Madame Woo ne consulte presque jamais Internet. À 66 ans, cette créatrice sud-coréenne vit volontairement à l’écart des écrans, loin du défilement compulsif et des algorithmes. Peut-être est-ce précisément cette distance avec le virtuel qui rend ses inspirations pour WOOYOUNGMI si tangibles, si ancrées dans le réel. Pour sa collection automne 2026, présentée à la salle Wagram au son d’un train à vapeur, elle s’inspire directement des hivers glaciaux de Corée du Sud.
| 📌 Repères clés |
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| 🏛️ Maison : WOOYOUNGMI 🧵 Créatrice : Youngmi Woo 🚆 Inspiration : premiers voyageurs du rail coréen (ligne Gyeongin, 1899) ❄️ Climat : réponse vestimentaire aux hivers rigoureux de Corée du Sud 🧵 Silhouettes : édouardiennes, années 60–70, revisitées 🧥 Fonctionnalité : vêtements réversibles, matières techniques, protection thermique 🏯 Identité : iconographie coréenne assumée (dancheong, hanbok) 🎼 Défilé : bande sonore mêlant folklore coréen et intelligence artificielle 🧠 Vision : élégance comme politesse, non comme démonstration |

Les premiers voyageurs ferroviaires, matrice de l’élégance WOOYOUNGMI
Le point de départ tient en une ligne ferroviaire. Le Gyeongin, inauguré le 18 septembre 1899, fut le premier chemin de fer construit sur la péninsule coréenne. Madame Woo s’est penchée sur cette époque charnière où voyager était encore une occasion précieuse, presque solennelle. Les quais gelés, les manteaux de laine sculptés, les bagages en cuir patiné : toute une cérémonie aujourd’hui disparue. Alors que le voyage contemporain s’apparente souvent à une corvée fonctionnelle, ces premiers passagers du rail coréen s’habillaient avec une rigueur étudiée.
La créatrice transpose ce raffinement d’antan dans une garde-robe masculine qui navigue entre plusieurs époques. Les silhouettes oscillent entre l’ère édouardienne et les années 1960-1970. On y retrouve des manteaux ajustés aux cols montants, une formalité boutonnée jusqu’au menton qui protège autant du froid que des regards. Les coupes sont strictes, mais jamais rigides, et sont réalisées dans des velours profonds ou des lainages patrimoniaux.

Une mode masculine fonctionnelle pensée pour l’hiver extrême
L’astrakan synthétique orne les cols de manteaux de soirée amples ainsi que des gilets cintrés qui sculptent la silhouette. Ces emprunts à la garde-robe dandy se déclinent dans des costumes de velours aux couleurs vives, serrés à la taille, avec une élégance presque théâtrale. Mais Madame Woo sait que la mode masculine d’aujourd’hui exige autre chose qu’une simple reconstitution historique.
Les bombers réversibles en fausse fourrure offrent cette polyvalence tant recherchée. D’un côté, un textile technique imperméable. De l’autre, une matière pelucheuse évoquant les fourrures mongoles. Les jeans doublés de peau lainée sont maintenus aux chevilles par des sangles en cuir, un détail pratique qui rappelle les bottes de randonnée portées avec les costumes sur mesure. Les survêtements en nylon adoucis par des bandes de velours franchissent la frontière entre vêtement contemporain et référence classique.
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L’héritage coréen au cœur de la collection
Les pulls nordiques constituent l’un des axes forts de cette collection. À première vue, leur géométrie évoque les tricots scandinaves traditionnels. Fermoirs argentés, motifs angulaires : tout semble familier. Pourtant, un examen attentif révèle qu’il s’agit en réalité de motifs dancheong, ces ornements décoratifs des temples coréens. Cette superposition culturelle témoigne d’une évolution notable chez la créatrice.
Des chemises boutonnées arborent des dessins représentant l’iconographie coréenne : temples, vases, éléments vestimentaires du hanbok traditionnel, comme les chaussettes beoseon ou les chapeaux gats. Après plus de vingt ans de défilés lors de la Fashion Week parisienne, Madame Woo avoue avoir longtemps cherché à dissimuler ses racines, comme pour mieux s’intégrer au paysage européen. Le temps lui a donné une assurance nouvelle face à son héritage. Cette fierté culturelle retrouvée imprègne désormais ouvertement ses créations.

Protection, mobilité et silhouette : l’homme WOOYOUNGMI en mouvement
Les parkas allongées, les coupe-vent démesurés et les sacs façon sacoche de médecin s’inscrivent dans une logique de déplacement. Madame Woo propose une élégance protectrice, un vestiaire conçu pour affronter les extrêmes climatiques sans renoncer à l’allure. Les matières stretch s’intègrent à des silhouettes qui conservent leur maintien. Les manteaux Chesterfield et les jupes crayon pour homme conservent leurs lignes structurantes tout en autorisant le mouvement.
Les bottes de randonnée en cuir poli, les bodysuits moulants issus de techniques de maille artisanale et les pièces techniques rehaussées de velours lustré : tout cela témoigne d’une approche hybride qui refuse les catégories figées. L’homme WOOYOUNGMI de cet automne 2026 voyage à travers le temps autant qu’à travers l’espace. Il peut aussi bien embarquer dans un train à vapeur du début du XXe siècle que descendre dans le métro ultramoderne de Séoul.
La bande sonore du défilé renforce cette impression d’époque flottante. Des bruits de vent, de pluie et de locomotive à vapeur se mêlent à des chants folkloriques coréens retravaillés par intelligence artificielle, qui sonnent presque grégoriens. Nous entrons effectivement dans un monde nouveau.
Loin des effets artificiels, cette collection puise sa force dans une observation sincère. Les hivers coréens peuvent être vécus comme une contrainte ou comme un terrain de jeu. Madame Woo a choisi la seconde option. Elle propose l’élégance non pas comme une démonstration ostentatoire, mais comme une forme de courtoisie. Une politesse vestimentaire qui honore autant celui qui la porte que celui qui la regarde.

































