Avez-vous déjà vu un costume qui refuse la logique du corps ? Hed Mayner vous répondrait que vous n’en avez jamais vraiment regardé un. Le créateur, basé à Paris et invité d’honneur du Pitti Uomo 109, a présenté sa collection automne 2026 à la Palazzina Reale di Santa Maria Novella, un palais brutaliste des années 1930 jouxtant la gare de Florence. Un drôle d’endroit pour un défilé. Sols en marbre rouge, stucs romains, boiseries en noyer. Un décor qui impose le respect. Sauf que Mayner, lui, ne respecte rien.

La provocation comme moteur créatif chez Hed Mayner
Les premiers looks ont fait sourciller. Pyjamas entièrement pailletés d’argent sous un manteau fluide. Ensembles plissés féminins superposés sous une courte cape pied-de-poule. Vous cherchez la direction ? Il n’y en a pas. Enfin, si, mais elle se cache derrière une apparente incohérence. Mayner aime ce qu’il appelle « la beauté du mauvais ». Pour lui, la perfection est ennuyeuse et la norme mérite d’être bousculée, tordue, étirée jusqu’à ce qu’elle avoue ses limites.
Installé depuis six mois en Italie pour travailler au plus près de ses manufactures, le créateur israélien s’intéresse aux formes qui redéfinissent le corps masculin plutôt que de l’épouser docilement. Les manches de ses vestes sont montées à l’envers, projetant les bras vers l’avant dans une sorte de haussement d’épaules permanent. Ce geste architectural crée des silhouettes en forme de cocon qui confèrent au porteur une présence et une autorité différentes de celles procurées par le costume traditionnel.
Tailoring expérimental : comment Hed Mayner redessine la silhouette masculine
L’exploration des volumes : les lignes d’épaules des manteaux, des bombers et des cabans sans col formaient des volumes arrondis, parfois dressés, qui s’approprient l’espace autour du corps. Les tailles marquées, souvent soulignées par des ceintures en cuir, accentuaient des silhouettes en sablier inattendues sur des corps masculins. Les tissus robustes du vestiaire masculin, comme le tweed, la flanelle ou le velours côtelé, se retrouvaient dans des manteaux aux proportions étirées, portés avec des sous-couches apparentes et des bottes d’équitation.
Les costumes en forme de V, dotés d’épaules puissantes et de pantalons carotte, conféraient une verticalité inhabituelle à la silhouette. Le créateur jouait sur les extrêmes. Après ces pièces structurées qui défiaient la gravité, il proposait leur antithèse : des chemises en soie à col lavallière ornées de motifs de cravates, des sweatshirts coupés en biais, des pantalons de charpentier fluides ou des jeans amples et plissés. Blouses drapées associées à des pantalons-jupes hybrides.
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Matières et textures : le vocabulaire textile de la collection automne 2026
Les tissus, ses jeux de textures et de poids, constituaient le véritable vocabulaire de cette collection. Le tartan et le pied-de-poule côtoient des feuilles argentées futuristes, du daim plissé façon tapisserie, des paillettes scintillantes et de la fausse fourrure ostentatoire. Velours écrasé sur des robes à col licou, capes plissées en millefeuille, pulls en mohair cardé. Chaque pièce semblait conçue pour réfracter la lumière différemment ou bouger selon sa propre logique.
Les baskets de boxe Reebok – il a déjà collaboré avec la marque pour sa collection automne 2024 – choisies pour leur silhouette étroite et ramassée, venaient contrebalancer les volumes démesurés du haut du corps. Cette collaboration entre Mayne et la marque américaine, amorcée lors de la collection automne-hiver 2023-2024, se poursuit avec de nouveaux modèles dévoilés cette saison.
Pitti Uomo à Florence : un décor en tension avec la mode de Hed Mayner
Pourquoi présenter cette collection à Pitti Uomo ? Le salon florentin tente lui-même de s’affranchir des contraintes désuètes du costume classique. Mayner cherche à libérer le corps de ses propres contraintes anatomiques. La rencontre paraissait donc logique. Le créateur voulait un lieu qui porte à la fois l’empreinte du passé et la marque du quotidien contemporain, refusant l’effet musée que dégagent souvent les villes historiques.
La Palazzina Reale, siège actuel de la Société d’architecture de Florence, coincée entre l’histoire et la vie moderne des Florentins, incarnait ce paradoxe. Installés sur des rangées de sièges mid-century, les invités ont assisté à un défilé où les mannequins serpentaient entre des bancs disposés en labyrinthe. Le contraste entre la majesté marbrée du lieu et les créations de Mayner frappait immédiatement.

La liberté comme questionnement
Les notes de presse distribuées sur les sièges posaient une question ouverte : « Qui a la liberté de paraître différent, qui tire sur la norme ? » Mayner tente de reconquérir cette liberté pour lui-même. Être invité à défiler en tant que créateur principal à Pitti Uomo est un sommet de carrière pour un designer de mode masculine : Raf Simons, Grace Wales Bonner et Martine Rose l’ont précédé.
Pour Mayner, âgé de 39 ans, cette reconnaissance arrive à point nommé. Sa marque confidentielle gagne en visibilité grâce à cette mise en lumière florentine. Les pièces semblent demander : comment se tient-on quand on porte du Hed Mayner ? La réponse tient en quelques mots. Avec assurance, aplomb et un soupçon d’incorrection assumée.
La plupart des pièces, à l’exception des robes encombrantes formées de quatre couches de tissus plissés de longueurs différentes, affichaient une neutralité de genre évidente. Le vêtement pour homme selon Mayner refuse les définitions rigides. Il préfère les zones grises, les territoires flous où les frontières entre le masculin et le féminin perdent toute pertinence.






















