C’est officiel. Le couturier britannique John Galliano et la marque espagnole ZARA ont annoncé un partenariat créatif inédit d’une durée de deux ans. John Galliano « ré-écrira » les archives de ZARA pour en tirer des collections saisonnières entièrement nouvelles. La première collection sera disponible en boutique dès septembre 2026. Son retour était très attendu. Le voilà, mais pas là où on l’espérait, ou peut-être exactement là où il le fallait.
Une rencontre décisive entre Marta Ortega et John Galliano
Tout a commencé par une rencontre. Marta Ortega Pérez, présidente d’Inditex et fille du fondateur de l’entreprise, Amancio Ortega, a rencontré Galliano à travers la Fondation MOP, sa fondation personnelle établie en 2022 à La Corogne, en Espagne, qui accueille des expositions photographiques de grands noms tels que Steven Meisel, Irving Penn ou encore Annie Leibovitz. « J’ai rencontré Marta grâce à MOP et aux merveilleuses expositions qu’elle organise », a confié Galliano à Vogue lors de la dernière Fashion Week de Paris. « À travers ces expositions, nous avons commencé à nouer une amitié. J’aime beaucoup son ouverture d’esprit. »
De cette complicité est né un projet audacieux. Le designer ne se contentera pas de créer une nouvelle capsule. Il va s’approprier des pièces des collections précédentes de ZARA, les déconstruire, les reconfigurer et leur insuffler une nouvelle vie. « L’idée, c’est que je vais les réécrire », précise-t-il simplement. Deux ans de travail. Un immense terrain de jeu.
Un atelier parisien discret pour une création hors normes
Depuis janvier, il travaille discrètement dans un atelier « quelque part autour de Paris ». Les toiles s’accumulent. Les formes prennent corps. Sans étiquette de genre, sans contrainte de saison. « On pourrait dire sans risque que c’est au-delà du genre et des saisons », glisse-t-il. Voilà qui n’est pas rien.
Ce qui frappe dans les premières déclarations du couturier, c’est la joie. Pas la posture. Pas de grand discours. Juste une excitation, presque enfantine : « Je suis super enthousiaste parce que c’est quelque chose que je n’ai jamais fait. Ce côté nouveau, cette excitation, ce processus lui-même — tout cela me chatouille vraiment. » Et plus loin : « C’est assez amusant, et je crois que c’est une chose très positive à faire en ce moment, et vraiment durable d’un point de vue créatif, ce qui m’intéresse énormément. »
L’homme qui a autrefois habillé l’imaginaire d’une époque entière chez Christian Dior, puis réinventé la maison Margiela avec une rigueur et une liberté rares, se retrouve à présent devant un autre défi : créer quelque chose de nouveau à partir de l’existant.
Deux ans de recul pour redéfinir sa vision créative
Depuis sa dernière collection pour Maison Margiela, le défilé Artisanal du printemps 2024 qui avait électrisé le monde entier avec ses dentelles incrustées, ses sequins fabriqués à partir de tissu, ses tweeds froissés et collés, ainsi que ses « coupes émotionnelles », Galliano s’était mis en retrait. Volontairement. Librement.
« Je suis sorti du manège fou », dit-il. Il a passé ces deux années à visiter des musées, à marcher dans les bois sans téléphone, à se perdre sans crainte, à retrouver son instinct. « Comme respirer correctement », résume-t-il. Il poursuit : « C’était un temps précieux pour réfléchir à ce que je voulais faire ensuite. À un moment, il est bon de simplement s’arrêter et de réfléchir, si l’on en a la capacité. »
Résultat : il revient avec une clarté que l’on perçoit dans chacune de ses phrases. Pas de posture. Pas d’esbroufe. Une envie réelle de faire, de créer, de surprendre, lui-même en premier.
| 📌 Repères clés |
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| 🧵 John Galliano signe une collaboration de deux ans avec ZARA 📅 Première collection prévue en septembre 2026 ♻️ Le projet repose sur la réécriture des archives de la marque 📍 Création développée dans un atelier discret près de Paris 🧠 Retour après deux ans de pause créative volontaire 📈 ZARA confirme sa montée en puissance face au luxe traditionnel 💰 L’héritage Galliano reste très recherché sur le marché secondaire |
ZARA accélère son repositionnement vers le haut de gamme
Depuis que Marta Ortega Pérez a pris la présidence d’Inditex en 2022, ZARA a considérablement changé de cap. La marque a notamment fait appel à des créateurs tels que Narciso Rodriguez, Stefano Pilati, Ludovic de Saint Sernin ou Samuel Ross. Elle a également édité des collections capsules avec Kate Moss et Steven Meisel. Mais la collaboration avec Galliano est d’une toute autre envergure : deux ans de travail, un véritable processus de création et un travail de fond sur les archives.
Pour l’industrie, c’est un signal fort. Des enseignes comme Uniqlo, Gap ou & Other Stories ont également recruté des directeurs artistiques issus du secteur du luxe : Clare Waight Keller, Zac Posen et Jonathan Saunders. Travailler pour une enseigne grand public n’est plus perçu comme un repli. L’an dernier, Mary Gallagher, consultante senior chez Find Executive Consulting, le formulait ainsi : « Il n’y a plus de stigmate ni de snobisme à aller vers le grand public quand le projet est enthousiasmant pour un directeur créatif qui veut construire quelque chose. »
Moira Benigson, fondatrice de The MBS Group, va même plus loin : le grand public « a rattrapé le luxe, qui somnolait, ancré dans le passé, incapable de suivre les clients ». Des prix gonflés, une créativité parfois sclérosée, et pendant ce temps, ZARA avance.
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Le marché confirme l’influence durable de Galliano
Pendant que Galliano prépare sa prochaine collection, le marché secondaire lui rend hommage. La maison Bonhams New York met actuellement aux enchères des robes coupées en biais de l’ère Y2K, issues d’une vente en ligne Dior jusqu’au 20 mars, intitulée « From the Vault : Dior ». Parmi les pièces phares, on trouve une robe de damas rouge brodée d’or de la collection prêt-à-porter automne-hiver 1997, la première de Galliano pour la maison.
Marissa Speer, responsable des ventes mode et maroquinerie chez Bonhams aux États-Unis, affirme clairement que Galliano « a créé certains des designs les plus reconnaissables et les plus recherchés de la fin des années 1990 et du début des années 2000 », à commencer par ces robes coupées en biais, inspirées des techniques pionnières de Madeleine Vionnet. « Ces robes sont très prisées des collectionneurs et symbolisent son approche visionnaire de la féminité et du savoir-faire. »
En janvier dernier, Galliano était au premier rang du défilé haute couture de Jonathan Anderson pour Dior. Ce dernier, qui l’admire depuis l’enfance, avait tissé des références directes à son œuvre tout au long de la collection. « Pour moi, dans le monde contemporain, il est Dior », a déclaré Anderson. Le cyclamen, fleur que Galliano lui avait offerte lors de leur première rencontre, ornait plusieurs pièces.
Un troisième acte stratégique dans une carrière hors norme
« On dit que le troisième acte de votre vie est le plus important », a déclaré Galliano, pensif. « Et il peut être le plus amusant. » Ce n’est pas de la fausse modestie. C’est quelqu’un qui a tout connu : le triomphe, la chute, puis la lente reconstruction, et qui se tient à nouveau au bord du podium, avec une envie intacte.
Et puis, il y a ce plaisir particulier, presque joueur, que lui procure l’idée de toucher un public immense avec ZARA. « Livrer de la mode à travers cette plateforme gigantesque est, bien sûr, exaltant. Et pouvoir travailler avec les ressources dont ils disposent est tout aussi exaltant. » Joan Burstein, grande figure de la mode britannique, centenaire, qui avait acheté la collection de fin d’études de Galliano en 1984 pour la vendre dans sa boutique londonienne Browns, continue de le dire sans détour : « Il a encore ce qu’il faut. »
On la croit volontiers.



