Christophe Leribault nommé président du Musée du Louvre pour piloter la Nouvelle Renaissance
Christophe Leribault a été nommé en conseil des ministres le 25 février 2026 pour conduire la « Louvre – Nouvelle Renaissance » et restaurer la confiance après la crise du vol des bijoux de la Couronne.
Le Musée du Louvre et Christophe Leribault se retrouvent enfin, près de vingt ans après leur première rencontre. Cet historien de l’art de 63 ans, nommé en conseil des ministres le 25 février 2026, hérite d’une institution sous tension, bousculée par une crise sans précédent depuis le spectaculaire vol des bijoux de la Couronne, survenu le 19 octobre 2025.
| 📌 Repères clés |
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| 📅 25 février 2026 : nomination de Christophe Leribault en conseil des ministres 💎 19 octobre 2025 : vol de 8 bijoux de la Couronne dans la galerie Apollon 💰 1,1 milliard d’euros : budget du projet « Louvre – Nouvelle Renaissance » 👥 2 300 agents : effectif total du musée 🏛 9 millions de visiteurs par an : musée le plus fréquenté au monde 🚪 Nouvelle entrée prévue côté colonnade de Perrault pour fluidifier les flux |
Un profil de gestionnaire appelé pour stabiliser les grandes institutions culturelles
Cette nomination ne surprend guère ceux qui suivent les couloirs du pouvoir culturel français. Depuis quelques années, ce conservateur général du patrimoine semble être devenu la solution de secours privilégiée d’Emmanuel Macron lorsque l’une des grandes institutions vacille. Appelé en 2024 à la tête du château de Versailles pour succéder à Catherine Pégard dont l’intérim commençait à peser, il est propulsé, quelques mois plus tard, au sommet du musée le plus visité au monde.
Le Louvre n’est pas une terra incognita pour lui. En 2006, il avait été nommé conservateur au département des arts graphiques, puis avait pris la direction du musée national Eugène-Delacroix l’année suivante. Reconnu pour ses travaux sur le XVIIIe siècle et le peintre Jean-François de Troy, il avait déjà brigué la présidence du Louvre en 2021, sans succès à l’époque. Le poste lui revient aujourd’hui dans des circonstances autrement plus compliquées.
Un parcours forgé dans les musées parisiens et les grandes collections nationales
Originaire du Val-d’Oise, Christophe Leribault a bâti sa carrière selon une méthode rare : la durée. Ses débuts au musée Carnavalet, où il rejoint les équipes en 1990 pour prendre en charge les peintures et les dessins, lui offrent quinze ans de formation intensive au sein d’une collection exceptionnelle. Une parenthèse d’un an à la Villa Médicis de Rome, en 1995-1996, vient encore enrichir un profil déjà solide.
C’est au Petit Palais qu’il dirige de 2012 à 2021 que sa réputation se consolide vraiment. Pendant neuf ans, il y organise des expositions inventives et décalées, et la fréquentation explose. Le monde de la culture retient son nom. Sa nomination en 2021 à la présidence du musée d’Orsay, où il succède à Laurence des Cars, confirme une trajectoire sans faux pas. À Orsay, il engage une réorganisation du parcours de visite et lance d’importants travaux dans le musée toujours ouvert au public, avant d’être appelé à Versailles en février 2024, un coup de théâtre que personne n’avait vu venir.
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Pourquoi Laurence des Cars a quitté la présidence du Louvre
Laurence des Cars n’avait pas eu le choix. Dès le lendemain du cambriolage de la galerie Apollon, le 19 octobre 2025, au cours duquel huit bijoux de la Couronne française ont été dérobés en plein jour, elle avait vu la pression s’intensifier au fil des semaines. Une grève perlée, déclenchée mi-décembre et ayant contraint le musée à fermer ses portes à quatre reprises, avait encore durci le climat, occasionnant plus de deux millions d’euros de pertes.
Sa sortie, annoncée aux agents du musée dans des termes empreints d’une grande dignité, restera dans les mémoires. « Diriger le Louvre, dans les épreuves comme dans les succès, a été l’honneur de ma vie professionnelle. J’y ai consacré toute mon énergie et toute ma détermination. Pas une minute de mon temps n’a manqué à l’appel du Louvre », a-t-elle déclaré en prenant congé de ses équipes. Elle avait également mis en garde, bien avant la crise, sur l’état de délabrement avancé du palais, notant dans une note confidentielle adressée à la ministre de la Culture, Rachida Dati, en janvier 2025, que les bâtiments du Louvre atteignaient un « niveau d’obsolescence inquiétant ». Dans un entretien accordé au Figaro peu après sa démission, elle reconnaissait avec franchise : « Cette lucidité a pu être parfois douloureuse, mais elle était indispensable pour mettre le Louvre sur la voie de la transformation. J’en paie peut-être le prix aujourd’hui. »
Le Louvre fragilisé malgré 9 millions de visiteurs par an
Le musée du Louvre que Christophe Leribault redécouvre n’est plus tout à fait le même qu’il a quitté il y a vingt ans. Côté chiffres, les œuvres emblématiques, comme la Joconde ou la Victoire de Samothrace, continuent d’attirer neuf millions de visiteurs par an, soit la fréquentation la plus élevée au monde. Mais derrière les façades austères du palais des rois de France se cache une réalité beaucoup moins glorieuse : gaines de climatisation hors d’usage, ascenseurs vétustes, infiltrations d’eau, canalisations sur le point de lâcher et sanitaires saturés. Une ville dans la ville, forte de 2 300 agents, de quinze kilomètres de salles et de siècles d’histoire accumulée, menace de s’effondrer sous son propre poids.
Emmanuel Macron a résumé la situation à sa façon, saluant la démission de Laurence des Cars comme « un acte de responsabilité », car le musée avait « besoin d’une nouvelle impulsion pour mener à bien de grands chantiers de sécurisation et de modernisation, ainsi que le projet Louvre Nouvelle Renaissance ». Ce projet présidentiel, lancé officiellement en janvier 2025 lors d’un discours prononcé devant la Joconde, représente un budget global de 1,1 milliard d’euros, réparti entre des travaux de rénovation menés par l’architecte en chef des Monuments historiques, François Châtillon, et un ambitieux projet de « Grande Colonnade » ouvert à un concours international.
« Louvre – Nouvelle Renaissance » un projet à 1,1 milliard d’euros
La mission qui attend Christophe Leribault au musée du Louvre est à la mesure du lieu : titanesque. Il lui reviendra de mener à bien le projet « Louvre – Nouvelle Renaissance », de rouvrir le dialogue avec les agents et les syndicats (un protocole d’accord est encore en attente de signature) et de rétablir des relations de confiance avec le ministère de la Culture, qui n’aurait pas pleinement joué son rôle de tutelle ces dernières années.
L’une des priorités identifiées par son prédécesseur consiste à reconquérir les espaces de la cour Carrée et à créer une nouvelle entrée du côté de la colonnade de Perrault, face à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, afin de décongestionner les flux de visiteurs qui s’entassent sous la pyramide. Un objectif structurant dont la réalisation conditionne une grande part de l’avenir du musée. Le communiqué de l’Élysée précise d’ailleurs que ses principales missions seront la sécurisation et la modernisation du musée, ainsi que la « mise en œuvre du Louvre – Nouvelle Renaissance ».
Rachida Dati, la ministre de la Culture, qui a proposé son nom, estime pour sa part qu’il saura « s’appuyer sur l’ensemble des forces vives du musée et de leurs savoir-faire pour écrire collectivement une nouvelle page de l’histoire du palais du Louvre ». Le château de Versailles, dont il quitte la présidence, devrait quant à lui voir arriver Laurent Salomé, conservateur en chef de cet établissement depuis 2016 et très apprécié de Catherine Pégard, conseillère culture d’Emmanuel Macron.
Sécurité des musées et restauration de la confiance interne
Au-delà des murs et des tuyaux, c’est la confiance qu’il faut rebâtir. Le vol du 19 octobre a mis en lumière des failles de sécurité que beaucoup connaissaient, mais que personne n’avait vraiment envie de voir. La commission d’enquête parlementaire sur la sécurité des musées, conduite par le député Alexandre Portier, n’y est pas allée de main morte : « Il y a très clairement une liste de défaillances qui auraient déjà conduit, dans pas mal de pays et d’établissements, à un départ depuis longtemps. »
Fort d’un profil institutionnel solide et d’une réputation bâtie sur la concertation, Christophe Leribault devra maintenant prouver qu’il est plus qu’un simple pompier de luxe. Le Louvre a besoin d’un chef capable de mener à bien un chantier de transformation sur dix ans, de réconcilier ses 2 300 agents avec leur propre avenir et de redonner au premier musée du monde la stature qui lui revient. À 63 ans, Christophe Leribault n’a jamais eu rendez-vous avec l’Histoire d’une telle ampleur.



