Vous voulez vous libérer ? Chitose Abe aussi. La créatrice de sacai, habituellement joviale et connue pour ses hybridations textiles ludiques, a décidé de tout casser. Littéralement. Au Carreau du Temple, les murs du défilé portaient des traces de coups de poing imprimés dans le plâtre, comme autant de déflagrations sculpturales annonçant le ton. La collection automne 2026 pour homme de sacai prend la forme d’une rébellion silencieuse contre les attentes commerciales, les conventions binaires du vestiaire masculin et la facilité.
| 📌 Repères clés |
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| 🏛️ Maison : sacai 🧵 Créateur : Chitose Abe 🥊 Inspiration : Muhammad Ali, symbole de puissance mentale et physique 👔 Silhouette : division du corps masculin en trois zones structurelles 👖 Denim : collaboration Levi’s, jean élevé au rang de tailoring 🤝 Collaborations : Levi’s, A.P.C. (Jessica Ogden), J.M. Weston 🧵 Matières : laine rayée, cuir, mouton retourné, tweed, maille, denim brut 🎵 Bande-son : Michel Gaubert, Freddie Mercury, Tears for Fears 🎯 Vision : refuser les conventions sans sacrifier la désirabilité |

Muhammad Ali, figure manifeste de la collection
Abe a choisi Muhammad Ali comme figure tutélaire de sa saison. Pas le champion décoratif que l’on pose sur un tee-shirt pour faire joli, mais le combattant qui pensait autant qu’il frappait. Sur un haut noir, l’image iconique d’Ali projetant son poing vers l’objectif signait une déclaration d’intention. Au dos, cette phrase du boxeur résonnait comme un mantra : « Ce que vous pensez, vous le devenez. » Abe voulait exprimer la puissance nécessaire pour franchir le mur, pour sortir des cadres. Elle voulait affirmer une nouvelle liberté.
Une silhouette masculine tripartite : la nouvelle géométrie selon sacai
La véritable innovation de cette collection réside dans sa géométrie. Abe a divisé le corps masculin en trois zones plutôt que deux. Entre les épaules et la taille, ainsi qu’entre le genou et la cheville, elle a inséré une zone médiane qui redistribue les volumes. Des jupes-pantalons taillées dans une seule pièce de tissu, et non pas deux couches superposées. Des pantalons cargo découpés puis réassemblés pour former des jupes asymétriques. Un costume trois-pièces en laine à fines rayures grises intègre également cette hybridation structurelle. Le vêtement masculin gagne ainsi une dimension équatoriale qui rompt avec la géographie nord-sud habituelle de la silhouette.

Denim sacai x Levi’s : quand le jean devient tailoring
La nouvelle collaboration avec Levi’s a permis à Abe de détourner le denim brut et sombre pour en faire des pièces de tailleur. Des vestes sculptées aux détails de blouson de motard en cuir, des jeans évasés portés comme des pantalons de cérémonie. Le denim devient une matière noble, loin de son territoire décontracté d’origine. Les poches utilitaires se greffent sur des revers crantés et les codes du workwear américain s’infiltrent dans la garde-robe formelle.
Collaborations Sacai automne 2026 : Levi’s, A.P.C. et J.M. Weston
A.P.C. a apporté ses patchworks dessinés par Jessica Ogden. Ces motifs géométriques évoquant des vitraux se déploient sur des pantalons-jupes, créant des surfaces colorées qui fragmentent le regard. La maison française J.M. Weston, manufacture de luxe limougeaude, a de nouveau conçu les souliers de cette saison. Trois collaborations qui témoignent de la volonté d’A.P.C. de croiser les savoir-faire plutôt que de travailler en vase clos.
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Matières, textures et hybridations : le langage textile de Chitose Abe
Abe a assemblé des vestes noires et kaki à partir de matelassage duffel, de cuir et de mouton retourné duveteux. Elle a disposé des plastrons de bijoux scintillants sur des chemises de bûcheron. Le tweed à franges, le tricot aran sur les doudounes, les imprimés floraux discrets, la maille, les carreaux et le workwear en khaki ocre : autant de chapitres qui se succèdent sans jamais se répéter. La créatrice refuse la monotonie autant que la prévisibilité.
sacai et le luxe de l’indépendance créative
Que cherche Chitose Abe en cassant les murs ? À échapper à l’impératif commercial qui impose l’orthodoxie au détriment de l’innovation. Elle refuse l’idée que les vêtements doivent obligatoirement répondre à des normes de vendabilité. Elle veut créer sans contrainte, explorer sans limite. Le paradoxe, c’est que cette collection disruptive semble parfaitement commerciale. Ceux qui ont assisté au défilé la voulaient entièrement.

Vers une nouvelle garde-robe masculine affranchie
La collection se décline en plusieurs épisodes thématiques : le tailoring monochrome, les vêtements d’extérieur en cuir et mouton retourné, les tricots, les carreaux et le workwear. Le denim lavé et indigo se transforme en tenue de soirée. Les détails d’aviateur s’invitent sur les tenues de ville. Les triangles récurrents reflètent cette tripartition de la silhouette qu’Abe impose comme nouveau standard. Pas de surcharge, juste une présence suffisante pour marquer les esprits.
Liberté créative et désirabilité : le paradoxe sacai
La bande-son de Michel Gaubert accompagnait cette libération avec Freddie Mercury et Tears for Fears. « Everybody Wants to Rule the World », chantait le groupe britannique. Alors que les structures de pouvoir de la mode vacillent, l’indépendance et la liberté d’Abe pourraient devenir des valeurs dominantes. Si le principe d’Ali s’applique – « ce que vous pensez, vous le devenez » -, alors la rébellion de sacai pourrait catalyser un changement plus profond. La créatrice japonaise prouve qu’il est possible de refuser les conventions sans renoncer à la désirabilité. Ses vêtements d’automne 2026 frappent juste, comme des poings dans les murs du Carreau du Temple. La liberté créative n’est pas un luxe, c’est une nécessité.







































