L’ère Pinault s’achève, ANTA entre en scène chez PUMA

De la chute boursière à la renaissance premium : comment ANTA pourrait réinventer PUMA.

Par
Stéphane Leonelli
Stéphane Leonelli est rédacteur numérique chez Essential Homme, où il se spécialise dans le domaine des sneakers. Son parcours professionnel comprend également la couverture de la...
8 Minutes de lecture
© Photo : Morumotto1 (Depositphotos)

Quelques heures après l’annonce officielle, les téléphones ont commencé à vibrer. ANTA Sports venait de débourser 1,8 milliard de dollars pour acquérir 29,06 % de PUMA. Vous avez bien lu. Le géant chinois, qui détient déjà Amer Sports et a transformé SALOMON en véritable phénomène lifestyle, vient de mettre la main sur l’équipementier allemand. L’ère Pinault est révolue. Place à une nouvelle configuration qui fait déjà jaser les observateurs du secteur.

📌 Repères clés
💰 Montant de l’opération : 1,8 milliard de dollars
📊 Participation d’ANTA : 29,06 % du capital de PUMA
🐆 Statut : ANTA devient le premier actionnaire de PUMA
🏷️ Objectif stratégique : montée en gamme & repositionnement premium
📉 Performance boursière PUMA : –70 % sur 5 ans
🌍 Modèle de référence : transformation réussie de SALOMON
🗓️ Finalisation prévue : d’ici fin 2026 (sous conditions réglementaires)

Une prise de contrôle stratégique à 1,8 milliard de dollars

La transaction s’est conclue à 35 euros par action, soit une prime de 62 % par rapport au cours de clôture du lundi précédent. Le Groupe Artémis, société d’investissement de la famille Pinault, cède ses parts. Pourquoi maintenant ? La dette, cette vieille ennemie. François-Henri Pinault, le dirigeant de Kering, considérait PUMA comme un actif non stratégique depuis longtemps. L’affaire est entendue. ANTA devient le principal actionnaire de la marque au félin bondissant.

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Mardi, Marguerite LeRolland, responsable senior des tendances mondiales pour la mode chez Euromonitor International, a déclaré : « À la suite de cet accord, les consommateurs peuvent s’attendre à des campagnes marketing de grande envergure pour PUMA, avec de nouveaux parrainages, car la marque va accélérer sa refonte autour de produits lifestyle et performance clés. » Elle ajoute : « Nous verrons probablement l’ouverture de nouveaux magasins sur les marchés clés. »

ANTA peut-il répliquer le succès SALOMON chez PUMA ?

Les analystes évoquent déjà une stratégie inspirée de celle de SALOMON. Vous connaissez l’histoire : ANTA a acquis Amer Sports en 2019, avant l’introduction en bourse de ce dernier à New York en 2024. Depuis, Salomon a explosé. Au troisième trimestre 2025, Amer Sports a enregistré une hausse de ses revenus de 29,7 %, pour atteindre 1,76 milliard de dollars. Le segment Outdoor Performance, qui inclut SALOMON, a bondi de 36 %.

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Lors de la conférence téléphonique sur les résultats du troisième trimestre, James Zheng, PDG d’Amer Sports, a confié aux analystes : « L’élan des chaussures SALOMON se poursuit dans toutes les régions, en particulier en Asie, où la demande est forte pour les produits de style sportif et de performance. Outre les sneakers, les sacs et les chaussettes connaissent également une forte croissance dans toutes les régions. »

Vers une montée en gamme premium et lifestyle de PUMA

Le Rolland spécule que PUMA va emprunter la voie premium suivie par SALOMON ces dernières années. La marque française, forte de sa réputation sur le marché du ski, a récemment élargi son offre aux sports de montagne et au lifestyle. Elle a ouvert de nouveaux magasins phares dans des emplacements de premier choix, notamment sur les Champs-Élysées, à Paris. Imaginez PUMA sur ce même boulevard, avec des vitrines léchées et une stratégie axée sur les pièces techniques haut de gamme. Ce n’est plus de la science-fiction.

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PUMA fragilisé : stocks, dette et repositionnement global

L’équipementier allemand traversait une période difficile. La marque menait un « programme de réinitialisation » pour remédier à ses niveaux de stock élevés et repenser sa stratégie de distribution sur des marchés clés, comme l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique, la Chine et les États-Unis. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’action PUMA avait chuté de plus de 70 % au cours des cinq dernières années, terminant 2025 en baisse de près de 50 %.

Mardi, Adam Cochrane, analyste chez Deutsche Bank, a écrit qu’ANTA avait fait ses preuves en matière de développement de marques. La firme financière s’attend à ce que le groupe chinois soit « un partenaire plus actif » que le groupe Artémis. Il précise : « Pour SALOMON, cela devrait leur apporter un soutien supplémentaire pour leur stratégie, car 2026 est une année de reconstruction, et cela permettra à la direction de se concentrer pleinement sur les opérations durant cette période. »

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Ding Shizhong : la vision long terme d’ANTA pour PUMA

Ding Shizhong, président d’ANTA, a déclaré : « Nous pensons que le cours de l’action PUMA ne reflète pas le potentiel à long terme de la marque. Nous avons confiance en son équipe de direction et en sa transformation stratégique. » Le message est clair. ANTA ne rachète pas une marque en déclin pour la démanteler. Le groupe chinois voit en PUMA un potentiel inexploité, une matière première à retravailler.

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ANTA possède déjà Fila, Descente, Kolon Sport et Maia Active. Son portefeuille s’étoffe. Sa capitalisation boursière atteint 27 milliards de dollars, contre seulement 3,5 milliards pour PUMA. L’écart de taille est impressionnant. ANTA prévoit d’obtenir des sièges au conseil d’administration de PUMA après la finalisation de l’accord, mais précise qu’elle ne vise pas une offre publique d’achat (OPA) complète sur la société.

Quels bénéfices pour les consommateurs ?

Si ANTA réussit son coup, les amateurs de sneakers pourraient bien y trouver leur compte. Des collaborations inédites, des technologies de pointe transférées depuis les autres marques du portefeuille, des lignes premium qui hisseraient PUMA au rang de SALOMON dans l’univers du style urbain… Les analystes de Citigroup notent qu’« ANTA dispose de solides antécédents en matière d’acquisitions et d’opérations, ce qui nous donne confiance dans sa capacité à revitaliser l’activité de PUMA à l’avenir ».

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L’accord est toutefois soumis à l’approbation des autorités de la concurrence, au consentement des actionnaires d’ANTA et aux autorisations réglementaires en Chine et dans d’autres régions. ANTA prévoit de convoquer une assemblée générale extraordinaire pour finaliser l’opération une fois toutes les conditions remplies. La transaction devrait être finalisée d’ici la fin de l’année 2026.

Reste à savoir si PUMA saura retrouver son lustre d’antan. Une chose est sûre : l’industrie de la sneaker vient de perdre l’un de ses derniers bastions européens indépendants. Bienvenue à l’ère sino-allemande.

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