La maison parisienne Études Studio a présenté sa collection le 20 janvier dernier dans les profondeurs de l’IRCAM, cet institut de recherche acoustique niché sous l’ombre du Centre Pompidou. Vous connaissez peut-être cette marque pour ses vestes de travail revisitées ou ses collaborations artistiques. Cette saison, Aurélien Arbet et Jérémie Egry, les deux créateurs, ont poussé leur réflexion bien au-delà du vêtement. Leur proposition ne se limite pas à habiller l’homme contemporain. Elle interroge la façon dont le son sculpte nos perceptions et traverse les générations.
| 📌 Repères clés |
|---|
| 🎶 Inspiration : créateurs de sons, de John Cage à Aphex Twin 🧵 Silhouettes : tailoring structuré, volumes architecturés, workwear revisité 🎨 Palette : bruns, noirs, gris, kakis, accents de violet 👜 Nouveauté : premier sac Studio conçu en interne 🎥 Collaborations artistiques : Actress, Jeremy Shaw, Paul Nicholson 🧠 Lieu : IRCAM, expérience immersive entre mode et acoustique |

Une collection automne 2026 inspirée par les créateurs de sons
Le titre de la collection, Résonances, annonce d’emblée la couleur. Les fondateurs parlent de « créateurs de sons » plutôt que de musiciens. Leur panthéon personnel s’étend de John Cage dans les années 1970 à Richard David James, alias Aphex Twin, figure majeure de la musique dance intelligente des années 2000. Ils évoquent également Lamon Tai Yang et sa musique méditative. Cette diversité n’a rien de gratuit. Elle témoigne de leur volonté de comprendre comment les vibrations sonores affectent le corps humain et modifient notre rapport à l’espace et au temps.
Le choix du lieu renforce cette intention. Situé plusieurs étages sous terre, l’IRCAM offre un cadre dans lequel l’acoustique devient palpable. Les murs absorbent et renvoient les fréquences. L’artiste britannique Actress a composé une bande-son originale diffusée pendant le défilé. Le public ne contemple pas simplement des silhouettes défilant devant lui. Il vit une expérience sensorielle complète où la vue et l’ouïe dialoguent.

Tailoring, matières et volumes : le nouveau langage d’Études Studio
Arbet et Egry expliquent avoir créé « un dialogue entre différentes époques et influences en termes de matières, de coupes et de fabrication ». Cette phrase pourrait sembler abstraite. Sur le podium, elle prend vie. Des manteaux aux coupes inattendues défilent, en laine, en cuir ou matelassés. Ces pièces de tailoring trouvent leur place sur des silhouettes masculines et féminines. La marque franchit un cap en proposant des volumes plus architecturés que par le passé.
Les mailles apportent une touche de fantaisie bienvenue. Vous remarquerez notamment des écharpes rayées de grande taille et des motifs camouflage aux effets optiques troublants. Une pièce maîtresse attire particulièrement l’attention. Ce pull rayé à franges, entièrement fait main, pèse plus de six kilos. Il incarne à lui seul l’exigence artisanale qui anime la maison. Plus loin dans le défilé, un costume en velours bordeaux prouve que le duo maîtrise désormais les codes du formalisme. On ne les attendait pas forcément sur ce terrain.
Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
Workwear contemporain et sophistication artisanale
Études Studio n’a pas renié ses racines, celles de leur esthétique urbaine parisienne qui structure encore aujourd’hui leur vestiaire. Le workwear est toujours présent à travers des superpositions décontractées et des pièces aux allures domestiques. Ces propositions sont accompagnées d’interventions artistiques signées par l’artiste canadien basé à Berlin, Jeremy Shaw. Ses images en noir et blanc, extraites de vidéos, parsèment la collection. L’une d’elles orne un t-shirt sur lequel est inscrit : « I feel the need to believe ». Les teintes neutres dominent. Les marrons, les kakis, les gris et les noirs composent une palette apaisante. Des touches de violet surgissent ici et là. Les notes de présentation les qualifient d’« espaces de perception altérée », en référence à Dream House, l’installation sonore permanente créée par La Monte Young et Marian Zazeela.

Le sac Studio : premier accessoire propriétaire d’Études Studio
Études Studio présente sa première création d’accessoire conçue en interne. Le sac Studio adopte la forme d’une besace de type messager. Il est disponible en deux tailles, en cuir ou avec des insertions en toile. Égry explique ne pas avoir voulu « créer un sac de plus, mais un objet que l’on peut imaginer durer dans le temps ». Cette pièce fonctionnelle s’inscrit dans une logique de durabilité. On se projette facilement en train de le porter au quotidien, que ce soit dans les transports en commun ou au bureau.
La collaboration avec Paul Nicholson mérite qu’on s’y attarde. Ce graphiste culte de la scène électronique britannique a redessiné le logo « É » de la marque. Son travail le plus connu reste le logo emblématique d’Aphex Twin. Ce clin d’œil aux cultures musicales des années 1990 et 2000 n’est pas anodin. Arbet et Egry ont grandi avec ces références. Ces références irriguent leur vision créative depuis les débuts de la marque, en 2012.
Une vision créative affirmée pour Études Studio
Cette collection marque une étape dans l’évolution d’Études Studio. Le duo affine son langage esthétique sans renier son identité. Les pièces de tailoring gagnent en sophistication. Les collaborations artistiques enrichissent le propos sans jamais l’étouffer, dans la lignée d’une exploration de l’univers de l’artiste déjà amorcée par la marque. La palette chromatique reste sobre, mais gagne en nuances. Le velours fait son apparition aux côtés des matières techniques habituelles.
Les silhouettes présentées s’adressent à un homme qui recherche plus qu’un simple vêtement. Elles invitent à la réflexion sur notre rapport à la création, qu’elle soit textile ou sonore. Les fondateurs parviennent à rendre cette notion abstraite de « créateur de sons » tangible. Vous voyez défiler des vestes utilitaires zippées, des manteaux modulaires et des coupes fluides. Puis, des costumes en velours impeccablement taillés évoquant les tenues de scène des performers surgissent.
L’atmosphère quasi mystique du défilé doit beaucoup aux jeux de lumière et aux nuances de violet qui ponctuent les noirs profonds, les gris et les bruns. Cette ambiance particulière transforme la présentation en un moment suspendu. On ressort de l’IRCAM avec l’impression d’avoir assisté à bien plus qu’un simple défilé. La fusion entre mode et installation sonore ouvre des perspectives intéressantes pour les prochaines saisons.


































