Paris a vu défiler de nombreux créateurs au fil des saisons, mais le spectacle organisé par Willy Chavarria avait quelque chose de différent. Le créateur américano-mexicain, qui a quitté New York il y a un an pour s’installer dans la capitale française — il y a fêté les dix ans de sa marque lors du défilé automne-hiver 2025 —, vient de prouver qu’il peut rivaliser avec les géants du luxe parisien.
| 📌 Repères clés |
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| 🎩 Créateur : Willy Chavarria 🗓️ Saison : Automne-Hiver 2026 📍 Lieu : Paris, France 🎭 Format : Défilé immersif mêlant mode, musique et cinéma 👔 Styles : Tailoring épuré, streetwear, sportswear chic 🤝 Collaborations : adidas x Coupe du monde x Fédération mexicaine 🎶 Performances live : Mon Laferte, Lunay, Santos Bravos, Feid 🏳️🌈 Message central : Amour, inclusion, soutien aux communautés LGBTQ+ et immigrées 💡 Slogan clé : « Protection is Love » |

Un décor new-yorkais immersif pour le défilé parisien de Willy Chavarria
Le lieu choisi n’était pas anodin. Ce même espace événementiel avait accueilli les débuts d’Alessandro Michele chez Valentino, il y a dix-huit mois. Willy Chavarria y a recréé un véritable carrefour new-yorkais avec ses passages piétons, une cabine téléphonique, une Cadillac Coupe DeVille décapotable et, de façon plus surprenante, plusieurs appartements entiers de mobilier. L’ambiance était celle d’une intersection urbaine américaine, un clin d’œil aux origines du créateur et à son appartement new-yorkais situé au rez-de-chaussée, d’où il observe les passants à travers ses fenêtres.
La mise en scène était à la hauteur des ambitions du créateur. Deux mille personnes ont assisté au défilé, dont quatre cents invitées, qui avaient été conviées directement depuis une soirée de visionnage organisée par le créateur de contenu français Lyas. Ces spectateurs n’avaient jamais assisté à un défilé de mode en direct auparavant. Ce dernier a d’ailleurs expliqué qu’il s’agissait d’une des étapes pour ouvrir les portes de cette industrie. L’événement était également diffusé en direct sur un écran géant, à la manière d’un concert de rock.

Une collection automne 2026 complète, du tailoring au streetwear
Willy Chavarria a présenté l’ensemble de sa collection automne 2026. La gamme présentée couvrait un spectre impressionnant : des costumes sur mesure pour le travail, des pièces sportswear chic et décontractées, ainsi que du streetwear affirmé issu de sa nouvelle ligne Big Willy, disponible à l’achat immédiat le jour même du défilé. Le créateur poursuit également sa collaboration avec adidas, cette fois pour la Coupe du monde, en partenariat avec la Fédération mexicaine.
Les pièces formelles, sobres et élégantes, s’inscrivent dans la tendance actuelle du tailoring épuré, que l’on retrouve presque partout en ce moment. Chavarria a d’ailleurs dégonflé les épaulettes de ses costumes et troqué les robes en sablier contre des chemisiers adaptés au bureau et des jupes crayon. La palette de couleurs était plus discrète que par le passé, malgré quelques touches de rouge rosé et de violet vif.

Willy Chavarria accélère le développement global de sa marque
Le designer, finaliste du grand prix de l’ANDAM 2025, a clairement des projets commerciaux ambitieux pour sa marque. La gamme s’étendait des pièces emblématiques, comme un blouson bombardier en peau de serpent et un manteau en shearling imprimé léopard, aux essentiels de la garde-robe, tels que les survêtements, les robes chemises, les manteaux kimono et les blousons. Il a également dévoilé les premiers modèles de sa toute première ligne de chaussures. Cette progression s’explique naturellement. Chavarria a récemment perdu beaucoup de poids et se sent désormais plus à l’aise dans des vêtements plus ajustés, ce qui influence sa création.
L’envergure de la production reflétait l’ampleur de l’ambition du créateur. Il voulait montrer la valeur de sa gamme complète et raconter une histoire à la fois émotionnelle et captivante pour créer du lien avec son public. Le défilé s’est déroulé comme une série de mini-pièces de théâtre, avec des mannequins se déplaçant entre les différentes scènes.
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Performances musicales et narration scénique au cœur du défilé
Tous les artistes présents étaient latino-américains et amis du créateur. Mon Laferte et Lunay ont joué une histoire d’amour qui tourne mal sur des lits installés dans le décor, tandis que les mannequins traversaient la scène. Le groupe Santos Bravos, un boys band né d’un concours de recherche de talents latino-américains et sur le point de percer, figurait parmi les autres performances. Le chanteur colombien Feid et l’artiste portoricain Lunay ont également participé à cette extravaganza chantée et dansée.
Mon Laferte jouait le rôle de l’héroïne d’un film noir tourné et diffusé en direct sur un grand écran. Les vêtements se sont quelque peu retrouvés relégués au second plan par ce format, un effet secondaire qui survient souvent avec ce type de présentation, déjà utilisé par le passé par des maisons comme KENZO et Maison Margiela.

Un message d’amour, d’inclusion et d’engagement social
Le créateur a séduit le public avec ses costumes oversize pour hommes et ses prises de position politiques en faveur des immigrés et de la communauté LGBTQ+. Même si le message politique semblait moins explicite lors de ce défilé, il restait présent en filigrane.
Le thème central était l’amour : l’amour éternel, l’amour qui nous unit tous et qui survivra à notre existence physique. Chavarria a salué son public vêtu d’un T-shirt sur lequel était inscrit le slogan « Protection is Love », dont les ventes serviront à financer l’organisation à but non lucratif Rainbow Railroad. Le créateur a volontairement laissé son travail ouvert à l’interprétation, refusant de répondre à trop de questions afin de permettre aux spectateurs d’absorber la collection, la musique et le film, et de tirer leurs propres conclusions.
Willy Chavarria affirme une vision indépendante et durable
Cette diversité de catégories pourrait être perçue comme une réponse aux grandes maisons qui ont négligé Chavarria lors des récentes nominations de directeurs artistiques. Pourtant, l’espoir demeure que le créateur poursuive sur sa lancée indépendante. Il a d’ailleurs reçu un investissement minoritaire du groupe Chalhoub, basé aux Émirats arabes unis, en octobre dernier. Les marques du XXIe siècle sont trop rares, tandis que trop de labels zombies trébuchent d’un revirement créatif à un autre.
Chez Willy Chavarria, les revirements créatifs ne sont pas au programme. Sa vision reste aussi tranchante et convaincante que possible, notamment en ce qui concerne le tailoring et les vêtements de travail. Ce message résonne d’autant plus fort dans le contexte actuel. Cette célébration de toutes les strates de la société et ce message d’unité collective produisent un sentiment rare en ce moment : l’espoir.













































