Florence, Pitti Uomo. En présentant sa collection automne 2026 sous les voûtes de Santa Maria Novella, Soshi Otsuki impose SOSHIOTSUKI comme l’un des noms les plus singuliers de la couture masculine contemporaine. Inspiré par l’Italie des années 80, nourri par la culture japonaise et affranchi de toute nostalgie, le créateur livre un vestiaire puissant, vulnérable et résolument inédit.
| 📌 Repères clés |
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| 🎯 Créateur : Soshi Otsuki (Japon) 🏆 Distinction : Lauréat du prix LVMH 2025 📍 Lieu du défilé : Santa Maria Novella, Florence 👔 Inspiration : Tailoring italien des années 1980–90 🧵 Signature : Volumes exagérés, vulnérabilité masculine, précision couture 🤝 Collaborations : Asics, Proleta Re Art, Camisas Monolo, Kota Okuda 🌍 Positionnement : Ni japonais, ni italien — une nouvelle grammaire stylistique |

Le créateur nippon était l’invité d’honneur de Pitti Uomo pour ses débuts européens, une décision qui relève autant du culot que de la cohérence. En effet, son travail repose sur une obsession : réexporter vers l’Italie ce que les costumes italiens ont apporté au Japon durant les années fastes des années 80 et 90. Une sorte de boomerang vestimentaire, en quelque sorte. Giorgio Armani, récemment disparu, plane sur cette démarche comme une ombre tutélaire. Otsuki ne s’en cache pas : depuis l’adolescence, il collectionne les pièces du maître milanais achetées sur des sites d’enchères.
Alors que d’autres auraient simplement copié, Otsuki réinvente. Ses costumes croisés gris aux blazers démesurés et aux pantalons multiples, ses versions beiges et marron aux épaules carrées taillées dans des coupes boxy : tout évoque le vestiaire d’un homme d’affaires des années 1980, tout en semblant résolument contemporain. Les proportions frôlent la caricature et jouent avec les archétypes du power dressing rétro. Mais ici, pas de démonstration de force. Le Japonais célèbre plutôt la vulnérabilité, conférant à ses pièces une personnalité unique qui déstabilise autant qu’elle séduit.

Regardez ce blouson en cuir charnu, coupé à la taille et ceinturé d’une fine ceinture dont les cinq centimètres du bas jaillissent en corolle. Ou ce caban raccourci doublé de fausse fourrure. Les chemises Oxford taillées en biais soulignent les plis qui apparaissent lorsqu’on les rentre dans le pantalon. Certaines arborent même un foulard au lieu de la cravate, glissé entre les deux premiers boutons. Un ensemble smoking dont les larges revers en volute s’accompagnent d’une bague porte-cigarette vintage. Chic !
Otsuki avoue avoir développé une névrose autour des comparaisons incessantes avec Armani. Pour s’en affranchir, il a collaboré avec le styliste Alister Mackie, cherchant à insuffler une touche résolument moderne des années 80. Les ressources du prix LVMH lui ont permis d’élargir son réseau et d’intégrer les avis de personnes peu familières de la culture nippone des salarymen.
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Les détails et les matières révèlent son talent : revers démesurés enroulés, cardigans courts et resserrés à la taille, pantalons ornés de multiples passants ou drapés de plis si nombreux qu’ils évoquent des rideaux. Un look propose même une combinaison en trompe-l’œil composée d’une chemise boutonnée et d’un pantalon. Le créateur a également développé des tissus teints fil par fil, mélangeant le noir et le beige pour créer un nouveau gris.
Les couleurs audacieuses apportent une dimension supplémentaire : pulls orange en maille torsadée, velours côtelé épais de couleur vert forêt et marron, costumes en cuir caramel, chemises roses lisses. Cette collection esquisse un nouveau chapitre de la couture masculine, ni japonaise ni italienne, mais résolument inédite.

Otsuki a présenté un costume et un jean en sashiko réalisés en collaboration avec Proleta Re Art, une marque japonaise réputée pour ses tissus cousus main réinterprétés en streetwear. Il a également dévoilé une collaboration avec Asics, des bagues porte-cigarette créées par l’artiste Kota Okuda et des chemises conçues avec le chemisier espagnol Camisas Monolo. Ces collaborations témoignent d’une volonté réfléchie d’expansion et positionnent Otsuki comme un créateur sérieux qui construit son héritage.
La réaction du public fut électrique. À la fin du défilé, la foule se pressa pour apercevoir ce nouveau talent de la couture masculine venu du Japon. Otsuki, souriant de son sourire flegmatique sous les flashs, semblait avoir tout compris. Son défilé florentin confirmait une chose : une étoile était née.




































