Jonathan Anderson ne fait rien comme les autres, comme l’avaient déjà montré les premiers teasers avec Mbappé. Pour sa deuxième collection Dior Men automne 2026, le directeur artistique a délaissé les références sages aux archives de la maison pour s’immerger dans l’univers flamboyant de Paul Poiret, ce génie du début du XXe siècle qui régna sur le 30, avenue Montaigne bien avant Christian Dior. Un pari audacieux qui transforme la rigueur architecturale du tailleur français en un terrain de jeu psychédélique.
| 📌 Repères clés |
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| 🎨 Directeur artistique : Jonathan Anderson 🧵 Maison : Dior Men 🗓️ Saison : Automne 2026 🧠 Inspiration majeure : Paul Poiret (début XXᵉ siècle) 👔 Pièce centrale : le tailleur déconstruit 🎭 Intentions : excentricité, héritage couture, théâtralité 💼 Objectif : conjuguer radicalité créative et désir commercial |

La rencontre fondatrice entre Jonathan Anderson et Paul Poiret
L’histoire commence avec une mosaïque. Nichée entre les pavés, devant le siège historique de Dior Men, une plaque commémorative rend hommage à Paul Poiret, ce couturier visionnaire qui fonda sa maison en 1903, à l’âge de 23 ans. Anderson, qui a créé JW Anderson à l’âge de 24 ans, s’est reconnu dans ce parcours. Cette découverte a été le déclic d’une enquête créative où deux univers a priori incompatibles se télescopent. Poiret supprimait les structures, Dior les érigeait. Le paradoxe a immédiatement séduit le créateur nord-irlandais.
La robe Poiret de 1922, point de départ de la collection
La collection automne 2026 de Dior Men s’inspire d’une robe Poiret de 1922, achetée auprès d’un antiquaire et encore emballée dans son papier de soie d’origine. Anderson s’est alors posé la question : que se passe-t-il lorsque cette relique rencontre l’ADN de Christian Dior ? La réponse a ouvert le défilé. Les trois premiers passages présentaient le haut de la robe, retravaillé par les ateliers Dior, associé à des jeans délavés blancs ou noirs déchirés. Les vestes brodées de sequins côtoient le denim brut. Le formalisme de la Belle Époque rencontre la décontraction rock, dessinant un vestiaire entre héritage et subversion.

Excentricité, cinéma et références pop chez Dior Men
Anderson a fait appel à Guido Palau pour créer des perruques jaune fluo qui donnaient aux mannequins des allures de personnages échappés d’un univers parallèle. Le réalisateur Luca Guadagnino a filmé la conférence de presse, ajoutant une dimension cinématographique à l’événement. Le créateur reconnaît s’être inspiré de sa rencontre avec le musicien M.I.A. pour concevoir ces silhouettes radicales. Des pantalons jacquard aux couleurs électriques côtoient des vestes cocon et des polos ornés d’épaulettes militaires scintillantes. Une parka bronze se pare de fleurs en trois dimensions. Les manteaux classiques sont pourvus de manchettes volumineuses en peau retournée et se parent de brocades à motifs Art déco tissées en Italie par les fournisseurs historiques de Poiret.
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Comment Jonathan Anderson déconstruit le tailleur Dior
La construction vestimentaire subit un traitement inattendu. Les vestes Bar miniaturisées, en laine pied-de-poule ou en denim vieilli, s’arrêtent juste sous l’aisselle, avec des lignes en forme de sablier – comme dans sa première vision pour Dior Men. Les redingotes se métamorphosent en maille torsadée ou en peau lainée massive, brouillant les frontières du vêtement formel. Anderson refuse la répétition mécanique. Il n’est pas intéressé par les soixante-dix silhouettes identiques. Les vestes noires cintrées des années 1960 sont hyper-rétrécies, laissant apparaître l’os de la hanche. Les pulls ras du cou en laine, vêtements du quotidien par excellence, s’allongent jusqu’aux chevilles.

De Galliano à Anderson : la filiation spectaculaire de Dior
Certains observateurs ont évoqué Junya Watanabe en voyant défiler ces doudounes massives et ces jupes portefeuille asymétriques. Anderson préfère toutefois pointer du doigt son prédécesseur, John Galliano, qui avait également rendu hommage à Poiret dans ses collections pour Dior. Le créateur revendique cette dimension spectaculaire. La maison n’a jamais commencé comme une marque de maroquinerie. Elle porte l’histoire de la mode dans ses gènes, avec des créateurs visionnaires qui ont produit des moments de pure théâtralité. Le public attend ce frisson, cette prise de risque.
Dior Men automne 2026 : entre expérimentation et désir commercial
Anderson a pris soin d’équilibrer ses propositions les plus expérimentales avec des pièces commerciales. Les costumes en tweed aux épaules légèrement inclinées, les mailles pailletées et les jeans amples constituent l’ossature de cette collection automne 2026, qui se destine à la vente. Les premiers retours des boutiques, où les premières pièces sont arrivées le 2 janvier, sont encourageants. La machine Dior Men tourne à plein régime. Anderson refuse qu’elle devienne prévisible. Dès qu’une formule fonctionne, elle risque de se répéter jusqu’à l’ennui. Quand le public se lasse, il faut pivoter rapidement. Comment reconquérir l’attention autrement ?

Les collerettes : symbole anarchique et signature visuelle
Les invités arboraient les collerettes plissées blanches qui accompagnaient leurs cartons d’invitation. Ces fraises Renaissance, à la fois archaïques et formelles, ont pris un caractère anarchique par un simple décalage stylistique. Elles semblaient punk, romantiques, légèrement dangereuses. Poiret adorait les déguisements et croyait au pouvoir de la mode pour exprimer et transmettre une personnalité. Anderson partage cette conviction. Les défilés doivent montrer des idées, pas appliquer des formules. Le créateur veut s’amuser avec le vêtement.
Ce que Paul Poiret apporte à la vision Dior Men d’Anderson
Le couturier de la Belle Époque concevait ses robes pour qu’elles soient admirées de loin. Il puisait son inspiration dans un collage éclectique allant des Croisades aux Ballets Russes. Anderson transpose cette désinvolture orientaliste à travers la rigueur technique de Dior Men. Les pantalons à motifs papillon, portés avec la nonchalance d’une rock star, proviennent des archives du fournisseur originel de Poiret. Les tissus, dessinés par Poiret lui-même, se transforment en panneaux de type cape sur des parkas et des manteaux, contrebalancés par de larges manchettes en peau lainée. Les doudounes courtes épousent des formes en cocon, sculptées de l’épaule au coccyx.
Cette deuxième collection pour Dior Homme prouve qu’Anderson ne cherche pas la normalité. Il assemble des éléments disparates en un ensemble cohérent, mais peu conventionnel. Les vêtements possèdent une charge conceptuelle tout en restant séduisants sur le plan commercial. La clientèle féminine commence déjà à explorer cet étage du magasin, habituellement réservé aux hommes. Le pari est gagné.





























































