Vous vous trouvez devant ces sacs de boxe suspendus, attendant les mannequins. Vous vous demandez peut-être ce que Yohji Yamamoto veut vraiment vous dire. La réponse tient en un mot prononcé en coulisses par le créateur japonais lui-même : l’émotion. Sa collection automne 2026 pour homme refuse les artifices et vous confronte à une vérité simple, mais dérangeante pour notre époque. Les hommes devraient exprimer leurs sentiments au lieu de tout garder à l’intérieur.
| 🏛️ Maison : Yohji Yamamoto 🎩 Designer : Yohji Yamamoto 🥊 Concept : Un défilé conçu comme un ring émotionnel, entre confrontation et tendresse 🧵 Thème central : La protection du corps comme métaphore de la protection émotionnelle 🧥 Silhouettes : Vêtements-armures, matelassages, patchworks réparés 🕰️ Références : XVIIIe au XXe siècle, workwear, militaire, spatial 🧠 Message : Encourager les hommes à exprimer leurs émotions sans violence 🖤 Signature : Radicalité douce, humanisme, anti-spectacle |

Frapper ou ressentir : l’émotion comme langage masculin
Le défilé devient alors un laboratoire psychologique improvisé. Deux poires de vitesse à double attache se dressent sur le podium. Les mannequins s’arrêtent, hésitent, réagissent. Certains donnent un coup sec, d’autres déposent un baiser léger ou s’inclinent respectueusement. Yamamoto ne préconise pas la violence physique comme solution, lui qui affirmait la saison dernière que l’humanité devrait trouver d’autres moyens d’interagir que la guerre. Mais il a raison de suggérer que le monde serait moins compliqué si les gens osaient exprimer leurs sentiments au lieu de les réprimer.
Des vêtements-armures pour protéger le corps et l’âme
Le vétéran de la mode vous explique avec une franchise désarmante que tout vient de l’armée et du travail dans la poussière. Pas par esthétisme recherché ou par volonté métaphorique, mais simplement parce que ces vêtements protègent. Vous constatez rapidement qu’aucune partie du corps n’est exposée. Les tenues portent les traces de ce qui leur a été infligé, comme des cicatrices gagnées au combat quotidien.
L’érudition historique de Yamamoto transparaît à travers les époques. Des redingotes du XVIIIe siècle côtoient les cabans et les duffle-coats du XIXe, les costumes et les vestes de terrain du XXe siècle rencontrent les indispensables de l’ouvrier, rendus intemporels par leur utilité constante. Quelques silhouettes évoquent même des combinaisons spatiales, grâce à la finition brillante et liquide de leurs matériaux.
Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
Volumes, matelassures et silhouettes protectrices
Les salopettes épaisses arborent des motifs tachetés rappelant des éclaboussures multicolores ou un délavage accidentel. Les pantalons robustes sont pourvus de genouillères renforcées ou de panneaux de style jambières zippées ou lacées au niveau du tibia, pour une protection supplémentaire. Les pièces extérieures affichent un matelassage léger ou sont taillées dans le tissu le plus résistant possible pour leur catégorie.
Yamamoto propose même des costumes, une autre forme d’armure, en quelque sorte. L’ensemble reste sobre, hormis quelques surpiqûres ton sur ton discrètes évoquant des cicatrices refermées depuis longtemps ou des accidents évités de justesse. Le matelassage parcourt les bras et les jambes, projetant une silhouette similaire quelle que soit la morphologie de la personne qui porte le vêtement. La lourdeur est contrebalancée par le lustre des boutons militaires qui servent également à modifier les proportions.

Manipulations textiles et cicatrices du vêtement
Les coupes vous paraissent plutôt classiques, et Yamamoto vous le confirme avec une pointe d’ironie : « Nous n’avons pas besoin d’une coupe folle. » Mais les traitements de surface et les manipulations textiles parlent haut et fort. Prenez ces manteaux et ces vestes qui semblent avoir reçu d’importantes projections. En y regardant de plus près, l’effet provient d’un feutrage complexe qui s’effiloche sur les bords, à la manière d’une teinture qui bave.
Un trio final défile fièrement dans des manteaux tellement rapiécés qu’ils ressemblent davantage à un patchwork qu’à un patron cohérent. Ces hommes suggèrent que rien ne peut abattre Yamamoto ou ceux pour qui il crée. Les éléments mécaniques et militaires fusionnent pour former des hybrides dans lesquels l’utilité et les détails réglementaires occupent le même territoire vestimentaire.

Une armure douce pour survivre au monde contemporain
La protection que défend Yamamoto reste douce et enveloppante, plutôt que menaçante, portée plutôt que piétinée. Ces hommes errants, aux crinières échevelées extrêmes, sont suffisamment matelassés ou superposent flanelles et laines de couverture pour endurer de longues périodes en extérieur. Le style oscille entre l’ingéniosité excentrique et le raffinement canaille : des revers pliés et des lacets redéfinissent les jambes de pantalons en velours côtelé, tandis qu’une séquence d’ensembles noirs non structurés voit une manche de manteau s’embraser de fils rouges.
Le créateur possède une manière unique de réimaginer les idées existantes à travers des exécutions plus complexes. Sa réponse à l’armure ? Des canettes d’aluminium aplaties façonnées en gilet ou en chapeau. Sa version du camouflage : un patchwork de tissu découpé en relief élaboré. Si les imprimés du début du défilé évoquent une sorte de camouflage urbain, les combinaisons lustrées apportent une réponse technique et glissante.
Yamamoto poursuit sa réflexion sur l’expression émotionnelle sans prononcer un mot. Comment réagiriez-vous face à ces sacs de frappe inévitables ? Le charmeur sourit et esquisse une caresse sensuelle. Faire l’amour, pas la guerre.









































