Certains partenariats se contentent d’afficher de bonnes intentions. Celui-ci va plus loin. Cartier et The King’s Foundation, la fondation caritative créée en 1990 par le roi Charles III alors qu’il était prince de Galles, ont annoncé une collaboration de trois ans autour d’un objectif précis : former la prochaine génération de praticiens des arts décoratifs appliqués à l’horlogerie. Un programme inédit, à la croisée de deux institutions que tout semble a priori séparer, tant sur le plan géographique que culturel, mais qui sont unies par une même conviction : ces savoir-faire rares méritent d’être transmis avant qu’il ne soit trop tard.
Intitulé « The King’s Foundation and Cartier Decorative Métiers d’Art in Watchmaking », le programme s’étalera sur sept mois, dont cinq consacrés à une formation intensive et deux à la conduite d’un projet personnel. Il se déroulera sur sept mois, dont cinq consacrés à une formation intensive et deux à la conduite d’un projet personnel. Les disciplines au cœur de l’enseignement sont l’émaillage (champlevé, grisaille) ainsi que la marqueterie. Trois techniques anciennes et exigeantes, dont la maîtrise demande des années et dont les praticiens se font de plus en plus rares.
Une formation immersive entre patrimoine écossais et excellence suisse
La géographie du programme est déjà révélatrice de son ambition. Les étudiants alterneront entre deux lieux que beaucoup considéreraient comme des voisins pédagogiques improbables. D’un côté, Dumfries House, un manoir du XVIIIe siècle situé en Écosse, acquis en 2007 par le prince Charles pour préserver ce patrimoine d’une vente à la découpe. C’est là que la King’s Foundation installe ses programmes de formation aux métiers traditionnels, dans un cadre qui allie solennité historique et vocation éducative. De l’autre côté, La Chaux-de-Fonds, capitale mondiale de l’horlogerie, où Cartier a fondé en 2014 sa Maison des Métiers d’Art : une ancienne ferme bernoise du XVIIe siècle, entièrement restaurée et transformée en atelier d’excellence où artisans et horlogers travaillent côte à côte. Deux bâtiments chargés d’histoire. Deux lieux pensés pour durer.
Les candidats retenus résideront à Dumfries House pendant toute la durée du programme. Ce n’est pas un détail : vivre sur place dans un tel environnement change profondément la façon d’aborder un apprentissage. L’immersion totale fait partie intégrante de la méthode.
Un processus de sélection ouvert aux jeunes talents spécialisés
Les dossiers de candidature seront acceptés à partir de cette date sur le site de The King’s Foundation. Ce programme s’adresse aux diplômés britanniques en joaillerie et en horlogerie, ainsi qu’aux créateurs émergents en début de carrière qui souhaitent consolider leurs bases techniques. La première promotion présentera ses projets au printemps 2027.
Ce calendrier n’a rien d’anodin. Cartier sait depuis longtemps que la transmission ne se décrète pas. Elle se construit patiemment, grâce à des dispositifs structurés. Dès 1993, la maison, appartenant au groupe Richemont, s’est dotée d’un Institut horloger en Suisse pour former les futurs praticiens. Deux ans plus tard, en 1995, elle a lancé le prix Cartier Talents Horlogers de Demain, une compétition annuelle qui récompense les jeunes horlogers les plus prometteurs. La 28e édition de ce prix, dont la cérémonie est prévue au printemps 2026, se déroulera précisément à la Maison des métiers d’art de La Chaux-de-Fonds, un espace désormais au cœur du nouveau programme avec The King’s Foundation.
Une alliance qui prolonge un lien historique avec la couronne britannique
Le lien entre Cartier et la couronne britannique ne date pas d’hier. La maison détient en effet un Royal Warrant en tant que « Joailliers et Horlogers de Sa Majesté le Roi », une distinction qui consacre une relation commerciale et symbolique de longue date avec la famille royale britannique. Ce partenariat avec The King’s Foundation s’inscrit donc dans une continuité logique, tout en marquant un pas supplémentaire : ne plus seulement fournir des pièces à la couronne, mais construire ensemble un programme de formation qui engage les deux institutions sur le long terme.
Ce type d’alliance entre une grande maison horlogère et une fondation à vocation pédagogique reste rare. On connaît les mécénats culturels, les donations ponctuelles et les expositions financées. Ici, la démarche est différente. Cartier et The King’s Foundation co-construisent un cursus, mettent à disposition leurs experts respectifs (maîtres artisans, tuteurs académiques) et partagent leurs lieux emblématiques. Il s’agit d’une co-responsabilité assumée, et non d’un simple adossement de marques.
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La disparition progressive des savoir-faire devient un enjeu critique
Pourquoi maintenant ? Parce que la situation l’exige. L’émaillage champlevé, la grisaille et la marqueterie sont des techniques qui reposent sur un geste précis transmis de génération en génération. Elles ne s’apprennent ni seul, ni rapidement. Or, le nombre de praticiens capables de les enseigner diminue. Ces dernières années, plusieurs grandes maisons horlogères ont pris conscience de ce risque, certaines allant jusqu’à racheter des ateliers indépendants pour éviter la disparition de compétences devenues introuvables sur le marché.
Cartier a anticipé cette tendance avec la création de sa Maison des Métiers d’Art. Onze ans après son inauguration, le site chaux-de-fonnier est bien plus qu’un simple atelier de production : c’est un conservatoire vivant capable de restaurer des pièces anciennes et de former de nouvelles générations. Le rapprochement avec The King’s Foundation, une organisation dont la vocation première est précisément la sauvegarde des savoir-faire traditionnels, permet de prolonger cette logique au-delà des frontières suisses.
Une formation qui ouvre des perspectives uniques dans l’horlogerie
Pour les futurs candidats, l’intérêt est tangible. Acquérir une maîtrise en émaillage ou en marqueterie horlogère ouvre des portes très rares. Ces compétences sont recherchées par un nombre très limité d’ateliers dans le monde, mais la demande est constante et les profils qualifiés quasi inexistants. Un diplômé capable de travailler l’émail grisaille sur un cadran ou d’exécuter une marqueterie de précision représente une valeur considérable pour toute maison souhaitant intégrer ces finitions à sa production.
Structuré sur sept mois, le programme comprend une composante projet qui garantit une expérience complète : l’acquisition d’un geste technique, mais aussi la capacité à concevoir et mener à terme une création personnelle. C’est ce que les grandes maisons attendent de leurs futurs collaborateurs : non pas des exécutants, mais des artisans capables de penser et de produire.



