Dès les premiers passages, MM6 Maison Margiela et sa collection automne 2026 s’imposent comme une réponse lucide aux attentes de l’homme contemporain. Le cadre choisi, la gare Centrale de Milan, l’une des plus fréquentées d’Italie, n’avait rien d’anodin. Ce lieu de transit permanent, traversé par toutes sortes de gens pressés, offrait un miroir parfait à la proposition vestimentaire du studio.
| 📌 Repères clés |
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| 🚉 Défilé présenté à la gare Centrale de Milan 👖 Jean à double ceinture comme pièce signature 🧥 Manteaux relevés par boutons-pression pour cyclistes urbains 🎨 Palette inspirée des uniformes ferroviaires 🕶 Lunettes à verres censurés portées par tous les mannequins 🧵 Travail marqué sur la construction et les coutures apparentes 👞 Escarpins très hauts, point plus controversé |

Les silhouettes masculines s’inscrivaient dans une logique de fonctionnalité revisitée, chère à l’héritage de Martin Margiela. L’idée centrale est de rendre extraordinaire ce qui est ordinaire, de transformer les gestes du quotidien en gestes de style. Quelques exemples parlants : les ourlets des manteaux relevés et maintenus par des boutons-pression métalliques, une réponse directe à l’homme qui enfourche son vélo chaque matin sans sacrifier l’allure. Les coutures apparentes des chemises révélaient les fantômes d’empiècements disparus, comme si le vêtement portait encore les traces de son histoire.
Le jean, pièce la plus banale de la garde-robe masculine, a fait l’objet d’une attention particulière. Les modèles présentaient des versions à double ceinture, dont la couche supérieure était délibérément ouverte, un détail qui joue sur la tension entre le vêtement tel qu’il est fabriqué et tel qu’il est porté. Cette attention portée à la construction, sans en faire un manifeste théorique, voilà tout le talent du studio.

La palette chromatique des uniformes ferroviaires a servi de point de départ à des blousons de survêtement et des quart-zips chinés aux proportions généreuses, clairement ancrés dans l’esthétique des années 1980. Ces années ont été évoquées de manière récurrente tout au long du défilé, sans nostalgie excessive. L’esprit équestre s’y glissait aussi, avec des pantalons dont le tombé évoquait les jodhpurs, des chemises cintrées doublées de jersey et des bottes à tige haute portées avec des pièces en laine bouclée à col bénitier.
Les matières étaient au rendez-vous. Manteaux en cuir, velours patiné, blousons aux textures riches : le travail sur le toucher et la profondeur des tissus conférait aux tenues une densité que les photographies ont souvent du mal à retransmettre. Plusieurs pièces jouaient avec un denim délavé d’aspect cuir, à mi-chemin entre deux garde-robes.
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Un détail accessoire mérite d’être mentionné : les lunettes à verres censurés, dont le galbe était plus arrondi que les saisons précédentes. Portées par l’ensemble des mannequins, elles conféraient à chaque tenue une réserve distante, qui, dit-on, serait utile pour décourager les conversations non sollicitées dans un hall de gare animé. Sur le podium, elles unifiaient surtout visuellement l’ensemble, rendant cohérent un ensemble pourtant très varié.

Si l’on devait identifier un point moins convaincant, ce serait du côté des chaussures. Les escarpins à talons extrêmement hauts semblaient peu raccord avec l’ensemble de la collection, dont la force tenait précisément à son ancrage dans le réel. Dans les rues de Milan, même le citadin le plus élégant privilégie aujourd’hui le confort et la mobilité.
Mais cela n’enlève rien à l’essentiel : cette collection automne 2026 confirme que MM6 Maison Margiela tient une ligne cohérente sans chercher à tout prix à séduire. Le résultat s’adresse à l’homme qui s’habille par conviction, et non par convention.




















