Ralph Lauren rejoue sa légende à Milan : un retour qui pourrait rebattre les cartes de la mode masculine

Entre tensions économiques, horizon olympique et retour iconique, Milan s’apprête à vivre une Fashion Week sous haute intensité.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
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© Photo : fashionstock (Depositphotos)

Vingt-quatre ans après son dernier défilé masculin dans la capitale lombarde, Ralph Lauren choisit Milan pour orchestrer un retour stratégique très attendu. Dans un contexte où la mode italienne affronte un ralentissement inédit, cette ouverture de la Fashion Week redéfinit à la fois les priorités du secteur et les ambitions des grandes maisons.

La collection automne 2026 sera présentée à 17 heures au siège de la maison, situé via San Barnaba. Ralph Lauren y dévoilera ses lignes Purple Label et Polo Ralph Lauren. Depuis des années, le créateur privilégiait les présentations intimistes dans la ville. Le dernier défilé masculin qu’il y avait organisé remontait à l’automne 2002. Alors, pourquoi maintenant ?

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Un calendrier sous pression, reflet d’une industrie en mutation

La programmation de cette édition de janvier révèle les tensions qui traversent l’industrie de la mode. Dix-huit défilés physiques sont au programme, dont ceux de PRADA, ZEGNA et Dsquared2. Ce dernier a habitué son public aux collections mixtes pendant la saison masculine, sauf en février dernier, où la griffe avait célébré ses trente ans lors de la Fashion Week féminine. Giorgio Armani clôturera la semaine avec un double défilé, le 19 janvier, au 21, via Borgonuovo.

Emporio Armani, de son côté, abandonne le calendrier masculin. La marque présentera désormais des collections mixtes lors des semaines de la mode féminine, à partir de la saison automne 2026. Seule la marque EA7, l’extension sportswear de la maison, maintiendra une présence le 17 janvier, avec un événement spécial célébrant son partenariat avec l’équipe italienne pour les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026.

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Quand les Jeux olympiques redessinent les priorités de la mode

Les Jeux olympiques se profilent partout. La semaine de la mode masculine de Milan fait officiellement partie de l’Olympiade culturelle, une série d’initiatives pluridisciplinaires destinées à promouvoir les valeurs olympiques. K-Way renonce ainsi à son défilé habituel pour organiser Montagna Milano, une manifestation de deux jours proposant tables rondes, ateliers et activités après-ski dans son quartier général de Basic Village.

Le sport d’hiver imprègne même la campagne publicitaire saisonnière de la Fashion Week. Celle-ci s’orne de souvenirs olympiques prêtés par le Musée olympique de Lausanne. Le 18 janvier, Ferragamo consacrera trois heures à mettre en lumière ses chaussures masculines Tramezza. La maison de luxe a par ailleurs dévoilé, mercredi, une collaboration à long terme avec la légende italienne du ski, Alberto Tomba.

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Des indicateurs économiques au rouge pour la mode italienne

Cette effervescence créative masque mal les difficultés du secteur. Les chiffres préliminaires communiqués par la Camera Nazionale della Moda Italiana font en effet état d’un recul de 3 % du chiffre d’affaires de l’industrie de la mode, qui s’élèverait à 92,9 milliards d’euros en 2025. Carlo Capasa, président de la Camera della Moda, nuance toutefois ces résultats. Les premières estimations tablaient en effet sur une baisse de cinq pour cent.

Les exportations ont quant à elles reculé de quatre pour cent pour atteindre 87,4 milliards d’euros. La Chine reste un point noir majeur, avec une chute de 19,8 % durant les huit premiers mois de l’année. Les exportations vers la France stagnent, tandis que celles vers les États-Unis progressent de 2,3 %. Capasa souligne que les entreprises de mode ont absorbé l’impact des droits de douane américains et de la dépréciation du dollar.

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Le secteur a perdu environ 3 000 entreprises entre 2022 et la fin de l’année 2024. Capasa insiste sur la nécessité de ne laisser personne sur le bas-côté. Si les derniers mois ont montré une amélioration des performances, le président de la Camera della Moda espère que 2026 sera au moins stable par rapport à cette année. En deux ans, dix milliards d’euros de ventes se sont envolés.

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Une nouvelle génération de designers à l’assaut des podiums

Le calendrier accueille néanmoins des noms prometteurs. Domenico Orefice et Victor Hart feront leurs débuts sur les podiums, tandis que des labels émergents comme Plās Collective et Bottega Bernard apparaissent pour la première fois au programme avec des présentations. Paul Smith revient à Milan après ses débuts la saison dernière, tout comme Dunhill, qui opte désormais pour un format de présentation.

Les marques de prêt-à-porter masculin maintiennent une présence forte avec des événements programmés pour Brunello Cucinelli, Brioni, Kiton, Canali et Pal Zileri. Bikkembergs quitte Pitti Uomo pour rejoindre Milan, une première depuis janvier 2019. Etro et Tod’s présenteront leurs collections masculines le 18 janvier. La dernière journée sera entièrement consacrée aux défilés numériques de créateurs émergents.

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Une édition décisive pour l’avenir de la Fashion Week de Milan

Au total, la semaine de la mode masculine de Milan comprendra soixante-seize événements, incluant des présentations, des soirées et des activations. Un programme dense qui témoigne de la vitalité créative du secteur, malgré les turbulences économiques. ZEGNA revient à Milan après s’être exceptionnellement délocalisé à Dubaï la saison dernière. Saul Nash et Qasimi sont également au programme des défilés physiques.

Cette édition de janvier s’annonce comme un moment charnière pour l’industrie italienne de la mode. Entre le retour fracassant de Ralph Lauren, les restructurations stratégiques des grandes maisons et l’émergence de nouveaux talents, Milan réaffirme sa position sur la scène internationale. Les Jeux olympiques d’hiver offrent une caisse de résonance inespérée à un secteur qui espère renouer avec la croissance.

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Le retour de Ralph Lauren à Milan après plus de vingt ans d’absence envoie un signal fort. Alors que les maisons européennes se tournent vers le marché américain, le créateur new-yorkais rappelle que l’Europe reste un territoire incontournable pour la mode masculine de luxe. Son siège milanais, situé via San Barnaba, devient le théâtre de ce retour tant attendu. La Purple Label et la Polo Ralph Lauren incarneront cette reconnexion entre le savoir-faire italien et les codes américains.

Les prochaines semaines diront si cette stratégie est payante. Entre ralentissement chinois, tensions géopolitiques et mutations des circuits de distribution, l’industrie de la mode cherche ses repères. Milan tente de trouver un équilibre entre tradition artisanale et innovation. Le retour de Ralph Lauren pourrait bien symboliser cette quête d’équilibre. Reste à savoir si les résultats suivront.

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