Il existe des mouvements qui ne cherchent pas à se faire remarquer. Le calibre CRMA7 de Richard Mille en est un exemple. Troisième millimètre, sixième dixième. Avec ses 3,60 mm d’épaisseur totale, ce septième calibre maison se porte comme une seconde peau, sans rien sacrifier à la fiabilité ni à la précision. Pour comprendre ce que cela représente réellement, il faut descendre au niveau du micron.
Repousser les limites de l’ultra-fin horloger
La RM 67-02 est souvent présentée comme la montre automatique la plus légère de la marque. Ce qu’on dit moins, c’est ce que cela implique du côté du mouvement. Le CRMA7 succède directement au CRMA6 qui animait la RM 67-01, en conservant les mêmes dimensions de référence (28,40 mm de longueur et 31,25 mm de largeur), mais en y introduisant des innovations techniques que l’on ne retrouve nulle part ailleurs à cette échelle.
L’épaisseur de 3,60 mm, maintenue depuis le CRMA6, ne raconte qu’une partie de l’histoire. Avec le CRMA7, ce qui change, c’est la façon dont ce mouvement gère l’énergie, la transmission et l’ajustement du réglage. Trois domaines dans lesquels Richard Mille a fait des choix radicaux.

Structure en titane Grade 5 et choix des matériaux techniques
La structure du calibre CRMA7 est en titane Grade 5 (Ti-6Al-4V), un alliage choisi pour sa faible densité (4,43 g/cm³), sa résistance aux chocs et sa remarquable stabilité thermique. Ce n’est pas un choix anodin. Dans un mouvement aussi fin, chaque gramme et chaque micron de déformation potentielle comptent.
Les composants en titane reçoivent deux traitements DLC distincts : un DLC noir pour la platine, qui renforce la protection et assure l’isolation thermique, et un DLC gris pour les ponts, qui crée un contraste esthétique et des propriétés antifriction. Le cadran, usiné dans ce même titane Grade 5 traité DLC, affiche une épaisseur de seulement 0,40 mm. Le rotor, quant à lui, allie du Carbon TPT® – un matériau composite ultraléger à filaments de carbone alignés – et de l’or blanc 18 carats afin d’offrir la masse nécessaire à un remontage efficace.
| Composant | Matériau | Caractéristique principale |
|---|---|---|
| Platine (baseplate) | Titane Grade 5 + DLC noir | Protection renforcée, isolation thermique |
| Pont | Titane Grade 5 + DLC gris | Antifriction, contraste visuel |
| Balancier | Béryllium-Cuivre (CuBe) | 4 bras, 4 vis de réglage |
| Cadran | Titane Grade 5 DLC | Épaisseur 0,40 mm |
| Rotor | Carbon TPT® + Or blanc 18K | Légèreté maximale, remontage optimal |
| Ressort de spiral | AK3 (Nivarox) | Compensation thermique sur 6°-36°C |
| Cristaux | Saphir | Traitement antireflet deux faces |
Transmission d’énergie optimisée grâce au profil de dents à 20°
C’est sans doute l’innovation la plus significative du CRMA7. L’ensemble du rouage utilise un profil de dents à un angle de pression de 20°, alors que l’horlogerie traditionnelle opère à 14,5°. Ce choix technique peut sembler ésotérique, mais ses conséquences sont concrètes.
Un angle de 20° réduit la charge radiale sur les pivots, limitant ainsi l’usure et améliorant la transmission du couple vers le balancier. La chronométrie en est directement bénéficiaire. Autre avantage non négligeable : ce profil offre une meilleure tolérance de centrage entre les roues, compensant ainsi les légères dilatations liées aux variations de température.
Richard Mille qualifie cette application d’« une première dans l’horlogerie grand public ». Ce n’est pas une formule marketing. Avec une épaisseur de 3,60 mm, obtenir un tel niveau de transmission d’énergie requiert une précision d’usinage que peu de manufactures sont en mesure d’atteindre.
| Avantage du profil 20° | Bénéfice concret |
|---|---|
| Charge radiale réduite | Usure minimale des pivots |
| Transmission de couple optimale | Précision chronométrique améliorée |
| Compensation thermique | Correction des dilatations |
| Tolérance de centrage accrue | Fiabilité renforcée |

Balancier à inertie variable et stabilité chronométrique accrue
L’autre innovation majeure tient au balancier. Le CRMA7 abandonne l’index de réglage traditionnel au profit d’un balancier à ressort libre à inertie variable. Quatre petits poids sont positionnés directement sur le balancier, permettant un ajustement fin sans avoir recours à un index.
Ce choix présente plusieurs avantages. La résistance aux chocs est ainsi améliorée. Le réglage est également plus précis et plus reproductible. Le système se montre également plus robuste lors des opérations d’assemblage et de démontage. Pour un calibre destiné à être porté par des athlètes de haut niveau – le pilote Fernando Alonso, le tennisman Alexander Zverev ou encore l’athlète Wayde van Niekerk ont tous porté une RM 67-02 -, cette robustesse n’est pas un détail.
Barillet haute vitesse et régularité du couple délivré
Le troisième axe d’innovation concerne le barillet. Le CRMA7 utilise en effet un barillet tournant à une fréquence accélérée : une révolution toutes les 5 heures au lieu des 7,5 heures habituellement constatées sur des calibres comparables.
Pourquoi cette accélération ? Elle réduit l’adhésion interne du ressort principal, favorise une courbe delta régulière (qui désigne la constance du couple délivré au fil du déchargement) et aboutit à un ratio puissance/régularité/performance plus équilibré. Malgré les contraintes dimensionnelles imposées par l’ultramincesur, la réserve de marche reste de 50 heures (± 10 %).
Rotor OneWay® et réduction des pertes d’énergie mécaniques
Le rotor fonctionne avec le système OneWay® intégré, associé à des roulements à billes en céramique hybride. Ce système permet de remonter le barillet sans perte d’énergie, dans une seule direction. Les billes en céramique réduisent le frottement dynamique, augmentent la durée de vie du mécanisme et permettent de maintenir les proportions ultra-plates du calibre.
Tous les éléments de fixation utilisent des vis spline en titane grade 5, qui permettent un contrôle précis du couple d’assemblage, résistent aux manipulations répétées et ne se corrodent pas. Cette décision pragmatique reflète bien l’approche de Richard Mille : rien n’est laissé au hasard, pas même ce qui est invisible.
Évolution des calibres Richard Mille vers l’ultra-mince
Pour comprendre l’évolution, il faut replacer le CRMA7 dans la lignée des calibres automatiques de la manufacture. En 2012, la RM 037 était équipée du premier calibre automatique maison, le CRMA1, d’une épaisseur de 4,82 mm. Onze ans plus tard, le CRMA7 atteint 3,60 mm, soit une réduction de plus de 25 %.
La comparaison entre le CRMA6 et le CRMA7 est particulièrement éclairante. Les deux calibres ont la même épaisseur et la même fréquence de 28 800 vph. Le CRMA7 se distingue toutefois par son profil de dents à 20°, son barillet haute vitesse, son rotor en Carbon TPT® et or blanc (contre une platine sur le CRMA6), ainsi que par la suppression de l’indicateur de fonction et de la monture de couronne visible. Ce sont des choix délibérés qui témoignent d’une philosophie de simplification radicale.
| Calibre | Montre | Année | Épaisseur (mm) | Innovation principale |
|---|---|---|---|---|
| CRMA1 | RM 037 | 2012 | 4,82 | Premier automatique RM maison |
| CRMA2 | RM 07-01 | 2017 | 4,92 | Stabilité améliorée |
| CRMA5 | RM 07-02 | 2022 | 4,92 | Version or |
| CRMA6 | RM 67-01 | 2022 | 3,60 | Ultraminceur de référence |
| CRMA7 | RM 67-02 | 2023 | 3,60 | Profil dents 20°, barillet haute vitesse |
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Des finitions à la hauteur d’une montre d’une telle ambition
Un mouvement visible des deux côtés ne peut rien cacher. Le CRMA7 est entièrement squelettisé, ce qui permet d’admirer la platine et les ponts évidés sous deux cristaux de saphir traités antireflet. Les finitions appliquées sont celles des grandes manufactures suisses : anglage, micro-sablage, sections fraisées, puits, traitement électroplasma gris et noir.
Les surfaces alternent entre le satiné, le brossé, le biseauté et le microbillé. Les aiguilles sont anglées. L’ensemble crée une profondeur visuelle que la simple lecture des spécifications ne saurait retranscrire. Le CRMA7 bat à 4 Hz, avec 25 rubis et un ressort de spiral AK3 signé Nivarox qui assure une grande stabilité chronométrique entre 6 °C et 36 °C.
RM 67-02, un boîtier conçu autour de la légèreté extrême
Le boîtier qui accueille ce calibre est un objet à part entière. Mesurant 38,70 x 47,52 x 7,80 mm, il associe du Quartz TPT® pour le cadran, du Carbon TPT® pour le flanc du boîtier et deux cristaux de saphir. L’ensemble pèse 32 grammes, bracelet élastique inclus, un chiffre qui force le respect quand on connaît la composition du mouvement. L’étanchéité est assurée jusqu’à 30 mètres grâce à deux joints toriques en nitrile.
Plusieurs éditions ont été déclinées sur cette base : la RM 67-02 Sprint (Wayde van Niekerk), la RM 67-02 High Jump (Mutaz Essa Barshim), ainsi qu’une version dédiée au skieur alpin français Alexis Pinturault, sans oublier les éditions Fernando Alonso et Alexander Zverev. À chaque fois, le cadran en titane DLC de 0,40 mm d’épaisseur est peint à la main aux couleurs du sportif partenaire.

Une philosophie d’ingénierie centrée sur la contrainte d’épaisseur
Le calibre CRMA7 n’est pas un simple exercice de style. C’est le résultat d’une approche ingénierie dans laquelle l’épaisseur finale de la montre impose ses contraintes à chaque composant, et non l’inverse. Richard Mille l’avait déjà formulé pour d’autres modèles extra-plats : « La montre devait être la plus plate possible. Le mécanisme devait être étendu dans l’espace, répandu dans le plan horizontal, pour créer une relation sensorielle différente avec le poignet. »
Ce principe appliqué au CRMA7 a permis d’obtenir un calibre de 3,60 mm d’épaisseur intégrant cinq innovations par rapport à la génération précédente. Profil de dents, barillet haute vitesse, balancier à inertie variable, rotor hybride en Carbon TPT® et en or, DLC bicolore. Cinq réponses techniques à une seule question : comment faire plus avec moins.



