Le 1er avril 2026, à 18 h 35, heure de la côte est des États-Unis, une fusée SLS de la NASA a quitté la rampe 39B du centre spatial Kennedy, en Floride, propulsant quatre astronautes vers la Lune à bord de la capsule Orion. La mission Artemis II est le programme phare de la NASA et le premier vol habité en direction de la Lune depuis la mission Apollo 17 de décembre 1972. Cinquante-quatre ans d’attente pour un voyage qui pourrait bien changer le cours de l’histoire.
Un équipage inédit qui incarne une nouvelle diversité spatiale
L’équipage est composé de trois Américains et d’un Canadien. Reid Wiseman commande la mission. Victor Glover est le pilote. Christina Koch et Jeremy Hansen, de l’Agence spatiale canadienne, sont les deux spécialistes de la mission. Ce quatuor n’a rien d’ordinaire. Victor Glover est le premier homme de couleur à s’aventurer dans l’espace lointain. Christina Koch est la première femme à effectuer cette traversée. Jeremy Hansen est, lui, le premier non-Américain à participer à une mission lunaire. Trois premières historiques pour un seul lancement !
Avant le décollage, le Premier ministre canadien, M. Carney, a eu une visioconférence avec Hansen. « Cela me remplit de fierté, mais cela envoie aussi un message fort aux Canadiens », a déclaré Carney dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Hansen a ajouté : « Le fait que nous serons le deuxième pays au monde à envoyer un être humain dans l’espace lointain en dit long. »

Une architecture technologique au cœur de la mission Orion
La fusée SLS mesure 98 mètres de haut et pèse 2,6 millions de kilogrammes. Ses moteurs ont produit un grondement sourd qui a traversé toute la côte centrale de la Floride. Sur les plages de Cocoa Beach, des dizaines de milliers de spectateurs ont levé les yeux vers le ciel. « Le contraste avec le ciel bleu était absolument remarquable », confie Anthony Rodriguez, 35 ans, originaire d’Orlando. « C’est un spectacle qu’on n’oublie jamais. »
La capsule a été baptisée « Integrity » par ses occupants. Ce nom n’a rien d’anodin. Le vaisseau devra tenir ses promesses pendant dix jours, dans un environnement où chaque système, chaque circuit et chaque valve sont essentiels. Quarante-neuf minutes après le décollage, le second étage de la fusée a effectué une première mise à feu pour placer Orion sur une orbite terrestre elliptique. Une seconde combustion a ensuite propulsé le vaisseau vers une orbite haute, à environ 74 000 kilomètres au-dessus de la Terre.
Une trajectoire vers la Lune fondée sur des techniques éprouvées
Jeudi 2 avril, le module de service européen, construit par Airbus, a reçu l’ordre d’effectuer la combustion d’injection translunaire. Cette brève mise à feu, d’une durée d’environ six minutes, a suffi à orienter Orion vers la trajectoire de retour libre autour de la Lune. Le vaisseau utilise la gravité lunaire comme une fronde naturelle pour revenir vers la Terre sans avoir à emporter de carburant supplémentaire. Il s’agit d’une technique héritée des missions Apollo, mais perfectionnée depuis.
Lundi 6 avril, l’équipage devrait survoler la face cachée de la Lune. Les astronautes observeront des zones que personne n’avait jamais vues de ses propres yeux. La lumière rasante, qui créera de longues ombres sur la surface, révélera des reliefs, des cratères et des pentes habituellement invisibles sous un éclairage frontal. La mission établira également un nouveau record : les quatre astronautes se trouveront à environ 407 000 kilomètres de la Terre, soit plus que la distance record atteinte par Apollo 13 lors de son retour d’urgence en 1970.
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Un vol d’essai déterminant pour les futures missions habitées
La NASA est claire sur ce point : Artemis II est d’abord un vol d’essai. L’objectif est de vérifier que le vaisseau peut transporter des êtres humains en toute sécurité jusqu’aux abords de la Lune et les ramener vivants. Amit Kshatriya, directeur adjoint de la NASA, n’a pas mâché ses mots lors de la conférence de presse suivant le lancement : « Artemis II est un vol d’essai et le test ne fait que commencer. L’équipe qui a construit, réparé et préparé ce véhicule pour le vol a donné à notre équipage la machine dont il a besoin pour prouver ce dont il est capable. Au cours des dix prochains jours, Reid, Victor, Christina et Jeremy vont pousser Orion dans ses retranchements afin que les équipages qui les suivront puissent se poser en toute confiance sur la Lune. Nous sommes à une mission dans une longue campagne, et le travail qui nous attend est plus important que celui qui a été accompli. »
Parmi les objectifs techniques figurent la démonstration du système de survie des astronautes, les tests manuels de pilotage d’Orion ainsi que les manœuvres d’approche préfigurant les futurs amarrages avec des alunisseurs. Victor Glover a d’ailleurs déjà effectué une manœuvre rapprochée avec l’étage supérieur de la fusée SLS, simulant les procédures qui seront nécessaires lors des missions suivantes. « C’est un beau drapeau américain », a-t-il lancé après avoir ramené dans le champ de la caméra de guidage l’étage supérieur portant ce symbole.
Une mission inscrite dans un contexte de rivalité internationale
Cette mission ne se déroule pas dans le vide géopolitique. La Chine a en effet affiché son ambition de poser des astronautes sur la Lune avant la fin de la décennie. La NASA, elle, vise un alunissage habité d’ici 2028. Jared Isaacman, administrateur de la NASA et milliardaire devenu responsable de l’agence spatiale en décembre dernier, a clairement indiqué que l’objectif n’était pas de gagner une course, mais d’établir une présence durable sur la surface lunaire. « Artemis II n’est que le début », a-t-il déclaré, précisant que les leçons tirées de cette mission alimenteraient les suivantes.
Lors de la conférence de presse, Isaacman a été précis : « Après une pause de 54 ans, la NASA reprend le cours normal de ses activités en envoyant des astronautes vers la Lune. » Cette formule, volontairement désinvolte, cache une réalité plus tendue. La route vers la Lune a été semée d’embûches. Des fuites d’hélium et d’hydrogène avaient repoussé les tentatives de lancement en février et en mars. Des pannes techniques de dernière minute ont retardé le décollage de onze minutes supplémentaires. Un problème de toilettes à bord a même contraint l’équipage à utiliser des « capacités de gestion des déchets de secours ». Ces petits incidents n’ont finalement rien changé à l’essentiel.
Artemis II
Premier vol habité vers la Lune depuis 1972
Un événement spatial entre fascination et désengagement du public
Tous n’ont pas partagé le même enthousiasme. À New York, Maxime Kryvian, un entrepreneur de 37 ans, s’est rendu à Times Square dans l’espoir de voir le lancement retransmis sur les écrans géants. Aucun d’entre eux ne diffusait l’événement. Il a donc dû suivre le décollage sur son propre téléphone. « Nous avons perdu le sens d’une réussite partagée », confie-t-il. « Nous continuons à regarder nos petits écrans au lieu du grand. »
À Houston, ville symbole des missions Apollo et siège du centre de contrôle de la NASA, les clients d’un bar sportif regardaient un match de baseball tandis que quelques écrans secondaires diffusaient le lancement en direct. Un contraste saisissant avec les millions de téléspectateurs qui, en 1969, avaient abandonné leurs activités pour regarder le lancement à la télévision.
Isaacman reste néanmoins confiant. « Je pense que lorsque les premières images de la Lune commenceront à revenir, les gens se tourneront à nouveau vers cette aventure », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse. Mercredi soir, dans son adresse à la nation, le président américain Donald Trump a lui-même félicité l’agence et les astronautes. « C’était quelque chose d’exceptionnel », a-t-il déclaré. Ce sont des gens courageux. »

Une étape clé vers un retour durable sur la Lune et au-delà
Si tout se passe comme prévu, Orion amorcera son retour vers la Terre après le survol lunaire du 6 avril pour un amerrissage dans l’océan Pacifique le 10 avril. Artemis II ouvrira alors la voie à Artemis III, dont l’objectif est de poser des astronautes sur le sol lunaire, à proximité du pôle sud de la Lune, qui regorge d’eau glacée. La NASA espère que cette base de connaissances scientifiques et techniques conduira, un jour, à des missions habitées vers Mars.
Le commandant Wiseman l’a simplement dit depuis la capsule, peu après le décollage : « Nous avons un magnifique lever de Lune et nous nous dirigeons directement vers elle. » Cette phrase résonne comme une promesse sobre et directe, après plus d’un demi-siècle d’absence.



