Nicolas Di Felice quitte courrèges après cinq ans de succès

Le créateur belge clôture un chapitre magistral de cinq ans à Paris, laissant derrière lui une esthétique radicale qui a séduit Beyoncé et la scène mode mondiale.

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Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
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© Photo : Bruno Staub

C’est par un post Instagram sobre et direct que Nicolas Di Felice a officialisé son départ de la maison de couture courrèges, le 24 mars 2026. Cinq ans. C’est le temps qu’il aura fallu à ce Belge discret, formé à La Cambre, à Bruxelles, pour redonner toute sa raison d’être à une maison endormie. Il ne manquait pas grand-chose, finalement. Juste quelqu’un qui comprenne vraiment l’ADN du lieu. Di Felice l’a compris d’instinct.

Un parcours discret qui prépare une prise de pouvoir décisive

Avant courrèges, Nicolas Di Felice travaillait dans l’ombre des autres. Il avait rejoint l’équipe de Nicolas Ghesquière chez Balenciaga en 2008 et y était resté six ans. Il a ensuite fait un bref passage chez Dior, sous la direction de Raf Simons, avant de retrouver Ghesquière chez Louis Vuitton en 2015. Des années précieuses passées à observer, à apprendre et à affiner. Lorsque courrèges lui confie les clés de la création en septembre 2020, personne ne mesure encore l’impact qu’il va avoir.

Débuter en plein confinement aurait pu tuer l’élan. Ce ne fut pas le cas. Di Felice a su capter l’attention de la presse et du public très vite, avec un vestiaire sensuel et fluide, qui transcende les codes de genre, et qui s’inscrit dans la continuité des pièces iconiques de la maison – vestes en vinyle, bottes go-go, robes géométriques héritées du fondateur André Courrèges. Il y a ajouté une touche personnelle, nette et reconnaissable : des mailles côtelées, des jeans à pattes d’éléphant et le logo AC omniprésent, comme un signe de ralliement.

Une direction artistique qui réactive l’ADN courrèges sans le figer

La maison, propriété de la holding familiale Artémis de François Pinault, a rendu hommage à son directeur artistique sortant en ces termes : « Sous sa direction, la maison a connu une véritable renaissance saluée par la critique et s’est imposée comme une voix singulière dans le paysage de la mode contemporaine. Nicolas a réinterprété ses codes iconiques et a créé un véritable dialogue avec une nouvelle génération. »

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Ce n’est pas une formule creuse. Di Felice a effectivement repositionné courrèges comme une entité culturelle à part entière. Avec le DJ et producteur Erwan Sene, qui a signé toutes les bandes sonores de ses défilés, et le scénographe Rémy Brière, dont les plateaux rectangulaires sont devenus une signature visuelle, il a fait de chaque présentation un événement attendu. Les soirées Club courrèges ont fidélisé une clientèle jeune, urbaine et curieuse, loin des codes feutrés du luxe traditionnel.

Sur le plan commercial, il a élargi l’offre avec des parfums inédits, comme Slogan et Le Messager, et lancé les sacs Hobo et Holy, contribuant ainsi à une expansion retail notable. La suite appartient à Marie Leblanc, l’ancienne PDG de Victoria Beckham, arrivée en 2024 pour piloter une révision des prix dans un contexte de ralentissement global du secteur du luxe.

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Un dernier défilé qui synthétise cinq années de vision créative

Sa dernière collection pour la maison, présentée début mars à la Fashion Week de Paris, disait tout sans avoir besoin d’explications. Consacrée à « 24 heures dans la vie d’une femme courrèges », elle traversait le temps d’une journée, du satin de l’aube aux robes géométriques de minuit. Tenues de jour tranchantes, vêtements du soir conceptuels : tout ce que Di Felice a construit en cinq ans se lisait dans ce seul défilé. Un résumé élégant, sans nostalgie excessive.

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Des célébrités telles que Dua Lipa, Rosalía, Bella Hadid, Miley Cyrus et Zoe Saldaña ont porté ses créations. Il a également habillé Beyoncé pour sa tournée mondiale Renaissance et conçu une collaboration avec le disquaire indépendant parisien Dizonord. Autant de projets qui révèlent un créateur curieux, peu enclin à se cantonner aux frontières du vêtement.

Un départ qui ouvre une nouvelle phase stratégique pour la maison

De son côté, Di Felice a tenu à remercier personnellement ses soutiens. « Je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude au groupe, et en particulier à François Pinault et à François-Henri Pinault, pour leur confiance. Je tiens également à remercier sincèrement toutes les équipes et mes amis dont le talent et l’engagement ont rendu ce voyage humain et créatif si riche de sens. »

courrèges annoncera le nom de son nouveau directeur artistique le 31 mars. Dans l’intervalle, les spéculations vont bon train. Le nom de Di Felice circule du côté d’Alaïa, dont le poste de directeur artistique est vacant depuis le départ de Pieter Mulier pour Versace. Rien n’est confirmé pour le moment. Mais à 42 ans, avec un tel parcours, il ne restera certainement pas longtemps sans attaches.

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