LỰU ĐẠN et la collection automne 2026 : les deux mots suffisent, cette saison, à résumer une inflexion rare dans la mode masculine. Hung La ne fait plus les mêmes paris. Ou plutôt, il les fait différemment, avec une assurance nouvelle que ses premières collections ne laissaient pas forcément entrevoir. Fondée en 2021, la marque porte le nom vietnamien de « l’homme dangereux », un terme que le père du créateur lui a soufflé. Ce détail biographique, discret au départ, prend aujourd’hui une tout autre dimension.

Le père de Hung La est en soins palliatifs. Le créateur fait la navette entre Londres et Washington. Le mannequin principal de ce défilé lui ressemble. La collection ne s’explique pas, elle se ressent.
La saison porte un titre qui vaut déclaration : « All Bets Are Off ». Le personnage gris, accablé et survivant, c’est terminé. Hung La veut désormais montrer à quoi ressemble la victoire : plus de glamour, plus d’opulence, sans que ces mots ne sonnent creux. Lors des journées showroom à Paris, un groupe d’hommes jouait aux dés en pariant des billets estampillés LỰU ĐẠN. Une mise en scène récurrente chez la marque, sorte de rituel qui, sans discours, montre que la rue et le luxe n’ont jamais été aussi proches.

L’énergie gangster est toujours bien présente, personne ne l’attendait ailleurs. Seulement, elle s’est raffinée. Des survêtements rouges recouverts de strass et des imprimés qui flirtent ouvertement avec Versace côtoient des silhouettes tout en noir, austères et précises, taillées pour un dîner dans un bon restaurant. La coupe en sablier, signature de la maison, est toujours là, mais les chemises soyeuses et les pantalons ultra évasés qui l’accompagnent ont gagné en tenue. Moins de performance, plus de présence.
Un polo rayé oversize, dans le style de Tiger Woods, fait partie de ces pièces que Hung La a conçues en se confrontant volontairement à ce qu’il abhorre. Un pantalon en cuir rouge, à la coupe légèrement élargie, avec des empiècements côtelés qui trahissent d’emblée une filiation avec G-Star, détournée avec une ironie mordante. Ce n’est pas l’objet qu’il raille. C’est le type qui le porte. Et ce type, dit-il, mérite d’être célébré.
| 📌 Repères clés |
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| 🎲 Collection intitulée « All Bets Are Off » qui symbolise un changement de posture pour la marque. 👔 Vestiaire masculin plus sophistiqué avec un tailoring plus affirmé et une silhouette sablier toujours présente. 🐆 Pièce marquante : manteau long léopard en poney, démonstration du savoir-faire sartorial de Hung La. 🔴 Esthétique mêlant glamour et street culture, avec survêtements rouges strassés et silhouettes noires très structurées. 🧵 Influences hybrides allant de Versace à G-Star, détournées avec ironie par le créateur. 🌏 Projet culturel intact : donner de la visibilité à des masculinités asiatiques complexes sur les podiums occidentaux. |
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Ce retournement est au cœur du projet LỰU ĐẠN. Hung La, qui a été formé chez Balenciaga puis chez CELINE, a toujours su tailler. Un costume croisé jaune beurre l’a une fois de plus prouvé. Mais c’est le manteau long à imprimé léopard en poney qui concentre toute l’expertise du créateur en un seul vêtement. Lorsqu’il l’a enfilé sur scène, les larges épaules construites ont dévoilé, par contraste, la ligne étroite en dessous. Le résultat était saisissant.
Depuis ses débuts, LỰU ĐẠN porte une ambition plus large que le vêtement. Redonner de la visibilité à des hommes longtemps absents des podiums occidentaux, réclamer une image complexe et séduisante qui refuse les stéréotypes. La collection automne 2026 ne trahit pas cette intention. Elle la prolonge avec moins de fièvre et plus de maturité. Le personnage LỰU ĐẠN a grandi. Il a traversé quelque chose. Ses vêtements en portent la trace, sans jamais en faire trop.






















