L’Australien avait tout pour croire au grand soir. Daniel Sanders filait vers une victoire écrasante lors de la première vraie spéciale de sable du Dakar 2026, reliant Hail à Riyad, l’étape 6 tant attendue avant la journée de repos. Parti troisième ce matin, le tenant du titre a avalé les dunes avec voracité, dépassant au passage Nacho Cornejo, puis son coéquipier Luciano Benavides, pour franchir la ligne d’arrivée en solitaire. Mais le destin en a décidé autrement. Une zone de vitesse limitée négligée, probablement dans l’ivresse de la performance, lui vaudra six minutes de pénalité. Six minutes qui transforment son triomphe en désillusion et offrent la victoire à Ricky Brabec.
L’Américain de l’équipe Monster Energy Honda HRC n’a rien volé. Certes battu sur la piste par Sanders, Brabec récolte les fruits d’une constance remarquable depuis le départ de Yanbu. Cette 12e victoire d’étape sur le Dakar confirme son statut de rival le plus sérieux de l’Australien. Le pilote américain pointe désormais à 45 secondes du leader au classement général, et est le seul pilote de la catégorie Rally GP à n’avoir commis aucune faute depuis le début de la course. « Je sais qu’il me reste beaucoup de travail pour décrocher un troisième titre », reconnaît-il lucidement.
| 📌 Repères clés |
|---|
| 📍 Lieu : liaison Hail – Riyad ⏱️ Pénalité décisive : Daniel Sanders perd 6 minutes pour excès de vitesse 🏁 Vainqueur d’étape : Ricky Brabec (Honda) 🏜️ Spéciale sable : première grande étape de dunes du rallye 🏆 Leader général : Nasser Al-Attiyah avant la journée de repos 📊 Écart top 10 : seulement 26 min 46 s entre le 1er et le 10e |
La régularité récompense Ricky Brabec
Tosha Schareina n’est pas parvenu à effacer sa bévue de la veille. Pénalisé 24 heures plus tôt, l’Espagnol espérait profiter de sa cinquième place au départ pour remonter au classement. La sanction infligée à Sanders le sauve d’une situation plus critique, mais son scénario idéal ne prévoyait pas de passer la journée de repos au pied du podium. Il se retrouve néanmoins à moins d’une minute de la troisième place occupée par Luciano Benavides, à 11 minutes 56 secondes de son grand rival australien.
La catégorie Rally 2 a réservé un retour fracassant. Mike Docherty, immobilisé lors de la quatrième étape après avoir cassé sa roue avant, a fait preuve de toute sa maîtrise dans le sable. Le pilote émirati a dominé tous ses adversaires de catégorie et s’est même offert le luxe de prendre la quatrième place du classement général de l’étape. Lourdement pénalisé de 62 heures 30 il y a deux jours, le Sud-Africain n’a certes plus aucune chance de remonter au classement général de la catégorie Rally 2, mais son talent intact promet du spectacle pour la suite.

Nasser Al-Attiyah, maître absolu des dunes
Certains phénomènes surviennent avec une prévisibilité implacable. Les victoires d’étape de Nasser Al Attiyah en sont un exemple. Le pilote qatari possède cette faculté rare de transformer les spéciales de dunes en démonstrations de force, un terrain sur lequel il a remporté ses cinq titres lors du Dakar. Parti ce matin de la 15^e position, toutes les conditions étaient réunies pour qu’il passe en mode attaque. Il a franchi la ligne d’arrivée à Riyad avec sa 49e victoire d’étape sur le rallye, prolongeant ainsi une série stupéfiante de 19 éditions consécutives avec au moins un succès de spéciale à son actif, y compris lors de ses abandons.
« J’ai beaucoup travaillé aujourd’hui. Les cinq premiers jours n’ont pas été faciles, mais aujourd’hui, on a vraiment attaqué. C’est fantastique d’être en tête à la veille de la journée de repos. Maintenant, il faut adapter notre stratégie pour la deuxième semaine. La première semaine n’a pas été facile : on a connu des crevaisons et on a ouvert la deuxième journée de l’étape marathon. Nous sommes contents et c’est bien d’avoir ce duel avec les autres constructeurs », détaille Al-Attiyah.
Sa performance du jour le propulse en tête du classement général à la veille de la journée de repos, avec 6 minutes 10 secondes d’avance sur Henk Lategan. Chez Dacia, une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, puisque l’équipe signe son premier doublé sur le Dakar grâce à la deuxième place de Sébastien Loeb.
Sébastien Loeb relance la dynamique Dacia
L’Alsacien progresse de la huitième à la sixième place du classement général, à 17 minutes 36 secondes d’Al-Attiyah. Son opération remontée s’effectue sur un tempo mesuré, mais efficace. « On s’est vraiment fait plaisir aujourd’hui. Je ne me rappelais plus à quelle vitesse on pouvait aller dans les dunes avec ces voitures-là, c’est vraiment incroyable. On s’est fait un peu mal, on a perdu quelques centimètres aujourd’hui, car quand on attaque fort dans les dunes, on se fait bien secouer. Malheureusement, on a décoincé un coup sur un pneu dans un appui et on a dû changer une roue, mais sinon, belle journée. L’essentiel est de rester dans le peloton. Tout le monde roule très fort dans les dunes, il est difficile de creuser des écarts », explique le nonuple champion du monde des rallyes.
Sa meilleure performance depuis l’étape 12 de l’édition 2024, qu’il avait remportée, laisse entrevoir de belles perspectives pour la seconde partie du rallye.
Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
Podium provisoire : Ford et Toyota sous pression
Derrière le duo Al-Attiyah-Lategan, le tiercé de tête se complète avec Nani Roma. Le pilote catalan n’avait plus connu pareille réussite depuis 2019, à la fin de l’époque sud-américaine du Dakar. Posté à 9 minutes 13 secondes du leader, il est le premier représentant des Ford capables d’exercer une pression maximale. Le Raptor de Carlos Sainz est toujours en lice pour la victoire finale, à la quatrième place, à 11 minutes 49 secondes d’Al Attiyah. Celui de Mattias Ekström occupe la cinquième place, à 12 minutes 11 secondes.
Dakar 2026 : un top 10 historiquement serré
Le Dakar 2026 était annoncé comme l’un des plus ouverts de l’histoire. La première semaine confirme cette prédiction avec éclat. Cinq pilotes différents se sont imposés lors des six premières étapes et autant ont mené le classement général. À l’arrivée à Riyad, 26 minutes et 46 secondes séparent Nasser Al-Attiyah, en tête, de son coéquipier chez Toyota, Lucas Moraes, dixième.
Un top 10 aussi serré à ce stade de la course n’avait jamais été observé lors des Dakar disputés en Arabie saoudite depuis 2020, ni en Amérique du Sud entre 2009 et 2019. Il faut remonter à 2006, il y a vingt ans, pour retrouver un écart similaire. À l’époque, 11 minutes 26 secondes séparaient le leader, Giniel de Villiers, du dixième, un certain Nani Roma. Deux décennies plus tard, le pilote Ford figure toujours dans ce top 10, cette fois à la troisième place. Quatrième aujourd’hui, Carlos Sainz était deuxième en 2006. Des Espagnols inoxydables.

Challenger, SSV, camions : les autres faits marquants
Ignacio Casale poursuit sa reconversion réussie dans la catégorie Challenger. Le Chilien, triple champion de la catégorie quad (2014, 2018 et 2020) avec 23 victoires d’étape, décroche sa première victoire en catégorie Challenger en devançant Dania Akeel de 38 secondes. Devenu papa de jumelles juste avant le départ de Santiago pour Yanbu, il semble porté par cette bonne fortune. Il se classe néanmoins sixième du classement général, à 1 h 53 min du leader, Pau Navarro.
Xavier de Soultrait remporte sa deuxième victoire de la semaine, la sixième pour Polaris, qui domine le classement général, avec Brock Heger, le tenant du titre, en tête. « Super première semaine. Des étapes difficiles, longues. On a gagné une étape le premier jour, et celle-ci aussi. On a serré les dents et les fesses dans les cailloux. On a un nouveau Polaris, il est hyper stable, on arrive à sauter d’une dune à l’autre comme à moto, et franchement, avec Martin, on a fait du bon boulot. C’est agréable de gagner à nouveau, on est deuxième du général, c’est parfait. On ne brûle pas de joker, on ne pousse pas, on ne veut pas s’éliminer comme d’autres le font », se réjouit le Français, deuxième du classement général à 32 minutes 20 secondes.
Chez les camions, Ales Loprais remporte sa deuxième étape de l’année en arrivant à Riyad, portant son total à 20 depuis 2007. Le pilote tchèque se retrouve troisième du classement général, à 46 minutes et 10 secondes du leader, Mitch van den Brink, et à 11 minutes du double tenant du titre, Martin Macik. « C’était une belle étape, j’ai bien aimé avec tout ce sable. Je pense qu’on a su tirer le meilleur parti de ce terrain. On a mené l’étape toute la journée jusqu’à l’arrivée, et je crois qu’on a augmenté notre avance. Notre Dragon est de retour dans la course. La première semaine a été très difficile, avec de nombreux problèmes qui nous ont retardés, mais nous allons maintenant reprendre du temps sur la deuxième partie du Dakar », promet-il.
La journée de repos tombe à pic. Dacia, Toyota et Ford se tiennent dans un mouchoir de poche pour la suite des hostilités. La deuxième semaine s’annonce impitoyable.



