La révolution n’a pas frappé à la porte du vestiaire masculin. Elle s’est glissée dedans, discrètement, entre deux leggings et un body. Les tissus prébiotiques et probiotiques de Coperni changent quelque chose de fondamental : l’idée même de ce que peut faire un vêtement.
Depuis octobre 2025, la collection C+ de la maison parisienne cofondée par Arnaud Vaillant et Sébastien Meyer pose une question que personne n’avait encore formulée : et si ce que vous portez pouvait prendre soin de votre peau aussi bien qu’une crème de nuit haut de gamme ? Ce n’est plus de la science-fiction. C’est du prêt-à-porter.
Le carewear de Coperni redéfinit la fonction du vêtement
Présentée lors du défilé printemps-été 2026 de la Fashion Week de Paris, la ligne C+ se compose d’un body, d’un top et d’un legging. Des silhouettes minimalistes, presque chirurgicales dans leur sobriété, qui ne révèlent rien, à première vue, de leur contenu.
En effet, derrière ce tissu quadri-extensible se cache une technologie développée en collaboration avec la société suisse HeiQ, spécialisée dans la biotechnologie textile. Baptisé HeiQ Skin Care™, ce procédé consiste à imprégner la matière d’un mélange synbiotique breveté de probiotiques vivants et de prébiotiques, encapsulés dans une matrice biosourcée à libération lente. Concrètement ? Chaque gramme de tissu traité contient jusqu’à 140 000 unités formant colonie de bactéries bénéfiques. Celles-ci se libèrent sous l’effet de la chaleur corporelle, du mouvement ou du simple frottement du tissu sur la peau. Cette technologie agit sur le microbiome cutané, rééquilibre la flore de l’épiderme, hydrate et apaise. Et tout cela dure au moins 40 lavages.
Arnaud Vaillant et Sébastien Meyer ont résumé leur démarche en une formule qui mérite d’être retenue : « Ce n’est pas de la mode. Ce n’est pas un soin. C’est autre chose. » Cette « autre chose », c’est précisément le carewear, une nouvelle catégorie textile qui n’existait pas encore dans les dictionnaires de la mode.

Une innovation pensée au-delà des codes de genre
La collection C+ a été lancée avec un casting résolument féminin, la mannequin et militante Paloma Elsesser en étant la figure centrale. Les pièces choisies pour cette première itération, un body et un legging, ciblent d’abord une clientèle féminine. Cependant, la technologie elle-même, celle du tissu actif développé avec HeiQ, n’a strictement aucune limite de genre. Elle agit de manière indifférenciée sur le microbiome cutané, qu’on soit homme ou femme.
Coperni a d’ailleurs annoncé son intention d’étendre la collection C+ bien au-delà de l’athleisure, avec des défilés axés sur le bien-être et une distribution potentielle dans des circuits de distribution de produits de beauté. La question n’est donc pas de savoir si le carewear atteindra le vestiaire masculin. La question est de savoir quand.
Le marché des soins masculins accélère la mutation du vestiaire
Le carewear ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans une transformation plus large de la relation des hommes à leur corps et à leur apparence. En France comme dans le reste de l’Europe, le marché des soins masculins progresse régulièrement depuis plusieurs années. L’homme d’aujourd’hui hydrate, protège et soigne sa peau. Il ne s’en cache plus. Et certaines marques l’ont compris avant les autres.
David Gandy, icône britannique de la mode et du bien-être, a lancé sa gamme Wellwear avec une conviction simple : les vêtements peuvent faire partie de la routine de soin. Ses pièces, des pyjamas et des vêtements d’intérieur, sont traitées avec de l’extrait d’aloe vera qui hydrate et apaise la peau pendant le port ou le sommeil. « C’est de la crème hydratante que l’on peut porter », résume la marque, sans détour. Ce positionnement cible explicitement les hommes, contrairement à Coperni, et il fonctionne.
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| 📌 Repères clés |
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| 🧬 Coperni lance C+, une ligne intégrant probiotiques et prébiotiques dans le textile 👕 Le tissu libère des bactéries bénéfiques au contact de la peau et du mouvement ⏱️ Effets annoncés dès 8 heures et durables jusqu’à 40 lavages 🧪 Technologie développée avec HeiQ, spécialiste suisse en biotechnologie textile 🚹 Innovation sans distinction de genre mais fort potentiel dans le vestiaire masculin 📈 Le marché du soin masculin soutient l’essor du carewear 🔮 Le vêtement devient un prolongement direct de la routine beauté |
Du vêtement technique au vêtement cosmétique
UNIQLO, moins spectaculaire dans sa communication mais considérablement plus accessible en termes de prix, joue également cette carte depuis longtemps. Sa technologie DRY-EX et ses fibres anti-odeurs intégrées à ses sous-vêtements et à ses tee-shirts de sport constituent une forme de « carewear » fonctionnel, même si la marque japonaise ne revendique pas explicitement ce terme. Le consommateur masculin connaît déjà très bien cette promesse : un vêtement qui travaille pour lui, au-delà de l’esthétique.
Ce qui distingue Coperni et David Gandy Wellwear de ce positionnement fonctionnel, c’est l’ambition cosmétique. Il ne s’agit plus seulement d’un tissu qui évacue la transpiration ou neutralise les bactéries. Il s’agit d’un tissu qui nourrit activement l’épiderme, interagit avec le microbiome et améliore l’éclat cutané. La frontière entre dressing et salle de bains devient floue. Et c’est précisément là que réside l’intérêt.
L’intégration du soin dans les usages masculins quotidiens
Cette évolution est assez logique. L’homme qui investit 80 euros dans une crème hydratante, consulte des dermatologues et suit des routines de soins de la peau de cinq étapes le matin existe, il est nombreux, et il cherche l’efficacité partout où il peut la trouver. Proposer des vêtements qui prolongent cet effort de soin pendant ses séances de sport, ses réunions de travail ou ses nuits de sommeil est une proposition cohérente. Presque évidente, à y réfléchir.
La certification dermatologique de C+, sa conformité aux réglementations cosmétiques européennes, sa matrice biosourcée et non OGM : tout cela parle directement à cet homme exigeant et informé qui lit les étiquettes et ne se laisse pas facilement convaincre par un marketing creux. Les effets seraient visibles dès huit heures de port. C’est le temps d’une journée de travail. Ou d’une nuit complète.

Ce que la mode tech prépare pour demain
Le carewear, dans sa version masculine, reste encore à écrire. Coperni pose les bases conceptuelles, David Gandy Wellwear défriche le terrain commercial et les géants du sportswear observent la situation avec attention. Nike, adidas et Lululemon travaillent tous sur des textiles de plus en plus « intelligents », même si aucun d’entre eux n’a encore franchi le cap du soin cosmétique actif dans une pièce destinée à un homme en costume ou en jean.
La prochaine étape logique ? Un polo de bureau imprégné de probiotiques. Une chemise de travail qui régule le microbiome cutané. Un sous-vêtement technique qui hydrate pendant douze heures. Ce n’est pas de la prospective délirante. Les scientifiques de HeiQ et leurs partenaires de l’industrie textile y travaillent déjà. Si Coperni a ouvert la voie, ce sont les marques qui s’adressent directement aux hommes qui la transformeront en autoroute.
La beauté masculine a longtemps été une affaire de flacons sur une étagère de salle de bains. Elle est peut-être désormais aussi une affaire de dressing.



