Jil Sander et la collection automne 2026 : voilà deux mots qui, réunis, promettaient déjà beaucoup. Ancien de Gucci et de Bally, Simone Bellotti avait livré un premier défilé printemps-été 2026 d’une rigueur presque monacale : silhouettes épurées, palette de tons neutres, taille marquée, épaules structurées. Un exercice de style impeccable. Pour sa deuxième saison, il a choisi une autre voie.
| 📌 Repères clés |
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| 🧥 Directeur artistique : Simone Bellotti 📅 Saison : Automne 2026 🎨 Inspiration visuelle : Café Lehmitz d’Anders Petersen (1978) ✂️ Signature : coupes volontairement irrégulières 🪑 Matières : tweed robuste, cuir noir impeccable 👞 Silhouette : épaules rentrées, volumes contrastés, boot-cut 🎯 Message : rendre l’imperfection élégante et désirable |

Avant même que les premières tenues n’apparaissent sur le podium, l’atmosphère donnait le ton. Le sol était recouvert d’un grand tapis brun rouille et des éclairages au néon projetaient une lumière crue et sans concession. On aurait dit un salon des années 1970 ou un bar de quartier mal famé. Ce n’était pas un hasard. Bellotti avait posé sur sa table de travail le livre Café Lehmitz, publié en 1978 par le photographe suédois Anders Petersen. Ce livre présente les habitués d’un bar hambourgeois des années soixante : leurs visages marqués, leurs postures relâchées, leur présence brute.

Ce qui frappe d’emblée dans la collection homme, c’est le traitement de la coupe. Bellotti a intentionnellement déréglé ce qu’il maîtrise le mieux : la taille. Des vestes de costume sont trop longues, d’autres sont raccourcies dans le dos au point de s’évaser bizarrement. Des épaules légèrement rentrées, presque voûtées. Certains manteaux semblent manquer de tissu, la poitrine se creuse, la taille se froisse. Ce n’est pas une maladresse, mais une décision délibérée.
À l’inverse, d’autres pièces débordent de volume. Des manteaux en laine coupés avec générosité, des cols qui encadrent le visage, des surplus de matière dans le dos qui s’échappent comme une traîne discrète. Bellotti joue sur cette opposition entre restriction et abondance, sans jamais perdre le contrôle du résultat. L’œil s’y accroche, y revient, s’interroge. C’est précisément là que réside l’intérêt.

Parmi les détails les plus inattendus, on trouve des tweeds à l’aspect robuste, ceux qu’on verrait volontiers sur une assise de salon bourgeois. Un clin d’œil assumé à son père, tapissier de métier, que Bellotti a glissé dans la collection comme un hommage discret. Ces matières épaisses et familières contrastent avec les pièces en cuir noir : manteaux et blazers qui, eux, restent d’une netteté absolue.
Jil Sander conserve ici une autorité intacte sur le cuir, et cette collection le rappelle avec élégance. Les bottines légèrement usées, portées avec des pantalons boot-cut en laine grise, tempèrent la sévérité de l’ensemble. L’usure, là où le reste est rigoureux, c’est toute la logique de cette saison.
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Ce que Bellotti réussit, c’est de rendre l’imperfection désirable. Pas au sens d’un geste rebelle ou calculé pour choquer, mais de façon presque naturelle, comme si les vêtements avaient leur propre vie et n’attendaient pas d’ordres. Il parle lui-même de « ce léger défaut, cette légère imperfection » qu’il cherchait dans les photographies de Petersen. On comprend exactement ce qu’il voulait dire en regardant les silhouettes défiler sous les néons impitoyables.
Au bout du compte, la maison n’a pas changé de cap. Vous trouverez encore chez Jil Sander ce manteau bleu marine dont vous pensiez ne pas avoir besoin, puis que vous ne pouvez plus imaginer ne pas posséder. Sauf que cette saison, il arrive avec un col légèrement de travers, et c’est précisément pour cette raison qu’il vous plaît.



















