Oscars 2026 : « Une bataille après l’autre » triomphe avec six Oscars

Entre records historiques, discours politiques et triomphes inattendus, la nuit des Oscars 2026 révèle un Hollywood traversé par les tensions du monde mais toujours capable de célébrer le cinéma.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
13 Minutes de lecture

Dimanche soir, au Dolby Theatre de Los Angeles, les Oscars 2026 ont rendu leur verdict : le film Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson repart avec six statuettes, dont celle du meilleur film. Une soirée qui restera dans les annales, à plus d’un titre.

Le sacre tardif de Paul Thomas Anderson aux Oscars 2026

Il fallait que ça arrive. Paul Thomas Anderson, cinéaste de San Fernando Valley, fils spirituel de Cassavetes et Altman, l’un des réalisateurs les plus respectés de sa génération, n’avait en effet jamais remporté la moindre statuette. Ni pour Boogie Nights, ni pour Magnolia, ni pour There Will Be Blood, ni pour The Master. Dimanche, l’Académie a rattrapé le temps perdu. Il repart avec six prix : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, meilleur montage, meilleur second rôle masculin et meilleure direction de casting, une catégorie créée pour la première fois depuis l’introduction du meilleur film d’animation en 2002.

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Ce film, présenté comme une saga multigénérationnelle sur la résistance politique américaine, avait dominé la saison des récompenses avant même l’annonce des nominations. Six statuettes sur autant de catégories, c’est un véritable plébiscite. Pas le genre de victoire arrachée dans l’incertitude. Celle d’un film qui s’imposait, depuis des semaines, comme une évidence collective.

En recevant son Oscar du meilleur scénario adapté, Anderson a prononcé des mots qui ont traversé la salle : « J’ai écrit ce film pour mes enfants, afin de leur demander pardon pour le gâchis que nous leur avons laissé en héritage. Mais aussi pour leur donner l’espoir qu’ils seront la génération qui, je l’espère, nous apportera un peu de bon sens et de décence. » Difficile de faire plus direct dans un contexte politique américain aussi tendu.

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Sean Penn récompensé malgré son absence à la cérémonie

Il a remporté l’Oscar du meilleur second rôle masculin pour Une bataille après l’autre, sans être présent pour le recevoir. On ignore les raisons de son absence. Ce qui est certain, c’est que cette victoire établit un record : celui d’une statuette remportée en son absence. Ce qui n’est pas sans ironie pour un acteur connu pour son engagement bruyant et ses prises de position tranchées.

Trois fois oscarisé pour Mystic River et Milk, Sean Penn renoue ici avec la reconnaissance académique après des années de silence cinématographique relatif. Ce prix, même accepté en son absence, témoigne de la puissance de sa performance dans le film d’Anderson.

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Warner Bros. domine la soirée grâce à Une bataille après l’autre et Sinners

La cérémonie a également été celle de Sinners, le film de Ryan Coogler, qui se déroule dans la Louisiane des années 1930, avec des vampires et du blues saturé. Avec seize nominations à l’entrée, un record absolu, Sinners repart avec quatre Oscars : meilleur acteur pour Michael B. Jordan, meilleur scénario original pour Coogler, meilleure musique originale pour Ludwig Göransson et meilleure photographie pour Autumn Durald Arkapaw.

Jordan, en larmes à son arrivée sur scène, a simplement lancé : « Salut, maman, comment ça va ? » La salle s’est levée d’un bloc. C’est la seule réplique dont on a besoin, parfois.

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Arkapaw, elle, entre dans l’histoire. Elle est la première femme à remporter l’Oscar de la meilleure photographie, mais aussi la première personne noire à décrocher cette récompense. Elle est seulement la quatrième femme jamais nommée dans cette catégorie depuis la création des Oscars. En acceptant la statuette, elle a demandé à toutes les femmes présentes dans la salle de se lever : « J’aimerais vraiment que toutes les femmes présentes dans cette salle se lèvent. Parce que j’ai l’impression que je n’en serais pas là sans vous. » C’est tout. C’est fort.

Ensemble, Une bataille après l’autre et Sinners ont propulsé Warner Bros. à onze victoires dans la nuit, égalant le meilleur total jamais atteint par un studio en une seule cérémonie. Ce n’est pas anodin. Warner Bros., qui vient d’accepter d’être rachetée par Paramount Skydance dans le cadre d’un accord de 111 milliards de dollars encore soumis à approbation réglementaire, pourrait bien vivre ses dernières heures sous cette forme. Cette victoire a un goût de point final.

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Jessie Buckley et Amy Madigan, deux victoires marquées par l’attente

Côté meilleure actrice, c’est Jessie Buckley qui remporte la mise pour Hamnet, dans lequel elle incarne Agnes Shakespeare. Première actrice irlandaise à décrocher l’Oscar dans cette catégorie, elle monte sur scène et dédie sa statuette aux mères, précisant qu’il s’agit de la fête des Mères au Royaume-Uni ce soir-là : « Je voudrais dédier ceci au magnifique chaos qui règne dans le cœur d’une mère. »

Amy Madigan, âgée de 75 ans, a quant à elle remporté l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Weapons (Évanouis), quarante ans après sa première nomination, en 1986, pour Soleil d’automne. La salle a une nouvelle fois senti le poids de cette attente. Madigan a éclaté de rire en montant sur scène et a simplement déclaré : « C’est génial ! » Parfois, le commentaire le plus juste est aussi le plus court.

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Conan O’Brien anime une cérémonie traversée par la politique

Pour la deuxième année consécutive, Conan O’Brien officiait en maître de cérémonie au Dolby Theatre. La présence de ce comique de la vieille école, fin, littéraire et volontiers absurde, a donné un ton particulier à une soirée très consciente d’elle-même. Dès l’ouverture, il a posé le ton : « Ce soir, nous rendons hommage non seulement au cinéma, mais aussi aux idéaux de la création artistique à l’échelle mondiale, à la collaboration, à la patience, à la résilience et à cette qualité si rare de nos jours : l’optimisme. Nous allons faire la fête. Non pas parce que nous pensons que tout va bien, mais parce que nous travaillons et espérons un avenir meilleur. »

La politique a plané au-dessus de la salle toute la soirée. Jimmy Kimmel a pris la parole avec une remarque ciblée sur la liberté d’expression : « Il y a certains pays qui ne respectent pas la liberté d’expression. Je ne suis pas autorisé à dire lesquels. Disons simplement que c’est la Corée du Nord et CBS. » Le rire, comme d’habitude, dit ce que la décence interdit d’affirmer trop directement.

Le réalisateur norvégien Joachim Trier, dont le film Valeur sentimentale a remporté l’Oscar du meilleur film international, a cité James Baldwin depuis la scène : « Tous les adultes ont la responsabilité de tous les enfants. Ne votons pas pour des politiciens qui ne prennent pas cela au sérieux. » Timothée Chalamet, lui, repart encore une fois sans Oscar, cette fois pour Marty Supreme. O’Brien ne l’a pas épargné.

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Netflix récompensé dans les catégories techniques mais encore loin du meilleur film

K-Pop Demon Hunters, le phénomène Netflix avec 325 millions de vues et film le plus regardé de 2025, remporte le prix du meilleur film d’animation et de la meilleure chanson originale pour Golden, premier titre de K-pop à obtenir une statuette. La coréalisatrice Maggie Kang a dédié cette victoire à la Corée et aux Coréens du monde entier.

Frankenstein, autre production Netflix de Guillermo del Toro, repart avec trois Oscars techniques : costumes, maquillage et coiffure, direction artistique. La plateforme signe une belle nuit sur le plan artisanal, mais les deux grandes récompenses de la soirée, celles du meilleur film et du meilleur film international, échappent encore une fois au streaming. CODA (2022) de Apple reste le seul film de plateforme à avoir décroché la statuette suprême.

Hommages et mémoire des figures disparues du cinéma

La cérémonie a accordé une large place aux disparus de l’année écoulée. Rob Reiner et son épouse, Michele Reiner, tués à leur domicile en décembre, ont reçu un hommage particulièrement émouvant de la part de Billy Crystal, ami proche du réalisateur et acteur fétiche de Quand Harry rencontre Sally. Crystal a choisi de terminer par une citation du film La Princesse de J. Rob Reiner : « Tout ce qu’on peut dire, c’est : « Mon pote, on s’est vraiment bien amusés à prendre d’assaut le château ! » ».

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Barbra Streisand a pris la parole pour Robert Redford, évoquant leur complicité sur le tournage de Nos plus belles années, avant de fredonner quelques mesures du titre éponyme. Elle l’a qualifié de « cowboy intellectuel », ajoutant qu’il était un « véritable pilier ». Diane Keaton et d’autres personnalités disparues ont également été honorées dans un in memoriam étoffé.

Mister Nobody contre Poutine, le documentaire qui a marqué la soirée

Parmi les moments les plus marquants de la soirée, le documentaire Mister Nobody contre Poutine, qui suit un instituteur russe documentant l’endoctrinement de ses élèves en faveur de la guerre, a remporté le prix du meilleur documentaire. L’un des co-réalisateurs a prononcé ces mots depuis la scène : « ‘Mister Nobody contre Poutine’ raconte comment on perd son pays. Et ce que nous avons constaté en travaillant sur ces images, c’est qu’on le perd à travers d’innombrables petits actes de complicité. Nous sommes tous confrontés à un choix moral. Mais heureusement, un inconnu est plus puissant qu’on ne le croit. »

Peu de phrases, au cours de cette longue soirée mêlant cinéma et politique, ont résonné aussi fort.

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Ce qu’il faut retenir des Oscars 2026

Les Oscars 2026 ont couronné Paul Thomas Anderson et Une bataille après l’autre avec six statuettes, et Michael B. Ce fut également la première fois que Michael B. Jordan et Jessie Buckley ont reçu un prix, et la première fois qu’Autumn Durald Arkapaw a été consacrée comme première femme et première personne noire à gagner la photographie. Le streaming est resté aux portes du meilleur film pour la quatrième année consécutive. Une nuit marquée par la politique, la mémoire et quelques performances mémorables qui rappellent pourquoi le cinéma existe.

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