Kiichiro Asakawa ne vous connaît pas, mais il vous observe. Le fondateur et directeur créatif de la collection automne 2026 de ssstein puise son inspiration dans ces instants fugaces qui échappent au commun des mortels. Un couple âgé marchant main dans la main, dont les vêtements usés racontent des décennies de vie commune. Les feuilles d’automne qui passent du vert au roux sous les réverbères nocturnes de Tokyo. Ces scènes banales deviennent, sous son regard, la matière première d’une garde-robe masculine qui refuse le bruit pour embrasser le murmure.
Lors de sa première apparition au calendrier officiel, il a présenté une collection sobre, presque austère. Rien de spectaculaire. Pas de provocation. Juste une observation minutieuse du quotidien, traduite en vêtements que l’on portera longtemps. Le créateur japonais revendique cette approche humble. Il évoque les photographies de paysages de Jamie Hawkesworth, ces images qui capturent la beauté ordinaire des lieux négligés. Cette philosophie imprègne toute sa démarche créative.
| 📌 Repères clés |
|---|
| 👔 Maison : ssstein 🧵 Créateur : Kiichiro Asakawa 🗾 Origine : Japon 🍂 Saison : Automne-hiver 2026 👔 Positionnement : Mode masculine premium et durable 🧥 Pièces clés : manteaux raglan, tweed japonais, velours côtelé, mailles brossées ⚙️ Signature : technicité invisible et finitions artisanales 🎨 Palette : bruns, taupe, greige, verts et rouges automnaux 🧠 Inspiration : observation du quotidien et beauté ordinaire |

Une palette chromatique inspirée des saisons japonaises
Les couleurs racontent ici une histoire visuelle précise. Le chocolat, le marron, le taupe et le greige forment la base apaisante de cette proposition. Puis, des accents de vert, de rouge et de jaune évoquant les feuilles automnales ou leur luminosité nocturne sous les lampadaires viennent rehausser l’ensemble. Asakawa ne cherche pas à révolutionner le vestiaire masculin. Il souhaite simplement capturer les émotions qu’il imagine chez les passants qu’il croise, et les transformer en matières et en coupes.
Le velours côtelé fabriqué au Japon occupe une place centrale. Après teinture, les pièces sont séchées au soleil afin d’obtenir cette coloration délicatement inégale, comme si le temps avait déjà fait son œuvre. Le tweed, tissé sur des métiers lents, apporte cette douceur particulière des lainages qui ont vieilli avec grâce. Asakawa recherche cette patine du vécu, cette usure élégante que l’on retrouve sur les vêtements transmis de génération en génération.

Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
Un vestiaire masculin japonais entre héritage et technicité
Les silhouettes font discrètement référence aux années 1940. Les pantalons taille haute et plissés tombent largement sur la cheville. Les pulls en mohair arborent des rayures rappelant l’esprit des rugby sweaters. Mais c’est dans le travail du manteau que la collection affirme le plus sa personnalité. La pièce phare reste ce manteau gris à manches raglan, taillé dans une flanelle de cachemire tissée lentement sur des métiers à navette pour incorporer de l’air. Le tissu est ensuite feutré, puis brossé afin d’obtenir un lustre subtil et une texture exceptionnellement douce, presque fondante.
Asakawa décrit la fermeture légèrement décentrée comme un « Chesterfield déconstruit ». Le col doublé de daim se dresse haut, apportant une structure nette à une silhouette par ailleurs décontractée. Le Balmacaan en tweed de laine d’agneau reprend ce principe du col renforcé de cuir. Le blouson à double col dissimule lui aussi une astuce technique : le col intérieur se glisse proprement dans le col extérieur amovible.

La sophistication invisible au cœur de l’ADN ssstein
« Les pièces sportswear sont minimalistes, mais cachent une technique très sophistiquée », insiste le créateur en montrant fièrement le blouson rouge en laine et cachemire. Grâce à des points main qui ne saisissent que la couche intérieure du tissu double, aucune couture n’est visible une fois le vêtement porté. Le blouson en drap de castor lustré, doublé d’un matelassage léger, se distingue également. Les pantalons de survêtement à taille coulissée possèdent une braguette et des coutures latérales torsadées, ce qui leur confère une touche à la fois tailleur et artistique. Le coton bouclette utilisé est doux et lisse d’un côté, et duveteux comme une éponge de l’autre. Il conserve sa forme originale indéfiniment.
La gamme de jeans propose des modèles en denim coloré. Le tissu utilise des fils de chaîne teints à la corde qui conservent un cœur blanc, ce qui lui confère une texture subtilement irrégulière. Trois coupes sont proposées : la jambe arquée, redessinée à partir de la silhouette droite qui fait la signature de la marque, et la jambe large. Les mailles, qu’il s’agisse de cachemire, de mohair ou de laine intarsia, font largement appel aux techniques de brossage pour obtenir cette texture si particulière.
Le nom de la marque trouve son origine dans la fascination d’Asakawa pour les suffixes. « Stein » signifie « pierre » en allemand, mais prend une autre dimension lorsqu’il est associé à « Einstein » ou « Liechtenstein ». Il veut que sa marque transmette cette idée de fondation solide, où chaque pièce devient spéciale pour celui qui la porte. Avec cette construction rigoureuse et cette attention portée aux détails invisibles, ssstein propose un vestiaire masculin qui refuse l’esbroufe pour privilégier la durabilité. Vous n’y trouverez pas de révolution, mais une évolution tranquille et maîtrisée.


















