La collection automne 2026 de QASIMI pose une question que vous vous étiez peut-être jamais formulée. Que reste-t-il de nous dans les vêtements que nous portons ? Hoor Al-Qasimi, la directrice artistique de la maison, ne fait pas dans la dentelle. Elle aborde des thèmes tels que le déracinement, les frontières franchies et les bagages invisibles – un écho intéressant au programme QASIMI Rising à Lagos, pensé pour accompagner des talents émergents. Ses pièces ne se contentent pas de couvrir le corps. Elles racontent les strates de votre histoire personnelle, vos déplacements, vos ruptures.
Vous entrez dans ce lieu industriel faiblement éclairé. Des pans de tissu froissé pendent du plafond, tels du linge qui sèche. Cette scénographie est l’œuvre de Dala Nasser, une artiste libanaise qui travaille le textile pour célébrer ses racines culturelles. Elle avait déjà conçu l’installation de la saison précédente pour QASIMI, une structure évoquant un échafaudage. Cette fois, l’atmosphère penche vers l’intimité domestique. Une atmosphère troublante.
| 📌 Repères clés |
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| 🧵 Maison : QASIMI 🎨 Direction artistique : Hoor Al-Qasimi 🍂 Saison : Automne 2026 🧠 Thèmes centraux : Mémoire, migration, identité, déracinement 👔 Approche stylistique : Tailoring déconstruit, volumes stratifiés, capes intégrées 🧶 Matières : Textiles frottés, délavés, brûlés, effet usure du temps 🏛️ Scénographie : Installation textile de l’artiste Dala Nasser 🔍 Intention : Transformer le vêtement en archive émotionnelle et culturelle |

La déconstruction du vestiaire masculin comme mémoire
Le premier passage donne le ton. Un costume à fines rayures, porté avec une chemise blanche basique et des mocassins plats. Rien de spectaculaire. Puis, tout bascule. Les codes archétypaux du vestiaire masculin se fragmentent, se superposent et prennent du volume. Le tailleur classique devient support de mémoire.
Les plis apparaissent, les drapés s’installent et les pans de tissu jaillissent. Certaines pièces enveloppent le torse de tissus aussi larges que des couvertures. Vous regardez défiler ces silhouettes et vous ressentez simultanément le mouvement et le poids. Al-Qasimi semble suggérer que les souvenirs sont à la fois une bénédiction et un fardeau. Vous traînez votre passé avec vous, mais il vous définit également.
Prenez ce blazer couleur rouille muni d’une fermeture éclair et d’une cape intégrée qui lui confère une silhouette arrondie. Il se porte avec un pantalon de costume aux jambes extrêmement larges. Ou encore cette veste en laine dans un tissu texturé rappelant une tapisserie. Le manteau à carreaux aux manches lacérées évoque l’univers militaire. Ces deux pièces sont dotées d’une écharpe intégrée que l’on peut porter en couvre-chef. Les cardigans tricotés sont resserrés à la taille par des bandes de tissu assorties. Des demi-capes positionnées en biais ornent presque tous les chemisiers et hauts, portés indifféremment par des mannequins masculins et féminins.

Des matières usées pour raconter le temps, les migrations et l’identité
Touchez ces étoffes si vous le pouvez. Elles sont frottées, légèrement délavées, lavées. La palette chromatique penche vers les tons terreux. Vous avez immédiatement l’impression de les avoir déjà portées, déjà vécues. L’ensemble en denim poncé attire l’attention. Les mailles effilochées laissent pendre des fils. Les chemises et hauts à carreaux fenêtre présentent des trous de brûlure et des traces de roussi. Ils sont associés à des pantalons ballons fluides.
Al-Qasimi explore un territoire rarement défriché par les créateurs de mode masculine, déjà très présent dès ses débuts au Printemps 2025. Elle transforme ses vêtements en archéologie émotionnelle. Vous comprenez alors que le textile peut porter les empreintes de celui qui le porte. Les traces de vos migrations, de vos déménagements, de vos transformations personnelles.
Cette approche interroge la fonction même de la mode. Peut-elle devenir un espace d’expression comparable aux arts contemporains ou aux arts performatifs ? Un lieu où les histoires se racontent et où les mémoires se renforcent ? Al-Qasimi répond par l’affirmative. Son travail de déconstruction du tailloring démontre que la technique peut servir des propos intimes.
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Une vision radicale du tailoring masculin contemporain
Vous remarquerez que la marque met entre parenthèses son esthétique utilitaire habituelle – comme on l’avait déjà senti lors de la présentation Printemps 2026. La collection automne 2026 privilégie une construction stratifiée, presque organique. Les vêtements semblent avoir grandi sur le corps plutôt que d’avoir été simplement enfilés. Cette sensation provient des multiples couches, des superpositions inattendues et des volumes asymétriques.
Les capes intégrées reviennent comme un leitmotiv. Elles ne sont pas décoratives. Elles confèrent du poids et de la gravité aux silhouettes. On peut y voir une métaphore du bagage culturel que chacun transporte. Ces ajouts textiles fonctionnent comme des excroissances mémorielles.

La directrice artistique vous invite à vous interroger sur votre propre rapport à l’origine. D’où venez-vous vraiment ? Que conservez-vous de vos déplacements ? Combien de couches composent votre identité ? Elle ne vous apporte pas de réponse. Elle vous tend un miroir textile.
Cette collection marque un tournant pour QASIMI. La maison affirme une vision mature de la création masculine. Elle refuse la facilité du streetwear surdimensionné ou du costume impeccable. Elle propose une troisième voie : celle du vêtement habité par son porteur et imprégné de son parcours.
Vous ressortirez de cette présentation avec des questions plein la tête. C’est probablement ce qu’Al-Qasimi recherchait. Provoquer une réflexion sur ce que vous portez et sur les raisons pour lesquelles vous le portez. Transformer l’acte de s’habiller en geste conscient, chargé de sens et de souvenirs.




















