La collection automne 2026 de Junya Watanabe MAN célèbre une époque révolue. Celle où Miles Davis, Jackson Pollock et Andy Warhol portaient tous l’uniforme Ivy League, décliné selon leur personnalité. Le créateur japonais transporte son public au cœur d’un Paris romanesque des années 1950 et transforme son défilé en scène de bistrot parisien. Les invités délaissent les bancs traditionnels pour s’installer à des tables de café, créant ainsi une atmosphère intimiste. Fallait-il y voir un clin d’œil nostalgique ou une déclaration d’intention ? Peu importe. Watanabe sait que la mode masculine a connu son apogée entre 1958 et 1962, juste avant la rupture culturelle du rock ‘n’ roll.
| 📌 Repères clés |
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| 🏛️ Maison : Junya Watanabe MAN 🎩 Designer : Junya Watanabe 📅 Saison : Automne-Hiver 2026 🧥 Pièce phare : manteau en laine classique revisité 🤝 Collaborations : Stüssy, Levi’s, Spiewak, New Balance 🎶 Références culturelles : jazz, Ivy League, Paris années 1950 🧵 Approche : patchwork, hybridation tailoring / workwear / streetwear 🎯 Thématique : l’âge d’or du vestiaire masculin avant le rock’n’roll |

Un vestiaire masculin classique réinterprété par Junya Watanabe
Le manteau en laine taillé domine cette saison. Watanabe en fait la pièce centrale de sa collection, alors qu’on ne l’attendait guère sur ce terrain. Ses coupes sont d’une beauté désarmante. Le modèle camel à martingale évoque les vestiaires d’avant-guerre. Le long pardessus bleu marine arbore un col marin impeccable. Certains manteaux fusionnent le tailoring classique avec des archétypes sportswear. Un dos de bomber en nylon gonflant vient bousculer le tweed. Le devant zippé d’un Perfecto en cuir se marie au chevron. Les canaux fins des doudounes Mammut contrastent avec la laine noire.
L’atmosphère du défilé frôle la mélancolie. Plusieurs mannequins gardent les yeux rivés sur leurs chaussures de ville lustrées, accablés. Les haut-de-forme, les pantalons de smoking et la scénographie sombre accentuent cette tonalité formelle. Watanabe livre l’une de ses collections les plus sobres, essentiellement déclinée en noir, gris et camel. Il la baptise « The Best Dressed », suggérant ainsi que le thème dépasse la simple idée de s’habiller et représente une actualisation du style de Junya Watanabe MAN.

Junya Watanabe x Stüssy : collision entre Ivy League et streetwear
Le moment le plus remarqué reste la collaboration avec Stüssy. Watanabe reprend les pièces emblématiques du vestiaire Ivy League : le blazer marine, le chino kaki impeccable et la chemise à col mao. Il y brode toutefois les motifs légendaires de Stüssy : l’emblématique 8-ball et la couronne brisée inspirée de Rolex. Cette collision poétique réunit le cool des années 1950 incarné par Miles Davis et la révolution surf-skate des années 1980. Shawn Stüssy, le fondateur de la marque, avait découvert le travail de Rei Kawakubo lors de ses premiers voyages au Japon. Les choses arrivent par vagues.
Sous l’œil de Watanabe, l’esthétique décontractée de Stüssy prend une tournure élégamment formelle. Le blazer club et le chino trouveraient naturellement leur place dans l’univers de Stüssy, mais stylisés selon la vision remixée du patrimoine masculin de Watanabe, ils acquièrent un nouveau mérite. Cette pièce constitue une réponse relativement décontractée aux vêtements du XIXe siècle qui l’entourent, démontrant ainsi l’étendue des influences du XXe siècle chez Watanabe.
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Levi’s, Spiewak, New Balance : les collaborations techniques clés
Watanabe multiplie les collaborations cette saison. Levi’s et Spiewak apportent leur robustesse industrielle à travers le patchwork et les constructions hybrides, dans l’héritage workwear cher au créateur. Les vestes en jean de Levi’s, expertement taillées et déclinées en noir, peuvent vous accompagner aussi bien à un mariage qu’à des funérailles. Le créateur ouvre son défilé avec ses vestes patchwork emblématiques, dotées ici de revers châle brillants, et les associe à des chemises blanches et des cravates noires.
New Balance rejoint la distribution avec une chaussure hybride qui brouille les frontières entre la sneaker de performance et l’Oxford impeccablement poli. Cette silhouette élancée et discrète ancre les chinos à jambe droite de la collection. Loin de la basket standard, ce modèle fusionne technologie sportive et formalisme.

Jazz, Ivy League et héritage culturel du menswear
Les chapeaux porkpie donnent à certains mannequins l’allure de détectives privés, de reporters ou de musiciens de jazz d’antan. Cette touche soulève l’atmosphère pendant quelques minutes. La scénographie évoque le Village Vanguard, ce club de jazz mythique. Nous assistons à l’une des plus grandes improvisations du menswear, libre, inventive et empreinte d’une grande connaissance.
Watanabe examine avec expertise les vagues qui ont traversé le vestiaire masculin depuis la fin du XIXe siècle, à travers le XXe, jusqu’au XXIe. Les chapeaux servent parfois de repère temporel aux archétypes de période sur lesquels le créateur joue. Il travaille la fracture des paradigmes par le patchwork et l’hybridation, le tout sur fond de Miles Davis et Cannonball Adderley insérant leurs mélodies spontanées dans les standards du Great American Songbook.
Watanabe démontre qu’avant les années 1960, la rigueur des lignes du prêt-à-porter masculin peut épouser l’esprit rebelle du streetwear et la durabilité des vêtements de travail. Il est difficile de rester indifférent face à cette maîtrise technique et à cette profondeur culturelle. Le créateur japonais nous rappelle qu’il existe une époque dorée du vêtement masculin qui mérite d’être explorée, déconstruite et réinventée.




















































