Jeudi soir, le groupe Moncler a publié des résultats annuels qui ont surpris les analystes. Le chiffre d’affaires atteint 3,13 milliards d’euros, dépassant les attentes du marché, avec une accélération nette au quatrième trimestre et des perspectives prometteuses pour 2026.
Le chiffre d’affaires pour l’exercice 2025 s’établit à 3,13 milliards d’euros, contre 3,1 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 1 % en valeur courante et de 3 % à taux de change constants. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans un contexte où le secteur du luxe mondial traverse une période d’incertitude, avec des marchés asiatiques fluctuants, un consommateur américain scruté à la loupe et un tourisme européen en demi-teinte, tenir la trajectoire est déjà une performance. La dépasser en est une autre.
| 📌 Repères clés |
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| 📈 3,13 milliards € de chiffre d’affaires en 2025 🚀 +7 % au quatrième trimestre à taux constants 🌏 52 % des revenus générés en Asie 🇺🇸 Nouvelle boutique flagship sur la Cinquième Avenue 🔥 +16 % pour Stone Island au T4 💰 1,45 milliard € de trésorerie nette 📊 Marge opérationnelle de 29,2 % 🎯 Objectif 2026 : accélération en Asie et aux États-Unis |
Un quatrième trimestre qui relance la croissance
Le dernier trimestre de l’année 2025 a été décisif. Les revenus du groupe ont atteint 1,3 milliard d’euros sur cette période, soit une hausse de 7 % à taux de change constants par rapport au même trimestre de l’année précédente. C’est sur cette lancée que les équipes dirigeantes ont pris la parole jeudi soir lors d’une conférence téléphonique avec les analystes financiers. Remo Ruffini, président-directeur général du groupe, n’a pas cherché à minimiser cette dynamique. Il a insisté sur la qualité intrinsèque de ces résultats, une performance solide obtenue en préservant l’identité des marques, la clarté de la stratégie et la liberté créative, sans rien concéder à l’agitation d’un environnement économique qui ne se calme pas.
Ce type de discours peut sonner comme une formule rituelle dans la bouche d’un patron du luxe. Chez Ruffini, on a l’impression qu’il le pense vraiment. Le groupe a navigué dans la turbulence sans perdre le cap, comme en témoignent les chiffres du quatrième trimestre.
Transition stratégique et nouvelle gouvernance
L’autre annonce de la soirée concerne la gouvernance. À compter du 1er avril prochain, Leo Rongone, qui vient de Bottega Veneta, prendra la direction générale du groupe. Ruffini endossera alors le rôle de président exécutif, tout en conservant la responsabilité de la direction créative. Ce n’est pas un retrait. Il s’agit d’une évolution pensée et préparée, qui s’inscrit dans la construction à long terme d’une maison qui a su faire de sa cohérence une force.
Parallèlement, Roberto Eggs quittera ses fonctions de directeur commercial et des marchés mondiaux le 1er mars, tout en restant membre du conseil d’administration. Ces changements traduisent une organisation qui se restructure avec méthode et sans précipitation.
Moncler renforce son leadership mondial
La marque Moncler a généré à elle seule 2,72 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en progression de 1 % en valeur courante et de 3 % à taux constants. Au quatrième trimestre, les ventes ont progressé de 6 % à taux de change constants, toutes régions confondues.
L’Asie reste le premier territoire de la marque, avec 1,4 milliard d’euros de revenus, soit 52 % du total. Au dernier trimestre, la région a progressé de 11 % à taux constants, avec la Chine continentale et la Corée en première ligne. La Corée avait justement traversé quelques mois difficiles. Sa reprise au quatrième trimestre est franche. La Chine semble quant à elle retrouver un souffle que beaucoup attendaient.
Les Amériques ont généré 391,1 millions d’euros sur l’année, soit 14,4 % des revenus totaux, avec une hausse de 9 % au quatrième trimestre à taux constants. C’est sur ce marché que Moncler concentre désormais une partie importante de ses ambitions. La nouvelle boutique new-yorkaise de la Cinquième Avenue, la plus grande jamais ouverte par la marque, ouvrira ses portes cette année. Un emplacement emblématique, sur l’artère la plus scrutée du commerce de luxe mondial. Ce choix n’est pas anodin.
L’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique ont quant à eux enregistré un recul de 4 % sur l’ensemble de l’année 2025, à 913,8 millions d’euros. Le quatrième trimestre a également accusé une baisse de 3 % à taux constants, pénalisé par un flux touristique qui n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant-crise dans plusieurs villes européennes. Paris, Londres et Milan continuent d’attirer, mais moins qu’espéré.
Au 31 décembre 2025, Moncler exploitait 295 boutiques en propre dans le monde. Parmi les ouvertures récentes, on compte un nouveau point de vente à Gwanggyo, en Corée, et l’extension de la boutique de Seattle, aux États-Unis. La marque opère également 49 boutiques en gros monomarques, un nombre en légère diminution par rapport à la fin de l’année 2024, ce qui témoigne de la stratégie assumée de rationalisation de ce canal de distribution.
Stone Island confirme son repositionnement
La seconde marque du groupe, Stone Island, a enregistré 411,2 millions d’euros de revenus en 2025, soit une hausse de 2 % par rapport aux 401,6 millions d’euros de 2024. Mais c’est au quatrième trimestre que l’accélération a été la plus visible : + 16 % à taux de change constants, avec une progression à deux chiffres dans toutes les régions.
L’Asie a atteint 116,3 millions d’euros sur l’année, en hausse de 11 %, avec un bond de 22 % au dernier trimestre à taux constants. La croissance est tirée par la Chine et le Japon. En Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, les ventes sont restées stables à 268,7 millions d’euros sur l’année, mais ont augmenté de 12 % au quatrième trimestre, grâce à la bonne tenue du canal direct et à la reprise des ventes en gros. Les Amériques, en recul de 5 % sur l’année, ont signé un quatrième trimestre remarquable avec une hausse de 26 % à taux constants.
Au 31 décembre, Stone Island comptait 95 boutiques en propre, soit cinq de plus qu’un an auparavant, avec des ouvertures à Costa Mesa, en Californie, et à Yorkdale, au Canada.
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Rentabilité solide et discipline financière
Sur le plan financier, le résultat net du groupe s’est établi à 626,7 millions d’euros en 2025, contre 639,6 millions un an plus tôt, principalement en raison de charges financières nettes plus élevées (26,2 millions d’euros contre 6,5 millions en 2024). Malgré ce recul, le résultat net dépasse de 6 % le consensus des analystes. Le résultat opérationnel est resté stable à 913,4 millions d’euros, avec une marge de 29,2 % sur les ventes, là encore supérieure aux attentes du marché de 5 %.
Au 31 décembre 2025, la trésorerie nette du groupe s’élevait à 1,45 milliard d’euros, contre 1,3 milliard à la fin de l’année précédente. Cette position de liquidité offre au groupe une marge de manœuvre confortable pour financer sa croissance. Les investissements nets ont atteint 215,6 millions d’euros sur l’année, reflétant notamment les travaux du nouveau siège social milanais. Pour 2026, le groupe prévoit de ramener le ratio d’investissement à 6 % des revenus.
En matière de change, le directeur financier, Luciano Santel, prévoit un impact négatif de 4 % sur le chiffre d’affaires en 2026. Les prix des deux marques devraient augmenter d’environ 3 % sur l’année, une hausse modérée, calibrée pour ne pas freiner la demande sur un marché encore sensible à la valeur perçue.
2026 année d’expansion maîtrisée
Le groupe Moncler aborde 2026 avec une énergie que les chiffres soutiennent. Le début de l’année confirme la dynamique du quatrième trimestre, avec une forte progression de l’Asie et des États-Unis dans tous les canaux de distribution. La présentation récente de la collection Moncler Grenoble à Aspen, territoire d’élection de la marque ancrée dans l’héritage montagnard, a rappelé pourquoi cette enseigne occupe une place à part dans le paysage du luxe contemporain. Elle ne cherche pas à tout faire. Elle fait peu, mais bien, avec une identité suffisamment forte pour résister aux tendances du moment.
Ruffini l’a formulé clairement : l’ambition pour 2026 est de continuer à renforcer les marques, à investir dans l’organisation et à construire une valeur durable. Le groupe a les moyens de ses ambitions. Reste à savoir si les marchés lui donneront le contexte qu’il mérite.



