Ce printemps 2026, les actualités des expositions parisiennes dessinent un moment artistique d’une rare cohérence. Du paysage romantique au musée de la Vie romantique à la Sécession viennoise d’Orsay, en passant par les pierres de Roger Caillois et les installations de Tadashi Kawamata, jusqu’au regard occidental sur les arts d’Afrique au musée du quai Branly, la saison du Grand Paris révèle bien plus qu’un simple agenda culturel : une transformation du regard. Voici les expositions incontournables à voir – et à comprendre.
Paul Huet et la naissance du paysage moderne à Paris

Après une fermeture d’un an et demi pour travaux, le musée de la Vie romantique, installé dans la maison-atelier du peintre Ary Scheffer, a rouvert ses portes avec une exposition qui marque d’emblée son retour. Intitulée Face au ciel, Paul Huet et son temps (jusqu’au 31 août), elle est consacrée à Paul Huet (1803-1869), peintre de paysages qui participa au Salon de Paris dès 1827 et jusqu’à la fin de sa vie. Son ambition ? Saisir le ciel, ses variations lumineuses et météorologiques, d’une façon que la peinture académique classique n’avait jamais osé.
Cette révolution naturaliste avait des sources précises. Les aquarellistes anglais, et surtout John Constable, dont les tableaux présentés au Salon parisien de 1824 avaient suscité une grande curiosité, avaient ouvert la voie. Huet travaillait à la fois sur le vif et en atelier, cherchant à articuler l’impression directe et la rigueur de la composition. L’exposition l’entoure de ses pairs : Georges Michel, précurseur solitaire, Théodore Rousseau, avec qui il a voyagé en Normandie en 1831 puis à Barbizon, et Paul Flandrin, qui recomposait en atelier une nature stylisée. Un ensemble foisonnant et bien documenté qui donne l’impression de comprendre une époque entière à travers un seul thème. À époque foisonnante, exposition foisonnante.
Musée de la Vie romantique, 16, rue Chaptal, Paris 9e – museevieromantique.paris.fr
La Sécession viennoise au musée d’Orsay et l’invention de l’art total

Jusqu’au 17 mai, le musée d’Orsay consacre une exposition graphique à l’un des courants les plus novateurs de la fin du XIXe siècle : la Sécession viennoise, fondée en 1897 autour d’Otto Wagner. Un art total. L’exposition Dessins de la Sécession viennoise s’appuie sur deux récentes acquisitions : quarante-deux dessins de projets architecturaux liés à ce mouvement fondateur et le projet de Josef Hoffmann pour le pavillon autrichien à l’Exposition internationale d’art de Rome, acquis en 2023. Ces documents sur papier constituent un matériau d’une richesse rare.
La Sécession viennoise, suivie des Wiener Werkstätte en 1903, portait une vision globale de l’architecture et des arts décoratifs : lignes épurées, rejet du style historiciste clinquant, ambition de faire cohabiter l’utile et le beau. Les dessins présentés à Orsay restituent avec une acuité saisissante la précision et la rigueur de cet idéal. Une exposition relativement intime par son format, mais d’une densité intellectuelle appréciable.
Musée d’Orsay, 1 rue de la Légion d’Honneur, Paris 7e – musee-orsay.fr
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Roger Caillois et le pouvoir poétique des minéraux

Jusqu’au 29 mars, l’École des arts joailliers Van Cleef & Arpels accueille une exposition hors du commun : Rêveries de pierres. Poésie et minéraux de Roger Caillois. Écrivain, sociologue et intellectuel aux appétits multiples, Roger Caillois (1913-1978) était également un collectionneur passionné de minéraux. Sa collection est réunie ici dans son intégralité, après son entrée au Muséum national d’histoire naturelle de Paris par voie de dation, puis l’acquisition complémentaire du reste en 2017.
Pour Caillois, ces agates, ces quartz et ces obsidiennes étaient bien plus que de simples curiosités scientifiques : des formes que la nature elle-même semblait avoir façonnées pour répondre à nos besoins d’analogie et d’émerveillement. Ses écrits, redécouverts en 2023, éclairent le regard que l’on porte sur ces objets. L’exposition tisse un dialogue entre textes et minéraux avec une grande finesse, et le résultat est d’une sensibilité peu ordinaire. À ne pas manquer !
École des arts joailliers, 31 rue Danielle-Casanova, Paris 1er – lecolevanclearfarpels.com
Tadashi Kawamata au Palais de Tokyo et l’art in situ contemporain

Artiste japonais né en 1953, il est l’une des figures les plus respectées de l’art in situ à l’échelle internationale. Son matériau de prédilection est le bois de récupération, qu’il utilise pour construire des structures fragiles et organiques qui interrogent notre rapport à l’espace et à la fragilité des constructions humaines. Pour le Palais de Tokyo (du 13 au 26 février), il a conçu deux installations éphémères spécifiquement pour l’institution : l’une sous le péristyle extérieur et l’autre dans l’espace sous verrière à l’étage.
Ce projet parisien s’inscrit dans un dispositif plus vaste orchestré par la maison Ruinart, la plus ancienne maison de champagne, qui mène depuis 2008 un programme de cartes blanches artistiques sur son site rémois, au 4 rue des Crayères. Le parc s’est ainsi constitué autour d’une vingtaine d’installations d’artistes de renom, parmi lesquels Henrique Oliveira, Eva Jospin, Pascale Marthine Tayou ou encore Nils Udo. Kawamata y a conçu trois installations pérennes qui seront inaugurées en juin 2026 : une tour observatoire de six mètres de haut d’où l’on peut contempler le paysage, un nid sur la façade du bâtiment historique et une cabane perchée dans les arbres, à admirer depuis le sol. Un engagement sur le long terme qui en dit long sur la façon dont Ruinart conçoit son rapport à la création contemporaine.
Palais de Tokyo, 13, avenue du Président-Wilson, Paris 16e – palaisdetokyo.com
1913-1923 au quai Branly et la mutation du regard occidental

Le musée du quai Branly – Jacques Chirac ouvre le 17 mars (jusqu’au 20 septembre) une exposition qui mérite largement le détour. Intitulée 1913-1923 : L’Esprit du temps, cette exposition retrace une décennie durant laquelle les objets venus d’Afrique et d’Océanie ont cessé d’être des curiosités ethnographiques pour devenir des œuvres d’art à part entière aux yeux des Occidentaux. Un glissement de perception décisif, qui ne s’est pas produit par hasard.
L’exposition reconstitue les conditions précises de cette révolution : les accrochages pionniers de la galerie Levesque (1913), de Lyre et Palette (1916), de la galerie Devambez (1919) et du pavillon de Marsan du Louvre (1923) sont analysés comme des moments clés. Les marchands visionnaires, Paul Guillaume en tête, les poètes comme Guillaume Apollinaire et les artistes d’avant-garde (Matisse, Derain, Picasso) sont au cœur de ce basculement. L’exposition montre particulièrement bien que cette transformation du regard ne fut pas un geste isolé, mais le produit d’une scène artistique parisienne en pleine ébullition.
Musée du quai Branly – Jacques Chirac, 37, quai Branly, Paris 7e – quaibranly.fr



