Pour l’automne 2026, Brunello Cucinelli ne bouleverse pas la mode masculine : il la perfectionne. Tailoring souple, textiles hybrides et inspirations militaires feutrées dessinent une silhouette apaisée, élégante et profondément contemporaine. Une collection qui confirme la vision d’un luxe discret, maîtrisé et durable.
| 📌 Repères clés |
|---|
| 🧵 Silhouette : tailoring souple, épaules structurées, pantalons taille haute 🪡 Matières phares : velours côtelé, denim hybride, tweeds Donegal 🎖️ Inspirations : héritage militaire discret (Jeep coat, blouson 40s) 🎨 Palette : tons neutres, bruns, gris, réveillés par le bordeaux et le bleu océan 👔 Détail fort : retour affirmé de la cravate 🧠 Vision : luxe discret, humaniste et durable 📈 Contexte : +10,1 % de croissance annuelle pour la maison |
Brunello Cucinelli a emprunté à Sénèque le titre de sa collection : « L’art imite la nature ». Ce n’est pas étonnant pour cet entrepreneur philosophe qui aime autant disserter sur le sens du luxe moderne que superviser la coupe d’un blazer. Cette référence antique se traduit par une ligne cohérente, où les matières nobles répondent aux textures rustiques et où le formel côtoie le fonctionnel sans jamais perdre son élégance.

Les blazers croisés dominent la collection. Cucinelli est convaincu qu’une veste bien coupée confère de la prestance. Les épaules sont doucement structurées et la silhouette légèrement allongée. Le pantalon à taille haute et coupe large souligne une élégance rétro assumée. Face à cette rigueur de la coupe, les cargos en velours côtelé épais apportent une touche de fantaisie bienvenue.
Le vrai coup d’éclat vient d’un textile hybride. Denim ou velours côtelé ? Les deux à la fois. Ce tissu inédit habille des tailleurs croisés qui comptent parmi les pièces phares de la collection. Fidèle à son ADN, la marque livre ce que sa clientèle attend : du luxe décontracté, jamais ostentatoire. Le velours côtelé se décline également dans une version givrée particulièrement remarquable.

Une inspiration vaguement militaire traverse la collection. Le trench en cuir souple et le blouson de motard, inspiré d’un modèle des années 1940, sont ornés d’une poche asymétrique, de boutons métalliques et d’épaulettes. Les manteaux, loin d’être négligés, affirment leur importance. Le modèle à col châle en peau lainée s’inspire directement du Jeep coat de l’armée américaine, rehaussé de détails en cuir.
La cravate fait son grand retour. Elle accompagne les blazers aux lignes adoucies et tempère la décontraction des cargos. Ce va-et-vient entre formalisme et décontraction définit l’approche de Cucinelli, rappelant l’art du spezzato cher au créateur. Les mailles douillettes aux textures irrégulières, tricotées dans des fils fins, côtoient des manteaux en cuir fonctionnels mais luxueux. Les tweeds Donegal et autres tissages tridimensionnels viennent enrichir une palette chromatique neutre et sombre, réveillée par des touches de bordeaux et de bleu océan.
Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
Il est difficile de ne pas mentionner le contexte. Cucinelli présentait cette collection dans son QG milanais, détendu et volubile, après avoir annoncé une hausse de 10,1 % de son chiffre d’affaires annuel. Alors que l’industrie de la mode traverse des eaux agitées, lui continue d’avancer sereinement. Son entreprise double la surface de son siège à Solomeo et ajoute de nouveaux ateliers de tailleur pour hommes. Il peut désormais ajouter « acteur » à son CV, grâce au film de Giuseppe Tornatore qui retrace son parcours.

Mais le créateur reste concentré sur l’essentiel. Il essaie personnellement chaque pièce avant de valider sa production. Le style Cucinelli évolue par micro-ajustements, par des détails discrets, sans jamais dévier de son credo fondateur, prolongeant cette recherche de fluidité et de sérénité : mettre en valeur la silhouette masculine avec une sophistication italienne dosée.
Cette disinvoltura étudiée, cette nonchalance qui demande des répétitions minutieuses, caractérise la collection automne 2026. Cucinelli cherche l’équilibre, dans la continuité de cette quête d’équilibre déjà perceptible la saison précédente. Il le revendique. « J’ai un grand désir de paix », confie-t-il. « J’aspire à un monde empreint de respect, de grâce et d’humanité, où l’arrogance et le tumulte laisseraient place à la sérénité. » Sa collection traduit cette quête. Pas de provocation, pas d’esbroufe. Juste une élégance tranquille qui sait où elle va.



