La Salle Wagram, avec ses dorures fanées et son charme délabré, a servi d’écrin au dernier défilé de Maison MIHARA YASUHIRO pour l’automne 2026. Sous le tic-tac d’un carillon hypnotique, le créateur japonais Mihara Yasuhiro a orchestré un retour fascinant aux techniques de déconstruction et à l’esthétique vintage qui ont marqué ses débuts.
| 📌 Repères clés |
|---|
| 🏛️ Maison : Maison MIHARA YASUHIRO 🧵 Créateur : Mihara Yasuhiro 🧵 Thème central : Déconstruction et retour aux origines vintage 🎭 Message : Rejet explicite du quiet luxury et du minimalisme normcore 🧥 Silhouettes : Superpositions multiples, asymétries, contrastes avant/arrière 🕰️ Inspirations : Années 1990, Ralph Lauren, Margaret Howell, uniformes britanniques 👞 Pièces clés : Duffle-coat chocolat, pantalons en velours côtelé, blazers asymétriques 🌍 Contexte économique : Dévaluation du yen influençant la stratégie internationale 🧠 Positionnement : Créateur indépendant face à une mode jugée frileuse |

Dès les premières silhouettes, on reconnaît la patte du designer. Les vestes aux épaules arrondies et généreusement coupées ouvrent le bal, suivies de blazers à un bouton fermés de façon asymétrique. Les chemises traditionnelles se parent de doubles, voire de triples cols superposés. Ces pièces établissent d’abord un ordre classique, puis se déconstruisent progressivement. Une veste glisse de l’épaule, un bouton se retrouve décalé, puis apparaissent des constructions en patchwork et du denim usé, rappelant les origines du créateur et ses premières expérimentations textiles. Il confectionnait alors des vêtements à partir de pièces de seconde main.
Le procédé le plus frappant reste ce jeu de contrastes entre l’avant et l’arrière. Les jupes présentent des plis sur le devant, tandis que le dos reste rigide et droit, dans des matières opposées telles que le satin et le velours côtelé épais. Les pantalons ressemblent à des joggings vus de face, mais révèlent du denim à l’arrière. Les vestes en jean affichent des manches amples et tombantes, clairement inspirées des années 1990.

Yasuhiro revendique d’ailleurs cette décennie comme source d’inspiration principale, citant Ralph Lauren, Margaret Howell et les uniformes scolaires britanniques. L’esprit rétro transparaît effectivement, mais le créateur précise avoir voulu détourner les codes du « quiet luxury », cette tendance récente vers le luxe discret, pour les bousculer délibérément.
Le superposage devient alors roi, dans la continuité d’une déconstruction plus ludique. Jusqu’à cinq pièces sont empilées simultanément dans des associations surprenantes, comme ces vestes de survêtement portées sous des chemises boutonnnées. Sur les mannequins, l’effet est remarquable, même si la reproduction dans la vie quotidienne semble ardue. Avec cinquante-deux silhouettes présentées, la proposition est ambitieuse, parfois excessive.
Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
Les ensembles jupe-veste en fausse fourrure évoquent une rigidité des années 1960 réinterprétée pour aujourd’hui. Les textures duveteuses s’étendent aux chaussures et aux tee-shirts, renforçant la richesse tactile de la collection. Le créateur tokyoïte aborde frontalement les difficultés actuelles. La dépréciation marquée du yen l’oblige à repenser l’ampleur de ses prochaines présentations européennes. Paradoxalement, cette dévaluation profite à son activité commerciale, car elle rend ses créations plus compétitives pour les acheteurs internationaux.
Yasuhiro ne cache pas ses influences, longtemps dissimulées lors des interviews. Interrogé sur les créateurs qui l’avaient marqué, il mentionnait systématiquement Margiela, Gaultier ou Yohji. La vérité ? Margaret Howell et Ralph Lauren ont profondément nourri son travail. Récemment, il a souhaité emprunter le train du minimalisme et du « quiet luxury », ces tendances dominantes. Mais il reconnaît s’être trompé de station.

L’ambiance du défilé n’a pas aidé. La musique monotone et assourdissante, les sièges exigus et les applaudissements tièdes à la fin de la présentation ont créé une atmosphère peu propice. Pourtant, au-delà de ces désagréments, la collection révèle de véritables pépites vestimentaires dans une approche relativement épurée pour le créateur.
Le manteau duffle chocolat, replié à l’ourlet et coupé court avec élégance, mérite qu’on s’y attarde. Les pantalons drapés en velours côtelé témoignent du talent de coupe du créateur, qui est parfois éclipsé par ses collections plus excentriques. Les costumes asymétriques en sont la preuve. L’esprit preppy de Ralph Lauren transparaît dans les blazers asymétriques, les chemises soignées et les cravates rayées qui s’accordent étonnamment bien avec les bombers déconstruits se détachant des épaules en doubles couches, les joggings couverts d’autocollants et les chemises en flanelle bouffantes.
Cette collection témoigne de la lutte du créateur contre l’état actuel de la mode, résumé en deux mots : sécuritaire et timoré. Deux qualificatifs qui ne lui correspondent absolument pas, quels que soient ses efforts. Yasuhiro constate que le normcore et la mode sans effort ont fusionné, ce qui rend difficile pour les créateurs d’explorer différentes directions. Cette expérience lui a permis de réaliser qu’il faisait partie de ces créateurs qui ont tenté de suivre la tendance sans y parvenir. La leçon reste simple : pourquoi vouloir être normal quand on peut rester soi-même ?





































