Le financier milliardaire Bill Ackman veut avaler Universal Music pour 64 milliards de dollars
Le milliardaire Bill Ackman propose de racheter le groupe pour 64 milliards de dollars et de transférer sa cotation d’Amsterdam à New York. Cette opération financière colossale dépend largement du groupe Bolloré.
Ce 7 avril 2026, le milliardaire Bill Ackman a déposé une offre de rachat d’Universal Music Group valorisant le géant du disque à quelque 64 milliards de dollars. Cette proposition fait déjà couler beaucoup d’encre, et pas seulement dans les salles de marché.
Une offre à 64 milliards qui vise d’abord la valorisation boursière
Il faut avoir un certain culot pour proposer de racheter la première major mondiale, non pas pour opérer une refonte artistique radicale, mais pour réaliser un tour de passe-passe boursier. C’est pourtant exactement ce que Bill Ackman, le patron du fonds activiste Pershing Square Capital Management, vient de proposer. Son offre non contraignante valorise Universal Music à 30,40 euros par action, soit une prime de 78 % par rapport au cours de clôture du 2 avril, qui s’élevait à environ 17,10 euros. Pour mémoire, UMG avait perdu environ un tiers de sa valeur boursière sur les douze derniers mois à la Bourse d’Amsterdam.
Universal Music, c’est le catalogue de Taylor Swift, Kendrick Lamar, Bad Bunny, Drake ou encore Billie Eilish. C’est aussi, et surtout, le contrôle d’environ un tiers de la musique enregistrée dans le monde. Un empire bâti sur des décennies d’acquisitions, de fusions et de contrats juteux. C’est précisément cet empire que le milliardaire américain entend désormais déplacer d’Amsterdam à Wall Street.
Le projet de transfert vers Wall Street et ses implications
Concrètement, le plan est le suivant : le fonds Pershing Square fusionnerait avec Universal Music via un véhicule d’acquisition. La nouvelle entité, baptisée « New UMG », serait constituée en société du Nevada et introduite à la Bourse de New York. Les actionnaires d’UMG recevraient 5,05 euros par action en numéraire, auxquels s’ajouterait 0,77 part de cette nouvelle entité. La transaction pourrait être finalisée avant la fin de l’année 2026, sous réserve, entre autres, de l’approbation des deux tiers des actionnaires.
Dans sa lettre adressée au conseil d’administration d’Universal Music, Ackman a été on ne peut plus direct sur les raisons qui, selon lui, plombent le cours de l’action depuis des mois. « La performance boursière d’UMG ne reflète pas la solidité de ses fondamentaux opérationnels », a-t-il déclaré. Il a ensuite énuméré quatre facteurs de blocage : l’incertitude entourant la participation de 18,5 % du groupe Bolloré, le report sine die de la cotation américaine, une allocation du capital jugée sous-optimale et une communication financière trop timide avec les actionnaires. Aucun de ces problèmes, insiste-t-il, « ne touche à l’exécution du métier musical de l’entreprise ». Et tous, selon lui, « peuvent être résolus dans le cadre d’une transaction de fusion ».
Le rôle décisif du groupe Bolloré dans l’issue de l’opération
Tout le monde sait que la vraie question, c’est Bolloré. Le groupe breton, qui détient 18 % d’Universal Music via ses participations dans Vivendi, l’ancienne maison mère d’UMG, constitue l’obstacle central à toute cette opération. Cyrille Bolloré avait d’ailleurs quitté le conseil d’administration d’UMG en juillet 2025 pour se consacrer à la holding familiale. Un geste qui, rétrospectivement, prenait peut-être une tout autre signification.
Si la transaction aboutissait, ce serait une très bonne affaire pour la famille bretonne : Vincent Bolloré pourrait récupérer jusqu’à 7,5 milliards d’euros en liquide. Mais rien n’indique pour l’heure que Bolloré soit favorable à cette transaction. L’analyste Nicolas Marmurek, de Square Global, a même décrit l’offre comme potentiellement « morte dans l’œuf » sans le soutien de la famille Bolloré, qui avait piloté la séparation d’UMG de Vivendi en 2021, puis son introduction à la Bourse d’Amsterdam. Ce n’est pas rien.
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Une réaction des marchés marquée par le doute
Lorsque l’offre a été rendue publique, le titre UMG a bondi de plus de 10 % à la Bourse d’Amsterdam. C’est appréciable. Mais c’est bien loin des 78 % de prime promis par Ackman, ce qui traduit un scepticisme notable des marchés quant aux chances réelles de voir cette opération aller à son terme. La capitalisation boursière d’UMG gravitait alors autour de 36 milliards d’euros, soit environ la moitié de la valorisation proposée par Pershing Square.
Les analystes de Bernstein Research ont formulé une question qui résume bien l’état d’esprit général : « Une opposition légitime de la part des investisseurs et un point critique pour le conseil d’administration sera de comprendre pourquoi toutes les propositions de Pershing Square ne peuvent pas être mises en œuvre dans la structure existante. » Clay Griffin, analyste chez MoffettNathanson, a été encore plus lapidaire : « C’est un peu comme donner un coup de peinture fraîche à une maison sans vraiment la changer. »
Une relation ancienne entre Ackman et Universal Music
Ce n’est pas la première fois qu’Ackman tente de prendre une part d’Universal Music par des moyens détournés. En 2021, il avait tenté de prendre une participation via une société de chèques en blanc, une coquille vide cotée en bourse servant à financer des acquisitions. L’opération avait échoué après que les régulateurs eurent émis des réserves. Pershing Square avait finalement acquis une participation directe dans UMG, valorisée à 40 milliards de dollars.
Pendant plusieurs années, Ackman a siégé au conseil d’administration d’UMG et a plaidé activement en faveur d’une cotation aux États-Unis. Il en est parti en mai 2025, invoquant de nouvelles responsabilités découlant de ses investissements récents. Son départ n’a visiblement pas éteint son appétit pour le dossier. Bien au contraire.
Une gouvernance repensée sans bouleversement opérationnel
Sur le plan opérationnel, Ackman a tenu à rassurer : Lucian Grainge, le PDG d’Universal Music depuis 2011 et architecte de la domination mondiale de la major, resterait en poste. Sa présence au sein de la nouvelle entité est même présentée comme une condition de la transaction. En revanche, le conseil d’administration serait « renouvelé » avec l’arrivée de Michael Ovitz, ancien super-agent hollywoodien et ex-président de Disney, qui en serait le président, accompagné de deux représentants de Pershing Square.
Un impact limité pour les artistes et le public
La vraie question pour les amateurs de musique, qui s’intéressent moins aux marchés financiers qu’à la musique, est la suivante : qu’est-ce que ça change concrètement pour les artistes, les labels et les auditeurs ? Selon le principal intéressé, pas grand-chose. Aucun bouleversement artistique n’est prévu. Aucune restructuration massive n’est annoncée. L’argument central d’Ackman se résume à ceci : UMG vaudrait bien plus cher si son action était cotée à New York plutôt qu’à Amsterdam, et les actionnaires méritent de le savoir.
Universal Music a enregistré un chiffre d’affaires de 12,5 milliards d’euros en 2025, en hausse de 5,7 % sur un an, principalement grâce à la croissance du streaming et des abonnements. Le groupe se porte donc bien. Cette offre colossale semble donc avant tout tenir à l’ambition personnelle d’un financier qui rêve depuis des années de décrocher la plus grosse prise possible. Universal Music pourrait bien être cette prise.



