La famille Arnault détient désormais 50,01 % du capital de LVMH. C’est un fait, une date et une décision : depuis le 19 février 2026, le groupe familial Arnault possède la majorité absolue du premier conglomérat de luxe mondial.
Il y a des gestes financiers qui ont la sécheresse d’un acte notarié et la résonance d’une décision politique. Le franchissement des 50 % du capital de LVMH par la famille Arnault appartient à cette catégorie. Annoncé par l’Autorité des marchés financiers le 24 février 2026, ce seuil avait été franchi cinq jours plus tôt. Bernard Arnault et ses cinq enfants détiennent désormais 248 874 567 actions, soit 50,01 % du capital et 65,94 % des droits de vote. Fin 2025, ils en étaient à 49,77 %. Quelques dixièmes de pourcentage, rachetés méthodiquement sur le marché depuis le début de l’année, ont suffi à franchir ce cap.
Ce franchissement était annoncé. Lors de la présentation des résultats annuels de LVMH, le 27 janvier 2026, Bernard Arnault avait déclaré sans détour qu’il franchirait les 50 % en début d’année. Plus de 1,1 million de titres ont été rachetés depuis janvier par les deux structures de contrôle familiales, Christian Dior SE et Financière Agache. La promesse a été tenue.
| 📌 Repères clés |
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| 📅 19 février 2026 : franchissement des 50,01 % du capital 🗳 65,94 % des droits de vote détenus par la famille Arnault 📊 80,8 milliards € de ventes LVMH en 2025 (-1 % organique) 💰 10,9 milliards € de bénéfice net 2025 🏛 Plus de 75 maisons dans le portefeuille LVMH 🇫🇷 Plusieurs dizaines de milliers d’emplois en France 👨👩👧👦 5 enfants Arnault à des postes stratégiques clés |
Majorité absolue et contrôle stratégique du groupe
Jusqu’au 19 février 2026, la famille Arnault contrôlait LVMH sans en détenir formellement la majorité du capital. Elle disposait déjà de près des deux tiers des droits de vote, ce qui lui assurait une autorité opérationnelle totale. Franchir les 50 % ne change donc pas grand-chose au fonctionnement quotidien du groupe. En revanche, cela change beaucoup sur le plan stratégique.
Posséder la majorité absolue du capital signifie qu’aucune recomposition actionnariale extérieure ne peut remettre en cause le contrôle de la direction. La famille est à l’abri d’une prise de contrôle rampante, d’une dilution forcée ou d’une pression extérieure sur les décisions à long terme. C’est une position de souveraineté, pour reprendre un mot qui s’applique ici avec précision. Et dans un groupe qui rassemble plus de soixante-quinze maisons (Louis Vuitton, Dior, Givenchy, Céline, Bulgari, Loewe, Moët & Chandon, Hennessy, etc.), cette souveraineté se décline à une échelle considérable.
Succession Arnault et transmission du pouvoir chez LVMH
Ce renforcement du contrôle capitalistique se lit également à travers une autre grille : celle de la succession. Les cinq enfants Arnault occupent tous des fonctions stratégiques au sein du groupe. Delphine préside Christian Dior Couture, Alexandre dirige Tiffany & Co., Antoine supervise les communications de LVMH, Frédéric est à la tête de Louis Vuitton et Jean pilote Berluti ainsi que TAG Heuer. Une transmission de cette ampleur ne s’improvise pas. Elle se prépare méthodiquement.
Bernard Arnault a 77 ans. Il n’a rien annoncé concernant un éventuel retrait, mais il serait mal interpréter les signaux que de faire abstraction de la dimension successorale de cette opération. LVMH n’est pas seulement une entreprise cotée. C’est un projet familial patiemment construit depuis que Bernard Arnault en a pris le contrôle en 1988. Ce projet vient de se doter d’une assise capitalistique supplémentaire.
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LVMH, souveraineté économique et emplois en France
Ce point vous concerne directement, même si vous n’avez jamais acheté une seule action en Bourse. LVMH emploie en effet plusieurs dizaines de milliers de personnes en France. Les ateliers de maroquinerie Louis Vuitton sont encore majoritairement situés en France, en Vendée, dans le Loiret et dans la Drôme. Les manufactures Dior travaillent en Normandie pour la haute couture et le prêt-à-porter. Les vignobles Moët & Chandon et Veuve Clicquot s’étendent en Champagne. Tout cela forme un tissu artisanal et industriel profondément ancré dans des régions entières, qui préserve des savoir-faire transmis de génération en génération.
Un groupe contrôlé majoritairement par une famille française est également moins exposé aux pressions d’actionnaires dépourvus d’attachement particulier à l’ancrage territorial. La concurrence internationale s’est durcie ces dernières années et les conglomérats asiatiques ont considérablement renforcé leurs ambitions sur le marché mondial du luxe. La solidité structurelle que vient de se donner la famille Arnault prend tout son sens dans ce contexte. Si les résultats de LVMH pour 2025 affichent un léger recul, avec 80,8 milliards d’euros de ventes, soit – 1 % en organique, et un bénéfice net de 10,9 milliards d’euros, la confiance de la famille dans les perspectives du groupe est manifeste. On n’achète pas pour plus d’un milliard d’euros d’actions d’un groupe en lequel on n’aurait pas confiance.
Burberry et DVF redessinent le marché européen du luxe
Pendant que la famille Arnault renforce son contrôle sur LVMH, d’autres maisons bougent. Burberry vit depuis 2025 une transformation profonde. Sous la direction de Joshua Schulman, nommé directeur général en juillet 2024, la maison britannique a recentré son identité sur ses fondamentaux : le trench-coat, le tartan et une élégance insulaire résolument assumée. Les résultats sont là : l’intérêt pour Burberry sur Google a progressé de 10 % en 2025, contre 4 % l’année précédente. Pour 2026, la marque entend convertir cette visibilité retrouvée en revenus concrets.
De son côté, Diane von Furstenberg accélère son retour sur le marché européen. Après avoir fait de Zalando son partenaire commercial exclusif en Europe en 2025, la marque américaine a annoncé en février 2026 un accord de distribution en gros avec le groupe Brama, un acteur italien bien implanté, afin de préparer la collection automne-hiver 2026. DVF ne se contente plus d’une vitrine numérique, elle reprend pied dans les boutiques multimarques européennes.
Ces deux mouvements rappellent que le marché européen du luxe accessible reste très disputé. Les maisons du portefeuille LVMH y occupent une place de premier plan, mais elles n’ont pas le monopole de l’attention des consommateurs, notamment des hommes, qui sont de plus en plus exigeants dans le choix de leurs marques.
Le luxe comme enjeu industriel et politique
Ce que vous choisissez de porter n’est jamais seulement une question de goût personnel. Derrière un sac Louis Vuitton ou une paire de chaussures Berluti se cache une chaîne de décisions économiques, industrielles et capitalistiques. La montée de la famille Arnault au-dessus de 50 % du capital de LVMH ne changera pas la coupe d’un veston ni la texture d’un cuir. Elle garantit en revanche que les maisons qui fabriquent ces pièces resteront ancrées dans leur territoire et pilotées par ceux qui ont consacré leur vie à construire l’image du luxe français à l’international.
C’est là que la finance et la mode se rejoignent. Pas dans les chiffres eux-mêmes, mais dans ce qu’ils signifient sur le long terme.



