Le constructeur chinois Chery accélère son offensive en Europe avec deux annonces majeures en quelques jours : la nomination d’un directeur commercial expérimenté et l’ouverture prochaine d’un centre de recherche et développement (R&D) à Paris, dédié à la conception des véhicules compacts des marques Omoda et Jaecoo. Deux signaux forts qui montrent que Chery ne se contente pas de frapper à la porte du Vieux Continent, il s’y installe sérieusement.
| 📌 Repères clés |
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| 🚗 Chery ouvre un centre de recherche pour concevoir des voitures adaptées au marché européen. 👨💼 Lionel French Keogh devient directeur commercial de Chery France. ⚙️ Le constructeur prépare des modèles du segment B, très populaire en Europe. 🔋 Les premières voitures seront hybrides HEV et PHEV. 🌍 Chery revendique plus de 18 millions de véhicules vendus dans le monde. 🏭 Une usine est en cours de développement en Espagne. |
Pourquoi Chery implante un centre R&D à Paris
On a l’habitude de voir des constructeurs chinois ouvrir des filiales commerciales en France pour y vendre leurs modèles. Chery fait différemment. Le groupe s’apprête en effet à ouvrir un centre de recherche et de développement en proche banlieue parisienne qui emploiera rapidement une vingtaine de personnes. Ce n’est pas anodin. Il s’agit du deuxième centre européen du constructeur, après celui inauguré à Francfort en 2018.
Cette implantation répond à une logique concrète. Le centre parisien aura trois missions précises : analyser le marché afin de concevoir des véhicules adaptés aux usages locaux, les rendre conformes aux réglementations et fiscalités propres à chaque pays, et s’appuyer sur un écosystème de fournisseurs locaux. En clair, la politique du modèle conçu en Chine puis expédié en Europe avec une adaptation cosmétique minimale est révolue. Chery veut désormais concevoir ses futures compactes pour les Européens dès la feuille blanche.
Ce centre parisien viendra compléter l’organisation française d’Omoda et de Jaecoo, dont le siège est installé à La Défense. Cette proximité n’est pas le fruit du hasard : elle doit permettre de faire circuler rapidement les données du terrain jusqu’aux ingénieurs, et inversement.
Lionel French Keogh chargé de structurer le réseau français
Quelques jours avant l’annonce de la création de ce centre de R&D, Chery avait déjà frappé un grand coup. À compter du 2 mars 2026, Lionel French Keogh est nommé directeur commercial du groupe Chery en France. L’homme n’est pas un inconnu du milieu automobile français. Après plus de dix ans chez Hyundai Motor France, dont cinq en tant que président de 2021 à 2025, il a permis à la marque coréenne de changer de dimension dans l’Hexagone.
Rattaché à Hanbang Yu, directeur général de Chery France, il est chargé du développement du réseau et des ventes des deux marques, ainsi que de la structuration de l’activité après-vente et de l’excellence de l’expérience client. Ce dernier point est crucial sur le marché français, où les acheteurs potentiels restent méfiants à l’égard des marques chinoises, notamment en ce qui concerne le service après-vente. Hanbang Yu résume l’ambition en ces termes : « Construire un projet durable, crédible et pleinement ancré localement. »
Le segment B au cœur de la stratégie européenne de Chery
Pourquoi Paris ? Pourquoi les compactes ? Jochen Tüting, directeur général de Chery Europe, rappelle que la France est un marché à part en Europe : « Non seulement les constructeurs nationaux sont très forts, mais la fiscalité est également unique. » Malus au CO₂, malus au poids, écoscore, fiscalité en entreprise, etc. L’addition peut effectivement donner le vertige à un constructeur étranger qui ne se prépare pas suffisamment en amont. D’où l’intérêt d’avoir des équipes locales capables de se repérer dans ce maquis réglementaire dès la phase de conception.
Le futur centre parisien travaillera sur la prochaine génération de véhicules du segment B : des citadines compactes capables de s’adapter aussi bien aux trajets urbains qu’aux déplacements du quotidien. Ce segment est l’un des plus disputés en France, dominé par des modèles comme la Renault Clio, la Peugeot 208 ou la Volkswagen Polo. Y entrer avec un modèle conçu localement plutôt qu’importé de Chine change considérablement les chances de succès.
Un modèle du segment B, probablement sous la marque Jaecoo, sera disponible dans deux ans. Ce type de véhicule pourrait également intéresser l’Amérique du Sud, un marché sur lequel Chery est déjà solidement implanté.
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L’offensive hybride pour séduire les automobilistes français
Avant même l’arrivée des futures compactes, Chery s’apprête à lancer sa gamme actuelle en France au printemps 2026. Quatre SUV seront commercialisés : Il s’agit des Jaecoo 5 et Jaecoo 7, des Omoda 7 et des Omoda 9. Tous seront électrifiés, avec des versions hybrides (HEV) et hybrides rechargeables (PHEV), offrant jusqu’à 145 km d’autonomie électrique sur certaines déclinaisons.
Ce choix d’aborder le marché par l’hybride avant l’électrique pur est délibéré. Hanbang Yu résume la vision de l’entreprise : « L’hybride est le nouveau moteur thermique. » Une formule qui parle aux automobilistes français encore hésitants à l’idée de passer à l’électrique, mais de plus en plus sensibles à la consommation et aux émissions. L’ambition est grande : 70 points de vente sont prévus dès 2026, avec un objectif interne de capter 1 % du marché français.
Les chiffres enregistrés sur d’autres marchés européens donnent de la consistance à ces ambitions. En Espagne, le Jaecoo 7 PHEV a cumulé plus de 20 000 ventes depuis son lancement et s’est hissé dans le top 3 des hybrides rechargeables en 2025. Au Royaume-Uni, le même modèle a dépassé les 26 000 ventes sur la même période.
Chery, premier exportateur automobile chinois
Chery n’est pas un petit nouveau qui tente sa chance. Fondé en 1997, il est aujourd’hui le premier exportateur automobile chinois. Il revendique plus de 18 millions de véhicules vendus dans le monde et une présence dans plus de 120 pays. En 2025, il a produit 2,8 millions de véhicules, dont 1,3 million ont été distribués hors de Chine.
Pour contourner les droits de douane européens de 25 % sur les véhicules électriques chinois, Chery a engagé un investissement industriel en Espagne, avec une usine à Barcelone. Une approche qui rappelle celle de Toyota, Volkswagen et d’autres constructeurs qui ont historiquement localisé leur production pour mieux servir les marchés étrangers. Le centre de recherche et développement parisien s’inscrit dans cette même logique : concevoir localement, fabriquer localement et vendre localement.
Une implantation industrielle pensée pour durer en Europe
Ce qui distingue la démarche de Chery de celle d’autres constructeurs chinois en Europe, c’est l’ampleur de l’investissement. Ouvrir un centre de R&D coûte bien plus cher que d’apposer son logo sur la devanture d’un concessionnaire déjà existant. Cela implique des recrutements, des partenariats avec des fournisseurs locaux et la capacité d’intégrer les retours du marché dans le processus de développement produit. Pour le constructeur, c’est un pas supplémentaire vers une présence durable sur le Vieux Continent.
La nomination de Lionel French Keogh va dans le même sens : on ne fait pas appel à un cadre dirigeant qui a passé plus d’une décennie à structurer un réseau de distribution pour une opération de court terme. Chery mise clairement sur une implantation durable, plutôt que sur un coup d’éclat suivi d’un retrait discret.
Le marché français reste un défi redoutable. La concurrence y est féroce, les habitudes des acheteurs sont ancrées et la fiscalité peut rapidement transformer un avantage tarifaire en mirage. Mais avec un centre de recherche et développement à Paris, un directeur commercial qui connaît le marché hexagonal sur le bout des doigts et une gamme hybride conçue pour répondre aux besoins quotidiens des Français, Chery se donne au moins les moyens de ses ambitions.



