Le rendez-vous avait été préparé dans la plus grande discrétion. Lorsque Jean Arnault, directeur de l’horlogerie chez Louis Vuitton, a rencontré Denis Flageollet en 2021, personne n’aurait pu imaginer l’ampleur du projet qui allait naître de cette rencontre. Cinq années de développement secret, sous le nom de code « Phase 3 », ont finalement donné naissance au LVDB-03 Louis Varius Project. Une collaboration entre Louis Vuitton et De Bethune qui repousse les limites de la haute horlogerie contemporaine.
| 📌 Repères clés |
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| ⌚ Maisons : Louis Vuitton & De Bethune 🧠 Horloger : Denis Flageollet 🕰️ Inspiration : Pendule Sympathique d’Abraham-Louis Breguet (1795) 🧩 Composants : 763 éléments 🔋 Réserve de marche pendule : 11 jours 🌍 Montre : LVDB-03 GMT à remontage manuel 🧳 Production : 2 ensembles complets + 10 montres 🎨 Artistes : François Schuiten & Michèle Rothen 🏭 Fabrication : Sainte-Croix, Suisse |

Louis Vuitton et De Bethune : la rencontre de deux visions horlogères
Denis Flageollet est l’un des horlogers les plus respectés de son époque. Cofondateur de la marque De Bethune, il n’a accepté qu’une poignée de collaborations durant sa carrière, guidé par son engagement envers la chronométrie de précision et la science des matériaux. Lorsque Jean Arnault est venu le rencontrer, animé par une fascination commune pour l’âge d’or de l’horlogerie française, l’évidence s’est imposée.
« La première fois que j’ai entendu parler de Denis Flageollet, je dois admettre que j’étais vraiment perplexe. Ce n’est qu’après m’être rendu à la manufacture De Bethune, où j’ai constaté l’extraordinaire rigueur et l’imagination à l’œuvre derrière chaque décision, que j’ai commencé à comprendre qui il était réellement : un Léonard de Vinci des temps modernes », reconnaît-il.

Les deux hommes ont rapidement découvert qu’ils partageaient la même passion. Leurs échanges les ont naturellement menés aux pères fondateurs de l’horlogerie, puis au mécanisme énigmatique de la pendule sympathique inventée par Abraham-Louis Breguet en 1795. Un simple dialogue qui allait progressivement se transformer en ambition technique.
« Nous avons beaucoup parlé d’horlogerie et trouvé des points communs dans les pièces que nous apprécions. J’ai découvert que nous parlions le même langage et que nous partagions le même sens des responsabilités vis-à-vis de ce métier et de sa préservation », explique Denis Flageollet.
Réinventer la pendule Sympathique : un défi horloger historique
Cette dernière représente l’une des inventions les plus audacieuses de l’histoire horlogère. Abraham-Louis Breguet l’avait conçue pour synchroniser automatiquement une montre de poche avec une pendule maîtresse plus précise. Seules cinq pendules de ce type ont été créées de son vivant. Denis Flageollet avait lui-même participé à une version modernisée de cette pendule pour Breguet dans les années 1990, transformant la montre de poche initiale en montre tourbillon dotée d’un remontoir à force constante.
Plus de trente ans plus tard, le défi consistait à repenser cette pendule historique pour notre époque. Le projet LVDB-03 Sympathique Louis Varius mobilise 763 composants et deux grands barillets, et offre une réserve de marche de onze jours. Mais l’innovation va bien au-delà des chiffres.

« Dès le départ, il m’a paru naturel de partir sur un ensemble consacré au voyage. J’ai donc imaginé notre modèle GMT associé à une pendule charmante, inspirée de l’esprit des cardans en suspension utilisés pour les chronomètres de marine et qui annulent le mouvement des vagues pendant la navigation en mer », explique Denis Flageollet.
La pendule peut être inclinée, à la manière des chronomètres de marine d’autrefois. Son architecture reprend les codes emblématiques de la gamme Tambour de Louis Vuitton. Sur l’anneau des minutes, douze index remplacent les lettres « Louis Vuitton », affirmant ainsi la fonction de garde-temps tout en préservant l’identité Tambour. Ancrée à une base en titane décorée d’une marqueterie de météorite polie et bleuie à la flamme, elle mesure 310 mm de large, 266 mm de profondeur et 260 mm de hauteur.
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LVDB-03 GMT : la montre compagnon pensée pour le voyage
Cette montre, qui accompagne la pendule, constitue une création inédite. À la différence des précédentes montres sympathiques, conçues pour être portées brièvement avant d’être reconnectées à leur pendule, la LVDB-03 GMT Louis Varius a été pensée pour voyager. Sa réserve de marche de cinq jours et ses fonctions orientées vers le voyage lui confèrent une autonomie remarquable.
Le boîtier Tambour Taiko emblématique de Louis Vuitton, d’un diamètre de 45 mm, est réalisé en titane poli et bleui par oxydation thermique. Ce procédé exclusif de la manufacture De Bethune permet d’obtenir un bleu intense aux reflets changeants. Les cornes en platine polies créent un contraste saisissant avec le titane bleui, rehaussant la profondeur de la couleur et magnifiant l’architecture de la montre.

Au cœur de cette montre bat le calibre DB2507LV, un mouvement mécanique à remontage manuel façonné et assemblé avec le plus grand soin dans les ateliers De Bethune à Sainte-Croix. Il affiche les heures et les minutes, un second fuseau horaire GMT, une indication jour/nuit par une sphère bicolore en or rose et acier bleui, ainsi qu’une date sautante. Le mouvement est régulé par un balancier en titane bleui doté d’inserts en or blanc posés à la main.
Le cadran révèle une vision cosmique. Le motif de la Voie lactée, propre à De Bethune, a été revisité pour Louis Vuitton. Au centre, des rangées d’étoiles s’alignent discrètement pour former les lettres « LV » intégrées à la constellation. Des goupilles en or blanc sont insérées manuellement une par une dans des micro-perforations de dimensions variées, apportant ainsi profondeur et luminosité. La composition est sublimée par l’application manuelle de feuilles d’or 24 carats, réalisée par un artisan décorateur des ateliers De Bethune.

Fonction sympathique : un système de synchronisation mécanique inédit
L’innovation majeure réside dans le système de synchronisation. Une fois placée sur son berceau, la montre entre en résonance avec la pendule par l’intermédiaire de sa couronne. En dix heures, le système remonte automatiquement la montre. Toutes les deux heures, un mécanisme dédié recalibre l’affichage de la montre pour le faire correspondre à celui de la pendule, synchronisant ainsi les deux pièces.
Cette réinterprétation constitue le mécanisme de synchronisation mécanique le plus abouti à ce jour. Il s’appuie sur les travaux antérieurs de Denis Flageollet ainsi que sur les 23 années d’innovation de De Bethune en matière d’instruments de réglage. L’utilisateur n’a qu’à ouvrir le bracelet et disposer la montre dans le réceptacle prévu à cet effet. Un geste fluide et intuitif. Aucune manipulation complexe n’est nécessaire.

François Schuiten et Michèle Rothen au cœur du projet
Pour créer l’un des éléments les plus poétiques de la pendule, Denis Flageollet a fait appel à François Schuiten, illustrateur belge renommé pour ses mondes imaginaires. L’artiste a imaginé trois paysages immersifs mettant en scène des moments d’exploration : un train à vapeur traversant un viaduc, des montgolfières flottant au-dessus de la savane africaine et des sherpas escaladant des pics escarpés. Ces univers miniatures encerclent le mécanisme et pivotent lentement, suggérant ainsi que le temps n’est pas linéaire, mais circulaire.
Pour réaliser ces illustrations sur trois anneaux en or rose 5N, la maître graveuse Michèle Rothen a sculpté un mètre de surface gravée à la main. À l’aide d’un burin et d’un ciseau, elle a reproduit chaque trait esquissé par l’artiste. Le résultat rivalise avec les horloges décoratives de la fin de la Renaissance.
« Ce projet, qui incarne l’esprit du voyage si cher à Louis Vuitton, réunit les chefs-d’œuvre horlogers de la Renaissance avec leurs formes tambour sculptées, les lignes précises de François, surnommé l’horloger des rêves, la virtuosité exceptionnelle de Michèle, la passion de Jean pour la recherche scientifique du Siècle des Lumières et mon amour des chronomètres de navigation », résume Denis Flageollet.

Une production horlogère d’une rareté absolue
La pendule LVDB-03 Sympathique Louis Varius est une prouesse technique d’une rare ambition. Sa production est limitée à deux ensembles complets composés d’une pendule monumentale et de la montre qui l’accompagne, ainsi qu’à dix montres supplémentaires vendues séparément. Une rareté absolue qui mobilise un immense écosystème de collaboration à Sainte-Croix, allant de l’Institut de la Mécanique d’Art à la manufacture De Bethune.
Deux malles d’exception ont été créées pour ce projet. La première, inspirée de l’emblématique « Malle Trophée » de Louis Vuitton, a été conçue pour accueillir la pendule. Cette malle en titane unique est l’un des objets les plus exclusifs jamais produits par les ateliers Louis Vuitton à Asnières. La seconde, destinée à la montre, est une malle de haute horlogerie en titane comprenant un étui de voyage en cuir spécialement conçu.
Les protège-coins en titane bleui par De Bethune ont été spécialement conçus pour ce projet. À l’intérieur, les malles présentent un aménagement organisé avec précision, en Alcantara et en cuir gris, avec des compartiments dédiés à la pendule ou à la montre et à leurs accessoires respectifs.

Une philosophie commune entre innovation, transmission et héritage
Au-delà de la prouesse technique, ce projet illustre une philosophie commune. Jean Arnault l’exprime clairement : « Lors de ces collaborations, nous laissons à l’horloger carte blanche pour définir sa vision du temps — et de Louis Vuitton. Nous apportons un regard extérieur et un soutien aux horlogers indépendants qui, à leur tour, insufflent leur regard neuf sur Louis Vuitton. Cette dynamique apporte une grande créativité et de nouvelles idées aux deux maisons. »
Ce projet unique marque un moment fondateur dans la série de collaborations horlogères de la maison. Il permet d’établir un programme de mentorat sur mesure pour le lauréat du prix Louis Vuitton pour les créateurs indépendants, favorisant ainsi l’émergence d’une nouvelle génération d’horlogers.
« Ce projet relève d’un dialogue entre des personnes, des idées et plusieurs siècles de tradition horlogère. Revisiter la Sympathique, c’est revisiter la riche histoire de l’horlogerie tout en écrivant un nouveau chapitre pour l’avenir », conclut Jean Arnault.








