suis impatiente de partager l’étendue et la richesse de ma proposition pour homme, notamment dans le cadre magnifique de Florence. J’aborde cela avec authenticité, vulnérabilité, sérieux et esprit ludique », dit-elle. Pas de posture, pas de stratégie affichée. Juste une créatrice qui arrive avec ce qu’elle est.

Chez Simone Rocha, ce qui frappe, c’est précisément cette cohérence absolue entre la personne et le travail. Ses vêtements ne cherchent pas à plaire à tout le monde. Ils s’imposent, reconnaissables entre tous, indifférents aux tendances et aux conventions de genre. Francesca Tacconi, coordinatrice des événements spéciaux chez Pitti Immagine, le formule sans détour : « Alors qu’une partie de la mode masculine semble s’orienter vers des choix stylistiques plus prudents, Simone reste fidèle à elle-même et à sa vision. » C’est une façon élégante de dire que la prudence, très peu pour elle.

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La sensibilité de Rocha oscille entre une obsession quasi victorienne du détail et une liberté presque transgressive. Elle fait coexister le conte de fées et la provocation, la poésie et la discipline, sans que l’un ne prenne le pas sur l’autre. Ce n’est pas de l’équilibre, c’est une tension assumée, et c’est ce qui rend son travail si vivant. Ses pièces figurent d’ailleurs dans la campagne qui inaugure le thème de cette édition : The Pitti Pool.

Pitti Uomo 110 met Simone Rocha et DSM Kei Ninomiya au défi de réinventer la mode masculine
La créatrice Simone Rocha

Kei Ninomiya présente une marque pensée pour dépasser les cadres

Le second invité de Pitti Uomo 110 est tout aussi inattendu, mais pour d’autres raisons. DSM Kei Ninomiya n’est pas une maison ancienne. La marque a été lancée en juin 2025 avec la collection printemps-été 2026. Il s’agit de la première griffe née sous l’égide de Dover Street Market (DSM) et portée par le regard du créateur japonais Kei Ninomiya.

Ce nom n’est pas inconnu des amateurs de mode conceptuelle. Il a étudié la littérature française à Tokyo, puis a rejoint l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers, avant de travailler chez Comme des Garçons, où il s’est formé comme modéliste sous la direction de Rei Kawakubo. En 2012, il lance Noir Kei Ninomiya, une ligne aux constructions sculpturales et modulaires d’une exigence formelle rare, qui entre au calendrier officiel de la Fashion Week de Paris en 2019. DSM Kei Ninomiya est une autre proposition, délibérément plus ouverte. « Plus accessible et thématique, pour tous les âges et tous les genres », selon la définition même de la maison.

À Florence, il présentera la collection printemps-été 2027 pour homme. Kei Ninomiya parle de la ville avec la retenue qui le caractérise : « En allant à Florence, j’ai ressenti à la fois son côté historique et solennel, et son atmosphère ouverte et accueillante. Pitti Uomo est un événement historique qui soutient la créativité. Je suis honoré d’avoir reçu cette opportunité. » Rien de grandiloquent. Une sincérité sobre, qui correspond exactement à ce que DSM Kei Ninomiya entend incarner.

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Une approche créative qui refuse les catégories et les formats établis

Ce qui distingue DSM Kei Ninomiya d’un lancement de marque ordinaire, c’est l’ambition conceptuelle qui le sous-tend. La griffe se définit comme un espace en mouvement, sans catégorie fixe, sans calendrier rigide, sans frontière entre collections capsules, produits ponctuels et créations à grande échelle. Elle refuse les définitions limitantes. Comme le dit Francesca Tacconi, « Ninomiya s’éloigne de la complexité structurelle et de l’audace expérimentale de Noir, révélant une polyvalence absolue dans sa capacité à changer de registre sans affaiblir sa vision ».

DSM Kei Ninomiya s’adresse à une communauté transversale, sans âge ni genre définis, et attentive à une pluralité de voix. La liberté créative n’y est pas un argument commercial. C’est une posture ferme, presque doctrinale. D’autres marques rejoindront prochainement l’univers DSM, chacune avec sa propre identité, comme autant de signatures distinctes sur une surface partagée.

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Pitti Uomo 110 met Simone Rocha et DSM Kei Ninomiya au défi de réinventer la mode masculine

Florence devient le point de convergence de deux visions radicales

Le fait que Pitti Uomo 110 ait choisi Simone Rocha et DSM Kei Ninomiya pour ses événements spéciaux n’est pas anodin. Ces deux créateurs n’ont pas grand-chose en commun en apparence : l’une vient d’un univers chargé d’émotions personnelles et de références intimes, tandis que l’autre s’inscrit dans une logique de construction presque architecturale. Mais ils partagent une même résistance à la facilité. Ni l’un ni l’autre ne fait de concession pour élargir son public. C’est précisément ce qui rend leur présence à Florence si attendue.

En juin, sous le soleil de l’été toscan, Florence sera le décor de deux défilés qui ne se ressembleront pas. Et c’est peut-être là l’essentiel.

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