Qui est Eric Avar ? Le designer chez Nike qui a changé le basket moderne

À Beaverton puis sur les parquets NBA, Eric Avar construit une vision du design centrée sur le mouvement du joueur, loin du bruit médiatique et au cœur de la performance.

Par
Stéphane Leonelli
Stéphane Leonelli est rédacteur numérique chez Essential Homme, où il se spécialise dans le domaine des sneakers. Son parcours professionnel comprend également la couverture de la...
8 Minutes de lecture
Eric Avar - © Photo : Nike

Il y a des hommes qui travaillent dans l’ombre, dont les œuvres s’affichent aux pieds de millions de personnes. Eric Avar en fait partie. Depuis 1991, ce designer de Nike a signé certaines des sneakers les plus influentes de l’histoire du sport, et pourtant son nom reste méconnu du grand public. C’est vraiment injuste.

Qui est Eric Avar ? Le designer chez Nike qui a changé le basket moderne
Eric Avar et Kobe Bryant – © Photo : Nike

Origines entre ingénierie et sens artistique

Pour comprendre Éric Avar, il faut remonter à ses origines. Son père était ingénieur mécanique. Sa mère était artiste. Entre ces deux mondes, la rigueur technique et la sensibilité visuelle, s’est construite très tôt chez lui une façon singulière d’aborder les objets, de les penser simultanément comme des mécanismes et comme des formes. C’est cette double exigence qui donnera sa signature à ses créations des années plus tard.

Il a suivi ses études à l’université de technologie de Rochester, où il a obtenu un diplôme en design industriel en 1990. Un an après, il entre chez Nike en tant que designer junior. Pas de détours, pas de stages flottants. Droit au but.

Débuts chez Nike aux côtés de Tinker Hatfield

Sa première mission sérieuse ? Travailler aux côtés de Tinker Hatfield sur la Nike Air Flight Huarache en 1992. Hatfield est alors le dieu vivant du design Nike, l’homme des Air Jordan III, IV et V. Débuter à ses côtés, c’est comme intégrer une rédaction en s’asseyant directement face au rédacteur en chef. Avar apprend vite. Il observe, il absorbe, puis il commence à imposer ses propres choix.

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Ce qui le distingue très tôt de ses pairs, c’est sa manière d’aborder les problèmes. Pour lui, la chaussure de sport n’est pas d’abord un objet esthétique. C’est une réponse à une contrainte biomécanique. « Nous commençons toujours par la haute performance, puis par le design élevé », dira-t-il plus tard à Sports Illustrated. Trois mots qui résument toute sa philosophie : simple, beau, approprié. Trois mots qui résument toute sa philosophie.

📌 Repères clés
👟 Eric Avar rejoint Nike en 1991 après un diplôme en design industriel
🧠 Il conçoit ses sneakers à partir des contraintes biomécaniques
🔥 Il signe la Foamposite One, modèle révolutionnaire sans couture
🏀 Il accompagne Kobe Bryant pendant toute sa carrière chez Nike
⚡ La Kobe IV impose la chaussure basse dans le basket moderne
🧵 La Kobe IX introduit le Flyknit dans la performance basket
🥇 La Hyperdunk est portée par Team USA aux JO de Pékin
🏆 Il devient designer de la décennie puis directeur créatif chez Nike

Explosion du basket et premières sneakers marquantes

Les années 1990 sont folles pour la NBA. Le basket explose à l’échelle mondiale, les baskets deviennent un phénomène culturel et Avar se retrouve au bon endroit au bon moment, avec le talent nécessaire pour en profiter pleinement.

Il signe la Zoom Flight 95 de Jason Kidd. Puis, en 1997, il conçoit la Nike Air Foamposite One, un coup de tonnerre. L’idée était folle. Une tige moulée en plastique rigide d’un seul tenant, inspirée des verres de lunettes de soleil. Pas de coutures, pas de matières traditionnelles. Le résultat a choqué la planète sneakers lors de ses débuts au tournoi NCAA. À l’origine, le coloris d’origine était destiné à Scottie Pippen, mais c’est finalement Penny Hardaway qui l’a porté. Qu’importe, la Foamposite est immortelle. Vingt ans après, elle est encore commercialisée en éditions limitées qui s’arrachent en quelques minutes.

La même période le voit également dessiner la première Air Penny et contribuer au projet Nike Free, pensé autour du mouvement naturel du pied. L’homme ne se spécialise pas : il explore.

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Collaboration avec Kobe Bryant qui aboutit à une décennie décisive

La rencontre avec Kobe Bryant change tout. Lorsque le Black Mamba signe chez Nike en 2003, après avoir quitté adidas, c’est Avar qui est désigné pour l’accompagner. Il devient le designer attitré de Kobe jusqu’à la fin de la carrière du joueur. Une décennie entière. Dix signatures. Dix dialogues.

Leur méthode de travail fascine. Parfois, Avar n’a que cinq minutes dans une chambre d’hôtel pour trouver une idée. Parfois, ils ont trois heures. Pour la Kobe X, ils ont passé deux jours sur un yacht à brainstormer. Le résultat témoigne de leur proximité rare : des chaussures conçues autour des spécificités athlétiques précises de Bryant, telles que sa vitesse, ses appuis latéraux fulgurants et sa capacité à changer de direction à pleine allure.

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La Kobe IV, sortie en 2008, est leur premier grand coup commun sur le plan symbolique : une chaussure basse pour un basketteur, alors que toute l’industrie ne jurait encore que par la tige haute. Un pari audacieux. L’histoire leur donnera raison : la Kobe IV est aujourd’hui considérée comme l’une des sneakers de basket les plus importantes de tous les temps. Puis vient la Kobe IX, première chaussure de basket en Flyknit, en 2014. Chaque modèle repousse une frontière.

La même année, en 2008, Avar signe la Nike Hyperdunk, adoptée par l’équipe des États-Unis qui remporte l’or à Pékin. Un modèle porté par Kobe, LeBron James et Dwyane Wade. Sur les parquets olympiques, aux pieds des meilleurs joueurs de la planète.

Une influence durable au cœur de Nike et de la culture sneakers

En 2009, le site Nice Kicks le nomme designer de la décennie. En interne, Nike lui confie les titres de vice-président de l’innovation design, puis de directeur créatif. Des titres qui reflètent une réalité : depuis trente ans, Avar est l’une des têtes pensantes de la marque au Swoosh.

Il reste discret, loin des caméras et du bruit. Pas de grande tournée médiatique, pas de livre d’auteur exposé sur les tables basses des galeries branchées. Juste le travail. Et les chaussures omniprésentes et incontournables, portées dans les rues de Tokyo, de Paris ou de Los Angeles, qui parlent à sa place.

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Ce que Nike a compris avant tout le monde, c’est qu’Eric Avar ne dessine pas des objets. Il résout des équations humaines. Et les réponses qu’il apporte, on les porte aux pieds depuis trente ans.

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