Valentino Garavani, le dernier empereur de la haute couture italienne, s’éteint à 93 ans

Dernier empereur de la haute couture, Valentino Garavani a imposé une vision du luxe fondée sur l’élégance absolue, le glamour et l’intemporalité.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
13 Minutes de lecture

Valentino Garavani nous a quittés lundi dans sa résidence romaine, entouré de ses proches. Le couturier italien avait 93 ans. Sa disparition marque la fin d’une ère où l’élégance absolue régnait sans partage sur les podiums internationaux. Surnommé le « dernier empereur de la haute couture » par ses pairs, cet homme au bronzage permanent et à la chevelure impeccable a façonné l’image du luxe à l’italienne pendant plus de six décennies.

📌 Repères clés
🎂 Naissance : 11 mai 1932 à Voghera (Italie)
🕊️ Décès : 2025, à Rome, à l’âge de 93 ans
🎨 Signature : le mythique rouge Valentino
🌍 Clients emblématiques : Jackie Kennedy, Elizabeth Taylor, Julia Roberts, Cate Blanchett
👔 Maison fondée : 1959, Rome
🤝 Associé historique : Giancarlo Giammetti
🏛️ Héritage culturel : Fondation Valentino Garavani & PM23
👗 Dernier défilé couture : 2007

Valentino Garavani : les origines d’un perfectionniste absolu

Né le 11 mai 1932 à Voghera, une petite ville près de Milan, il doit son prénom à l’acteur Rudolph Valentino. Dès son plus jeune âge, les signes de son obsession pour le raffinement se manifestent. Il exige ses propres couverts, demande que ses pulls soient confectionnés sur mesure et change systématiquement les boutons de ses vestes. Cette quête de perfection esthétique ne le quittera jamais.

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À 17 ans, il annonce à ses parents bourgeois son intention de partir vivre à Paris. Le jeune homme s’inscrit à l’École de la Chambre syndicale de la couture parisienne, après avoir appris le français à l’école Berlitz et perfectionné son dessin à l’Institut de mode Santa Marta. Son destin bascule en 1941, lorsqu’il découvre le film musical Ziegfeld Girl. Les costumes extravagants de cette production hollywoodienne le convainquent définitivement de consacrer sa vie à la mode.

Valentino Garavani, le dernier empereur de la haute couture italienne, s’éteint à 93 ans
Exposition « Forever Valentino » au musée M7 Design and Technology Museum à Doha, au Qatar (février 2023) – Photo : sainaniritu (Depositphotos)

Rome, berceau de la maison Valentino et d’un empire du luxe

En 1959, à seulement 26 ans, il présente sa première collection dans ses salons de la Via Condotti, à Rome. Après avoir travaillé chez Jean Dessès, puis chez Guy Laroche, il décide de voler de ses propres ailes, grâce au soutien financier de son père et de quelques investisseurs. L’année suivante, sa vie prend un tournant décisif lorsqu’il fait la connaissance d’un certain Giancarlo Giammetti dans un bar de la Via Veneto. Giancarlo Giammetti, un étudiant en architecture, partage sa table ce soir-là. Cette rencontre fortuite donnera naissance à un partenariat professionnel et personnel qui durera plus de 65 ans.

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Giammetti abandonne ses études pour rejoindre l’entreprise naissante de Valentino. Leur complémentarité devient légendaire. Le créateur se concentre exclusivement sur ses créations, tandis que son associé gère tous les aspects commerciaux. Cette répartition des rôles permet au couturier de développer son univers sans compromis. Tous deux incarnent un art de vivre raffiné : impeccablement coiffés et bronzés, ils se déplacent aussi bien sur leur yacht en Méditerranée que sur les pistes de Gstaad ou dans leurs résidences romaines.

Comment Valentino est devenu une icône mondiale de la couture

L’année 1962 marque un tournant lorsque Valentino Garavani participe au défilé de la Sala Bianca, au palais Pitti, à Florence. Cette vitrine propulse sa maison sur la scène internationale. Les femmes de la haute société s’arrachent ses créations. Marella Agnelli, Babe Paley et Gloria Guinness deviennent rapidement des clientes fidèles. En 1964, Jacqueline Kennedy franchit les portes de son atelier. La veuve du président américain assassiné l’année précédente choisit le créateur italien pour habiller sa nouvelle vie. Cette collaboration propulse le créateur italien sur la scène internationale.

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Le rouge devient sa signature dès sa première collection. Au début de sa carrière, alors qu’il assiste à une représentation de Carmen à Barcelone, il remarque comment cette couleur fait ressortir les femmes dans la foule. Il en fait alors sa marque de fabrique. Depuis, chaque défilé se termine par une robe rouge écarlate. Cette teinte devient si emblématique qu’elle est baptisée le « rouge Valentino ». John Fairchild, l’éditeur légendaire de Women’s Wear Daily, le surnomme le « Sheik of Chic ». Walter Veltroni, maire de Rome, déclare même qu’en Italie, il y a le pape et il y a Valentino.

Valentino Garavani, le dernier empereur de la haute couture italienne, s’éteint à 93 ans
Exposition « Forever Valentino » au musée M7 Design and Technology Museum à Doha, au Qatar (février 2023) – Photo : sainaniritu (Depositphotos)

Stars, robes mythiques et moments d’histoire signés Valentino

Valentino Garavani habille les moments les plus importants de la vie de ses clientes. C’est dans ses ateliers que sort la robe en dentelle crème que Jacqueline Kennedy porte pour son mariage avec Aristote Onassis en 1968. En 1979, lorsque le shah est renversé, Farah Diba fuit l’Iran en tailleur à col de zibeline de la maison Valentino. Elizabeth Taylor apparaît dans une robe drapée à ourlet de plumes lors de la première romaine de Spartacus, en 1960. En 2001, Julia Roberts reçoit son Oscar de la meilleure actrice vêtue d’une création noir et blanc du maître italien. Cate Blanchett monte sur scène en soie taffetas jaune asymétrique pour recevoir son prix en 2005.

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Le couturier ne cherche jamais à suivre les tendances. Son objectif reste simple : faire sensation. Il veut que ses clientes soient sensationnelles. Cette vision inébranlable traverse les décennies sans fléchir. Lorsque le grunge et le minimalisme dominent les années 1990, il refuse de s’y conformer. Il ne supporte pas de voir les femmes mal coiffées ou étranges. Son monde doit rester parfait, glamour et sophistiqué. Cette intransigeance lui permet paradoxalement de survivre aux modes passagères.

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Ventes, groupes de luxe et stratégie industrielle de Valentino

En 1998, Valentino Garavani et Giancarlo Giammetti vendent leur entreprise à HdP, un conglomérat contrôlé par Fiat, pour environ 300 millions de dollars. L’émergence de grands groupes de luxe comme LVMH et Gucci rend la concurrence difficile pour les maisons indépendantes. Les deux hommes conservent toutefois des participations minoritaires et des sièges au conseil d’administration. En 2002, HdP revend Valentino à Marzotto, une entreprise textile familiale cherchant à se développer dans le secteur du luxe. En 2005, Marzotto a créé le Valentino Fashion Group en regroupant ses actifs dans le secteur de la mode.

En 2007, le groupe de capital-investissement Permira acquiert une participation majoritaire. La même année, Giancarlo Giammetti organise les festivités marquant le 45e anniversaire de la maison. Pendant trois jours, Rome célèbre Valentino Garavani. Un dîner est organisé au Temple de Vénus, d’où l’on peut admirer le Colisée baigné de lumière rouge et or. Un défilé a lieu dans le complexe Santo Spirito in Sassia, à proximité de la place Saint-Pierre, au Vatican. Une exposition au musée Ara Pacis rassemble ses créations les plus emblématiques. Le coût de cette célébration s’élèverait à 10 millions de dollars. Six mois plus tard, après un dernier défilé de haute couture, le créateur prend sa retraite.

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Valentino Garavani, le dernier empereur de la haute couture italienne, s’éteint à 93 ans
L’ambassadeur de la marque Colman Domingo porte une tenue Valentino sur mesure conçue par le directeur artistique Alessandro Michele lors de la 83e cérémonie des Golden Globes, le 11 janvier 2026 à Los Angeles – © Photo : Valentino / Getty

Résidences, art de vivre et faste d’un couturier légendaire

Le créateur possède cinq résidences à travers le monde. Son hôtel particulier londonien de Holland Park compte 200 assiettes de Meissen dans la salle du petit-déjeuner. Sa villa de la Via Appia, à Rome, regorge de tapis d’Aubusson et de porcelaine chinoise. Son appartement new-yorkais offre une vue sur la Frick Collection. Le chalet Gifferhorn, à Gstaad, accueille ses séjours hivernaux. Mais sa préférée reste le château de Wideville, près de Paris. Cette demeure, qui a appartenu à Louise de La Vallière, la maîtresse de Louis XIV, a nécessité cinq années de restauration. Ses 113 hectares de jardins emploient des hommes en costume qui ratissent les allées de gravier blanc toute la journée.

Un équipage de 50 personnes veille sur ces propriétés. Valentino Garavani se déplace selon les saisons et le calendrier culturel, accompagné de son compagnon, Bruce Hoeksema, de Carlos Souza, responsable des relations publiques, et de ses cinq carlins prénommés Monty, Milton, Maude, Molly et Margot. Ces chiens portent des laisses Goyard et bénéficient d’un rituel de beauté matinal. Son yacht de 46 mètres, le T.M. Blue One, baptisé par Sophia Loren et décoré par Peter Marino, vient compléter ce train de vie princier.

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L’héritage Valentino : direction artistique et postérité

Après le départ de Valentino Garavani en 2007, Maria Grazia Chiuri et Pierpaolo Piccioli ont pris la direction artistique de la maison. Le fondateur les avait recrutés en 1999 pour diriger la création des accessoires. En 2016, Chiuri rejoint Dior. Piccioli poursuit seul jusqu’en 2024, date à laquelle Alessandro Michele lui succède. En 2012, le fonds qatari Mayhoola rachète l’entreprise à Permira. Kering acquiert ultérieurement une participation dans la marque.

Valentino Garavani et Giancarlo Giammetti se consacrent à leur fondation éponyme durant leurs dernières années. Créée en 2016 avec une mission philanthropique, celle-ci obtient l’usage exclusif du palais historique situé au 23, piazza Mignanelli, à Rome. Entièrement rénové et rebaptisé PM23, ce lieu devient le centre des activités culturelles de la fondation. L’exposition inaugurale, intitulée Horizons Red, présente 50 robes rouges accompagnées de 30 chefs-d’œuvre d’art, issus notamment de la collection personnelle des deux hommes, grands collectionneurs.

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Le couturier s’est éteint après avoir redéfini les codes du luxe italien pendant sept décennies. Sa quête obsessionnelle de la beauté, son refus des compromis esthétiques et sa capacité à créer un univers protégé des turbulences du temps resteront dans les mémoires. Valentino Garavani n’a jamais cherché à se torturer avec son travail. Il voulait être heureux en dessinant une robe. Cette philosophie hédoniste a finalement donné lieu à certaines des créations les plus mémorables de l’histoire de la mode.

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