Vous savez, ce sentiment étrange qui vous saisit face à un vêtement parfait ? Cette impression que la pièce a toujours existé dans votre placard, qu’elle attendait simplement que vous la découvriez. Todd Snyder bâtit sa carrière sur cette familiarité rassurante depuis maintenant quinze ans. Sa collection automne 2026 ne fait pas exception, bien au contraire.
| 📌 Repères clés |
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| 📅 15 ans d’existence célébrés en 2026 🏙 Inspiration New York années 1950 🧵 Costumes croisés en laine tropicale 👖 Denim japonais selvedge 🧥 Pardessus en cachemire long 🇬🇧 Influence britannique 🇮🇹 Nonchalance italienne 🇯🇵 Précision japonaise 🎷 Références à Miles Davis et David Lynch |
Le créateur américain a ouvert les portes de son atelier new-yorkais pour présenter cette rétrospective anniversaire. Quinze années à affiner la chemise Oxford blanche, le chino impeccable, le pardessus en poil de chameau. Quinze années à chercher non pas la révolution, mais l’amélioration constante. Vous voyez la nuance ? Elle fait toute la différence.

Les deux immenses moodboards qui trônent dans son studio racontent une histoire précise. Des tableaux abstraits aux tonalités sourdes, des flacons d’eau de Cologne aux couleurs pastel, des automobiles vintage aux chromes rutilants, des montres classiques aux lignes épurées. Puis, les visages : David Lynch, Miles Davis. Le créateur confie qu’il conçoit ses collections autour de personnages imaginaires. Quelle voiture conduirait cet homme ? Quelle montre porterait-il ? Où irait-il ? Cette démarche peut sembler anecdotique, mais elle structure toute sa réflexion créative.
Cette saison, il puise son inspiration dans le milieu du XXe siècle, plus précisément dans les années 1950 à New York. Une époque où le design et la créativité atteignaient des sommets, où les gens extraordinaires accomplissaient des choses remarquables, selon ses propres mots. Il pointe du doigt une photographie issue de sa toute première collection : un mannequin vêtu d’un caban marine. Cette pièce figure toujours au catalogue. Les proportions ont certes évolué, mais la philosophie est restée intacte.

Snyder incarne le designer américain par excellence. Originaire du Midwest, formé chez Ralph Lauren puis chez J.Crew, il incarne cet ADN visuel qui définit l’élégance masculine outre-Atlantique. Pourtant, il revendique une approche cosmopolite. La construction britannique, la nonchalance italienne et la précision japonaise sont les trois piliers de sa vision du vêtement. L’identité américaine serait donc une synthèse d’influences extérieures. Une affirmation qui résonne particulièrement en 2026.
Comment cette philosophie se traduit-elle concrètement ? Les fluidités solaires du printemps précédent laissent place à une proposition plus structurée, plus traditionnellement Snyder. Les costumes croisés taillés dans de la laine tropicale se distinguent par leurs épaules légèrement prononcées et leur tombée décontractée. Le pantalon à double pli adopte une taille haute façon Hollywood, un léger effilé et une longueur raccourcie évoquant les années 1940.
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La maille s’inspire du vestiaire de la campagne britannique. On y trouve des motifs argyle, tartan et carreaux classiques déclinés dans des camaïeux de tons terreux, réalisés en cachemire léger et laine bouillie. Le denim japonais selvedge se porte avec des chemises à col pointu et des cravates en soie : une réinterprétation inattendue du style preppy et de l’élégance mid-century qu’incarnait si naturellement Miles Davis.
Les manteaux restent le fer de lance de la marque. Snyder présente ses modèles préférés : un pardessus en cachemire brun qui frôle le sol, un mackintosh à carreaux, des vestes de chasse en tartan équestre et plusieurs pièces en cuir d’inspiration vintage. Le designer assume son penchant pour le rock, qui apporte cette touche d’audace nécessaire à l’ensemble.

Cette collection souligne le talent particulier de Snyder : sa capacité à puiser ici et là pour reconstruire une vision cohérente. Militaire par touches, tradition anglaise distillée, saupoudrage de preppy, de western et de rock. Le résultat échappe au déguisement tout en conservant son caractère. Il avoue être un utilisateur assidu de Pinterest, ce qui explique peut-être cette curiosité tous azimuts.
Mais surtout, il demeure un passionné de menswear au sens le plus noble du terme. Il vous montrerait avec enthousiasme un pull rose poudré délavé et vous confierait son regain d’intérêt pour les monk straps. Cette gourmandise, cette excitation permanente font de ses collections la solution idéale pour ceux qui refusent les extrêmes : ni la théâtralité excessive des podiums, ni la médiocrité uniforme des marques grand public. Il offre la familiarité rassurante des pièces intemporelles, agrémentée de cette dose de nouveauté et d’attention portée aux détails qui fait toute la différence. Un va-et-vient perpétuel entre classicisme et modernité, comme il le formule lui-même.
Sur un moodboard figure une photographie de Paul Strand datant de 1915 : des banlieusards sur Wall Street, en noir et blanc contrasté. L’image conserve une étonnante actualité malgré son âge. On pourrait en dire autant de la première collection de Snyder, dispersée dans l’atelier : quinze ans plus tard, elle paraît toujours aussi contemporaine.






































