L’Américain Ricky Brabec a exécuté son plan à la perfection. La veille de cette douzième étape, qui reliait Al Henakiyah à Yanbu, le pilote Honda avait délibérément abandonné la première place du classement général à Luciano Benavides, prolongeant ainsi la stratégie amorcée la veille. Sébastien Loeb et Nasser Al Attiyah, également protagonistes de cette avant-dernière journée, se sont illustrés sur les 311 kilomètres de spéciale entre les roches de cette région saoudienne impitoyable.
| 📌 Repères clés |
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| 🏍️ Ricky Brabec remporte sa 13e victoire d’étape et prend 3’43 d’avance au général 🏁 105 km restants avant l’arrivée finale à Yanbu 🏆 Nasser Al-Attiyah signe son 50e scratch, rejoignant Vatanen et Peterhansel 🚗 Sébastien Loeb et Mattias Ekström séparés par 29 secondes pour le podium 🔧 Nani Roma sauve sa 2e place malgré une pénalité après une réparation express |
Ricky Brabec : la stratégie gagnante qui renverse le Dakar 2026
Rien n’était laissé au hasard. Ce matin, il s’est élancé avec six minutes de retard sur son concurrent argentin, mais seulement 23 secondes au compteur général. Son objectif était limpide : profiter de la trace ouverte par son adversaire pour le dépasser et reprendre la tête avant la dernière étape. Le pilote américain, qui dispose d’une technique irréprochable sur ce type de terrain accidenté, savait qu’il tenait là son meilleur atout pour prendre une avance confortable avant la boucle finale autour de Yanbu.
Le résultat a dépassé toutes les espérances. Avec sa treizième victoire d’étape sur le Dakar, la deuxième de cette édition 2026, Brabec a non seulement effacé les 23 secondes de retard, mais il a également creusé l’écart avec son adversaire. Il a même porté son avance à 3 minutes et 43 secondes sur Benavides. La marche vers un troisième titre personnel se précise désormais pour le pilote Honda, qui n’aura plus que 105 kilomètres à parcourir demain pour inscrire son nom au palmarès.

Luciano Benavides piégé : un leadership perdu au pire moment
La déception se lit sur le visage de Luciano Benavides, lui qui avait endossé le rôle de leader quelques jours plus tôt. Le pilote Red Bull KTM Factory Racing dominait le classement général ce matin, mais il s’est fait piéger par la tactique de son rival. Parti en tête, l’Argentin a dû assumer le rôle ingrat d’ouvreur sur toute la seconde moitié du parcours. Il a maintenu un rythme soutenu, sans jamais franchir la limite du déraisonnable, conscient des dangers que représentaient les cailloux parsemés sur la piste.
À l’arrivée, la pilule est amère. Il accuse maintenant un retard qui semble insurmontable à moins de 24 heures de l’arrivée finale. Pour renverser la situation demain, il faudrait accomplir un exploit quasi miraculeux. Les bonifications dont bénéficiera Brabec, soit 1 min 23 s au total, rendent l’entreprise presque impossible. Le champion du monde 2023 devra néanmoins se consoler avec ce qui s’annonce comme son meilleur résultat sur le Dakar. Sa sixième place de 2023 sera largement dépassée.
Skyler Howes et Adrien Van Beveren ont ouvert la piste ce matin, puis ont laissé les deux prétendants au titre se livrer bataille. L’Américain et le Français ont respectivement terminé à plus de 24 et 13 minutes du vainqueur du jour, mais leurs positions au classement général n’ont pas été affectées. Howes reste quatrième, avec huit minutes d’avance sur Van Beveren. Tony Mulec, qui a pris la tête de la catégorie Rally 2 hier, a encore augmenté son avance aujourd’hui sur Preston Campbell.
Nasser Al-Attiyah atteint les 50 victoires d’étape au Dakar
Nasser Al Attiyah ne fait jamais les choses à moitié. Il aurait pu se contenter de gérer son avance de huit minutes sur Nani Roma au classement général. Il a préféré frapper un grand coup pour marquer l’histoire. Parti en 17^e position ce matin, le leader savait qu’il pouvait améliorer ses statistiques personnelles.
Sur les 311 kilomètres de spéciale, il a déployé toute sa science des trajectoires pour signer sa cinquantième victoire d’étape au Dakar. Un chiffre qui le place au même niveau qu’Ari Vatanen et Stéphane Peterhansel, les deux autres grands noms de la discipline. Le Qatari se dirige désormais vers une sixième victoire finale, à seulement 105 kilomètres de la ligne d’arrivée.
Le Finlandais avait atteint ce total de 50 scratchs en 2004, lors de l’étape d’Er Rachidia, alors qu’il effectuait un retour au volant d’un pick-up Nissan. Ses années glorieuses étaient déjà loin derrière lui, car sa 49e victoire d’étape remontait à 1996. Peterhansel, lui, avait d’abord accumulé 33 victoires d’étape à moto avant de se reconvertir en voiture. Sa première victoire en quatre roues remonte à 2000, au Mali, à Kayes, au volant d’une Mega. Il a signé son cinquantième scratch en 2024 sur une Audi RS Q e-tron.
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Loeb – Ekström : un duel explosif pour le podium final
Derrière Al-Attiyah et Roma, la bataille pour le podium a connu un rebondissement majeur. Mattias Ekström a décidé de sortir l’artillerie lourde ce matin. Le Suédois a signé le quatrième temps de la journée, derrière Al-Attiyah, Guthrie et Price, mais surtout, il a infligé un écart conséquent à Sébastien Loeb : 3 minutes et 24 secondes.
Ce coup de massue permet au pilote de la Ford Raptor de ravir la troisième place provisoire au Français. Ekström ne compte désormais plus que 29 secondes d’avance sur Loeb au classement général, mais ce maigre matelas devra être défendu sur les 105 kilomètres de l’ultime étape. Le pilote français, qui n’a jamais terminé un Dakar en dehors du podium, s’élancera demain, avec un retard de neuf minutes sur le Suédois. Il lui reste une chance de décrocher cette troisième place qui lui tend les bras.
La deuxième semaine s’est avérée bien plus constructive pour Loeb que la première. Il est parvenu hier soir à s’installer à la troisième place, une position fragile face au tempérament offensif d’Ekström. Le Suédois l’a confirmé ce matin en lâchant toute sa cavalerie sur la spéciale. Le suspense reste entier avant l’arrivée finale à Yanbu.

Ford sauve Nani Roma au terme d’une journée chaotique
L’équipe américaine a vécu une journée d’émotions extrêmes. Nani Roma, deuxième au classement général, a franchi la ligne d’arrivée de la spéciale sur trois roues, traînant son train avant droit au sol. Les équipes Ford se sont lancées dans une opération de sauvetage digne d’un film hollywoodien. Romain Dumas a accepté de se ranger dès les premiers mètres pour attendre son leader et le protéger jusqu’à l’arrivée.
Roma disposait de 2 h 45 pour rallier le bivouac de Yanbu, distant de 183 km. Les mécaniciens ont effectué une greffe sur le Raptor RD Limited en une heure à peine. Le Catalan s’est ensuite retrouvé en panne d’essence à l’approche du bivouac. Laia Sanz l’a tracté jusqu’à l’entrée, où il a présenté son carton de pointage avec une minute de retard. Quelques larmes ont coulé, le temps d’évacuer la pression accumulée. Malgré cette pénalité, Roma a sauvé sa deuxième place. Il accuse désormais 15 minutes et 2 secondes de retard sur Al-Attiyah.
Dernière étape du Dakar 2026 : tous les enjeux avant Yanbu
Demain, les 105 kilomètres de la boucle finale autour de Yanbu s’annoncent moins comme une étape de course que comme une parade pour les vainqueurs. Ricky Brabec devrait rejoindre le cercle très fermé des triples vainqueurs du Dakar en motos, dans un contexte rendu possible par les bouleversements survenus lors de l’étape 10. Nasser Al Attiyah devrait quant à lui décrocher son sixième titre en autos, un palmarès qui le rapproche encore des plus grands.
La seule incertitude concerne la dernière marche du podium chez les autos. Sébastien Loeb et Mattias Ekström vont se livrer une bataille finale dont l’issue est incertaine. Le Français a l’expérience et la rage de ne jamais avoir quitté le podium d’un Dakar. Le Suédois, lui, possède la fougue et un Ford Raptor performant. Les deux hommes vont écrire le dernier chapitre d’une édition 2026 qui aura tenu toutes ses promesses.
Les gradins de Yanbu se préparent à accueillir les héros de ce rallye-raid mythique. Al-Attiyah pourrait bien signer une 51e victoire d’étape pour dépasser définitivement Vatanen et Peterhansel au classement des recordmen. Brabec, lui, n’aura qu’une consigne : gérer son avance pour inscrire son nom au palmarès pour la troisième fois de sa carrière. Le rideau va bientôt tomber sur cette édition saoudienne qui a confirmé la domination des pilotes expérimentés sur les jeunes loups affamés de gloire.



