Pour la campagne printemps/été 2026 de Valentino, Alessandro Michele ne cherche pas à éblouir. Le directeur artistique de la maison romaine a emprunté une direction rarement prise dans le secteur du luxe : celle d’une honnêteté déstabilisante. Intitulée « Fireflies », comme la collection présentée en octobre 2025 à Paris lors de la Fashion Week, la campagne met en scène des mannequins qui semblent vulnérables. Lucioles. Ces insectes lumineux qui traversent la nuit sans jamais garantir leur propre survie. C’est de là que Michele est parti pour construire sa vision : que se passe-t-il quand on tombe ? Et surtout, qui vous retient ?
| 📌 Repères clés |
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| ✨ Campagne : Valentino printemps-été 2026 📍 Lieu : Villa Parisi, Frascati 📖 Inspiration : lettre de Pier Paolo Pasolini 🎬 Photographie : Willy Vanderperre 🎨 Direction artistique : Christopher Simmonds 🎵 Musique : Six Hours d’Abel Korzeniowski 🧠 Concept central : ontologie de la vulnérabilité 👗 Collection : « Fireflies » présentée à Paris en octobre 2025 |

La question ne trouve pas de réponse dans la force individuelle. Depuis qu’il a pris la direction de la création chez Valentino, en mars 2024, Michele s’inspire régulièrement de la littérature et de la philosophie pour son travail. Cette fois, c’est une lettre de Pier Paolo Pasolini, écrite pendant la Seconde Guerre mondiale, qui a servi de point de départ à la collection. L’écrivain y décrivait la joie de contempler des lucioles, symboles fragiles de résistance face à l’obscurité politique de l’époque. Michele s’en est approprié l’esprit pour interroger notre rapport à l’autosuffisance, qu’il considère comme une construction culturelle plutôt qu’une réalité.
La campagne a été photographiée et réalisée par Willy Vanderperre dans les salons de la Villa Parisi, une demeure du XVIIe siècle située à Frascati, aux portes de Rome. Le lieu impose sa présence avec ses cheminées en marbre, ses portes en bois sculptées d’ornements dorés et ses plafonds à fresques. Autant d’espaces qui forment un cadre historique chargé, sans pour autant écraser les corps. Bien au contraire. Les mannequins – Emese Nyiro, Peris Adolwi, Malena Tafel, Chloe Oh, Valery Sergeeva, Amos Laermans, Siddartha, Saliou Gueye et Lv Yifan – y circulent lentement, se soutenant les uns les autres au fil de leur progression dans ces pièces fastueuses.
Ce qui retient l’attention dans ces images, c’est la façon dont les corps sont montrés au seuil du déséquilibre. Une main tendue, un appui discret sur l’épaule de l’autre : rien d’ostentatoire, et pourtant tout est là. Vanderperre saisit l’instant juste avant la chute, ce moment suspendu où la stabilité est encore possible, mais déjà précaire. La vidéo va encore plus loin. Le regard franchit ce seuil et montre les corps traverser véritablement cet état d’instabilité, révélant ce que Michele appelle une « ontologie de la vulnérabilité » — la condition partagée par tous les êtres humains, indépendamment de leur élégance ou de leur statut social.
Les vêtements portés dans la campagne sont ceux de la collection « Fireflies » elle-même. Jupes crayon, corsages richement brodés, robes froncées, robes de soirée à sequins spectaculaires : le vestiaire Valentino pour le printemps-été 2026 déploie un luxe mesuré, loin de toute ostentation. Ces pièces ne cherchent pas à protéger ceux qui les portent. Elles accompagnent leur fragilité. L’élégance, telle que la conçoit Michele, ne tient pas à la solidité apparente d’une silhouette. Elle tient à la capacité du corps à accepter le soutien de l’autre, à reconnaître sa propre dépendance sans en avoir honte.
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Cette campagne tranche avec la communication traditionnelle du luxe, qui valorise presque systématiquement la puissance, l’exception et la singularité. Valentino prend ici le contrepied de cette tendance. La dépendance n’est pas une faiblesse à dissimuler, mais la condition humaine à assumer pleinement. Prendre soin de quelqu’un ne signifie pas l’empêcher de tomber. Cela signifie rendre la chute supportable et être présent durant les périodes d’instabilité sans imposer de solution.
L’ensemble de la réalisation a mobilisé une équipe technique rigoureuse : direction artistique de Christopher Simmonds, stylisme de Jonathan Kaye, décors de Victoria Salomoni, coiffure d’Esther Langham, maquillage de Yadim Carranza et manucure de Sara Ciufo, direction du casting par Rachel Chandler. La musique « Six Hours » du compositeur Abel Korzeniowski accompagne les images sans les surcharger. Toutes les décisions semblent orientées vers le même objectif : ne rien forcer, laisser les corps exister dans leur vérité.
Il serait réducteur de cantonner cette campagne à la communication saisonnière d’une grande maison de couture. Valentino s’inscrit ici dans un débat contemporain sur la vulnérabilité, la solidarité et l’interdépendance, des sujets qui traversent les conversations politiques et sociales actuelles. Michele ne prêche pas. Il montre. Et c’est peut-être ce qui différencie une campagne qui s’oublie d’une campagne qui s’installe.





Directeur artistique : Alessandro Michele
Photographe et réalisateur : Willy Vanderperre @willyvanderperre
Directeur artistique : Christopher Simmonds
Styliste : Jonathan Kaye @jonathan_kaye
Décoratrice : Victoria Salomoni @victoriasalomonistudio
Coiffeuse : Esther Langham @estherlangham
Maquilleuse : Yadim Carranza @yad1m
Manucure : Sara Ciufo @saraciufo_nails
Directrice de casting : Rachel Chandler @rachel_chandler



