Pourquoi Warner Bros. a dit non pour la troisième fois à l’offre spectaculaire de Paramount

Entre streaming global et empire médiatique traditionnel, Warner Bros. doit choisir son avenir.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
8 Minutes de lecture
© Photo : grand-warszawski (Depositphotos)

Malgré une garantie personnelle de plus de 40 milliards de dollars apportée par Larry Ellison, Warner Bros. Discovery rejette pour la troisième fois l’offre de rachat hostile de Paramount. En privilégiant son accord avec Netflix, le groupe fait un choix stratégique majeur, révélateur des profondes mutations de l’industrie du divertissement à l’ère du streaming.

Depuis décembre, l’industrie du cinéma et des séries retient son souffle. Warner Bros. Le groupe a annoncé un accord historique avec Netflix pour céder ses studios de cinéma et de télévision, ainsi que HBO Max, pour la somme vertigineuse de 83 milliards de dollars. L’opération prévoit la séparation préalable de Discovery Global, la division qui regroupe les chaînes câblées telles que CNN, TNT Sports et Discovery+, avant que Netflix n’absorbe le reste. Ce rapprochement donnerait au géant du streaming une position dominante sans précédent, lui offrant les franchises emblématiques de Warner telles que DC Comics, Harry Potter ou Game of Thrones.

- Publicité -

Mais David Ellison ne l’entend pas ainsi. Le patron de Paramount, soutenu par son père Larry Ellison, cofondateur du géant technologique Oracle, a lancé une offensive hostile directement auprès des actionnaires. L’offre de Paramount valorise l’intégralité de Warner Bros. Discovery est valorisé à 108,4 milliards de dollars, soit 30 dollars par action en numéraire. Sur le papier, cela représente 18 milliards de dollars de plus que la proposition de Netflix. Selon Paramount, son offre permettrait de créer un mastodonte verticalement intégré capable de rivaliser avec les plateformes dominantes.

Le 22 décembre, Paramount a même amendé son offre pour dissiper les inquiétudes du conseil d’administration. Larry Ellison, dont la fortune personnelle dépasse les 390 milliards de dollars et qui a brièvement détrôné Elon Musk au sommet du classement mondial, s’est personnellement engagé à garantir 40,4 milliards de dollars de fonds propres. Un geste spectaculaire, presque sans précédent dans les annales financières d’Hollywood. Pourtant, cela n’aura pas suffi.

- Publicité -

Warner Bros. , Discovery invoque plusieurs raisons pour justifier son refus catégorique. La structure financière de l’opération Paramount pose problème. Avec une capitalisation boursière d’environ 13 milliards de dollars, Paramount prévoit en effet de mobiliser 54 milliards de dollars de dette pour boucler l’opération. La notation de crédit de Paramount est à peine supérieure à celle d’une obligation spéculative, tandis que Netflix bénéficie d’une note investment grade. Le conseil d’administration estime que cette structure agressive expose Warner et ses actionnaires à des risques bien supérieurs à ceux de l’offre majoritairement en espèces de Netflix.

Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.

- Publicité -

Les restrictions opérationnelles constituent un autre point de friction majeur. Paramount exige en effet que Warner Bros. suspende certaines initiatives stratégiques pendant la période de transition, notamment le projet de scission de sa division câble. L’accord imposerait également des contraintes sévères sur le refinancement d’un prêt relais de 15 milliards de dollars. En cas d’échec de la transaction après approbation, Warner Bros. se retrouverait paralysé pendant potentiellement 18 mois, incapable de poursuivre ses projets essentiels.

La valorisation de Discovery Global cristallise les tensions. David Ellison affirme en effet que cette division, qui regroupe les actifs câblés vieillissants, ne vaudrait qu’un dollar par action. Le conseil d’administration de Warner Bros. conteste fermement cette estimation, la jugeant bien en deçà de la valeur réelle. Les analystes établissent une fourchette allant jusqu’à 4 dollars par action. Cette différence d’appréciation n’est pas anodine : elle permet de déterminer si l’offre de Paramount est réellement supérieure à celle de Netflix ou si elle cache une sous-évaluation stratégique des actifs.

- Publicité -

Paramount n’a pas non plus pris l’engagement de régler les 2,8 milliards de dollars de pénalités que Warner Bros. devrait verser à Netflix en cas de rupture de leur accord. Ce détail technique pourrait s’avérer déterminant. Les actionnaires de Warner Bros. se retrouveraient alors coincés entre deux options : un accord potentiellement plus avantageux sur le papier, mais assorti de conditions financières punitives en cas d’échec.

Le dossier soulève par ailleurs des questions réglementaires épineuses. Toute transaction de cette envergure doit en effet être approuvée par les autorités fédérales américaines. Le président Donald Trump a déjà indiqué son intention d’influencer personnellement la décision finale. Cette intervention politique ajoute une couche d’incertitude supplémentaire. Le précédent de Comcast, avec la création de la filiale câble Versant par scission, est éloquent : depuis son introduction, le cours de Versant a chuté de plus de 20 %, même si des ventes forcées par des fonds indiciels expliquent en partie cette dégringolade.

- Publicité -

Netflix et Paramount incarnent deux visions radicalement différentes de l’avenir de Warner. Netflix privilégie l’intégration de contenus premium dans son écosystème mondial de streaming, afin de maximiser la portée des franchises Warner Bros. auprès de ses centaines de millions d’abonnés. Paramount mise, quant à lui, sur la création d’un groupe média traditionnel élargi, combinant studios, diffuseurs et plateformes, afin de résister collectivement à l’assaut des pure players technologiques.

Jeudi dernier, Paramount a réaffirmé que son offre était supérieure à celle de Netflix. David Ellison n’a manifestement pas l’intention de baisser les bras. La question est désormais de savoir s’il améliorera substantiellement son offre, lèvera les restrictions opérationnelles contestées ou continuera à plaider sa cause directement auprès des actionnaires. Le conseil d’administration de Warner Bros. a clairement indiqué qu’il considérait l’offre actuelle comme insuffisante et inadéquate.

- Publicité -

Cette bataille pour le contrôle de Warner Bros. Discovery transcende le simple affrontement financier entre milliardaires. Elle révèle les profondes mutations de l’industrie du divertissement à l’ère du streaming. Les studios historiques, bâtis sur un siècle de production cinématographique et télévisuelle, doivent choisir entre fusionner pour atteindre la taille critique nécessaire ou s’intégrer aux plateformes technologiques qui contrôlent désormais la distribution et l’expérience utilisateur.

La garantie personnelle de Larry Ellison, aussi impressionnante soit-elle, ne suffit pas à combler l’écart entre les deux offres. Le conseil d’administration de Warner Bros. reste convaincu que l’accord avec Netflix offre davantage de certitude, moins de risques d’exécution et une meilleure valorisation pour les actionnaires. Mais le dernier mot n’est pas encore dit. Les prochaines semaines diront si Paramount parvient à convaincre directement les actionnaires ou si Netflix finalisera l’une des plus importantes acquisitions jamais réalisées dans le secteur du divertissement mondial.

- Publicité -
- Publicité -
Partager cet article