L’exposition Africa Fashion ouvrira ses portes le 31 mars 2026, au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, pour une aventure textile et visuelle qui redessine les contours de la mode mondiale. Attendue, cette exposition fait étape à Paris après avoir traversé plusieurs grandes capitales internationales, de New York à Melbourne, en passant par Chicago et Montréal.
Avant même d’avoir franchi l’entrée de la galerie Jardin, on sait qu’on ne ressortira pas indemne. Ce que porte Africa Fashion au quai Branly, c’est bien plus qu’une simple vitrine de créations : c’est la démonstration que la mode africaine n’a jamais attendu l’aval du monde occidental pour exister, innover et s’imposer.
| 📌 Repères clés |
|---|
| 📍 L’exposition Africa Fashion se tient du 31 mars au 12 juillet 2026 🏛️ Elle est présentée à la galerie Jardin du musée du quai Branly 🌍 Elle célèbre 60 ans de mode africaine 🧵 Kenté, bogolan, àdìrẹ et imprimés wax y sont mis à l’honneur 👗 Cinq pionniers structurent le parcours historique 📸 Une section entière est dédiée à la photographie africaine ✨ Une nouvelle génération redéfinit le luxe mondial |

Une exposition clé pour comprendre la mode africaine
L’exposition a été pensée et conçue par la docteure Christine Checinska, conservatrice en chef des textiles et de la mode d’Afrique et de la diaspora africaine au Victoria and Albert Museum. À Paris, deux commissaires associées du musée du quai Branly – Jacques Chirac accompagnent le projet : Hélène Joubert, responsable des collections d’Afrique, et Christine Barthe, responsable des collections photographiques. Ce trio féminin donne d’emblée le ton : Africa Fashion restitue la parole aux acteurs eux-mêmes, aux créateurs, aux photographes et aux porteurs de tissus.
Le parcours commence dans les années des indépendances africaines, au milieu des années 1950, et se poursuit jusqu’à nos jours. Ce choix chronologique n’est pas anodin. Il inscrit la mode africaine dans une histoire politique et sociale précise, celle des bouleversements qui ont redéfini les identités à travers tout le continent. Les archives présentées dans la première section (affiches, revues, photographies et enregistrements) témoignent de l’effervescence créative qui a accompagné ces années de libération, jusqu’à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud en 1994.

Mode et indépendances africaines : 1950-1994, une histoire politique du vêtement
La deuxième section de l’exposition est peut-être la plus surprenante pour un visiteur non averti. On y découvre que porter ou confectionner un tissu traditionnel africain pendant les décennies de lutte contre le colonialisme était un acte de résistance et un positionnement politique avant d’être une question esthétique.
Les textiles rassemblés ici sont d’une richesse rare. Les imprimés à la cire côtoient les kenté, ces étoffes multicolores composées de bandes tissées en soie ou en coton, typiques du Ghana. Les àdìrẹ, teints à l’indigo, sont exposés aux côtés des bògòlanfini, ces tissus maliens aux motifs géométriques obtenus grâce à la terre et aux matières végétales. Cette diversité des techniques, des pays et des savoir-faire balaie l’idée d’une Afrique monolithique et rappelle que le continent recèle une pluralité de cultures textiles qui n’ont rien à envier aux plus grandes traditions européennes.

Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
Les cinq pionniers de la mode africaine moderne
Au cœur du parcours, une section entière rend hommage à cinq figures fondatrices de la mode africaine moderne dont les trajectoires ont traversé les frontières bien avant que la mondialisation ne devienne un concept en vogue. Shade Thomas-Fahm, née en 1933, a été l’une des premières à introduire les techniques de la haute couture dans la mode nigériane. Chris Seydou, né en 1949 et disparu en 1994, a réinventé le bogolan malien en silhouettes contemporaines qui ont été reconnues sur les podiums internationaux. Kofi Ansah, designer ghanéen formé à Saint Martin’s à Londres, a consacré sa vie à l’articulation entre héritage africain et modernité. Alphadi, créateur nigérien surnommé « le magicien du désert », et Naïma Bennis, couturière marocaine décédée en 2008, complètent cette galerie de précurseurs.
Ces cinq noms forment la première génération africaine à avoir véritablement acquis une reconnaissance internationale. Les voir réunis dans une même exposition au musée du quai Branly – Jacques Chirac est en soi un événement.

Photographie africaine : mémoire visuelle des indépendances et des diasporas
L’exposition Africa Fashion accorde une place remarquable à la photographie, ce qui constitue l’un de ses atouts majeurs. La section intitulée « Capter le changement » présente des portraits issus des collections photographiques du musée, réalisés par des photographes tels que Samuel Fosso, James Barnor ou Sory Sanlé. Ces clichés, pris dans des studios de Bamako, Accra ou Lagos, documentent bien plus que des tenues : ils saisissent l’euphorie des peuples à l’aube de leur indépendance, la fierté d’une identité revendiquée et le soin apporté à l’apparence comme affirmation de soi.
La démarche va plus loin. Le musée a lancé un appel à contributions pour collecter des photographies auprès du public illustrant la mode et la relation au vêtement au sein des diasporas africaines entre 1950 et 1990. Cette initiative, rare dans le cadre d’une grande exposition, transforme le visiteur en acteur potentiel du projet et ouvre le récit collectif à des voix qui ne passent pas par les circuits institutionnels habituels.

Nouvelle génération : comment le luxe africain redéfinit les codes mondiaux
La cinquième section d’Africa Fashion est celle qui vibre le plus dans l’air du temps. Ibrahim Kamara, Imane Ayissi, Kenneth Ize, Thebe Magugu, Orange Culture, Tongoro ou encore Maxhosa Africa y présentent des créations qui redéfinissent le luxe à partir de références africaines affirmées. Ces créateurs, qu’ils travaillent à Lagos, Johannesburg, Paris ou New York, ont en commun de ne plus chercher à se fondre dans un modèle préétabli. Ils fixent leurs propres règles.
La diversité de leurs approches est frappante. Certains privilégient un minimalisme rigoureux, d’autres l’exubérance des parures ou la précision de l’artisanat manuel. Thebe Magugu, dont la collection Alchemy Automne/Hiver 2021 est présentée dans l’exposition, articule avec précision les questions de genre, d’héritage culturel et de savoir-faire textile. Sa robe-chemise en laine imprimée, associée à un chapeau de paille et à des chaussures en cuir, incarne cette façon de créer un langage de mode résolument africain et résolument contemporain.
Héritage textile et haute couture : le dialogue entre archives et création contemporaine
La dernière section de l’exposition opère un mouvement en boucle : elle confronte des textiles anciens et des accessoires rares issus des collections permanentes du musée du quai Branly – Jacques Chirac à des créations haute couture contemporaines. L’objectif est de montrer comment les créations contemporaines s’inspirent en permanence de sources anciennes, sans jamais les répéter à l’identique.
Cette mise en dialogue entre héritage et innovation est l’une des lignes de force de l’exposition. Elle oblige à repenser la chronologie habituellement appliquée à la mode mondiale, qui fait de Paris ou de Milan le point de départ de toute modernité vestimentaire. L’exposition Africa Fashion au musée du quai Branly – Jacques Chirac propose précisément le chemin inverse : partir du continent africain, de ses archives textiles, de ses créateurs et de ses photographes, pour comprendre à quel point la géographie de la mode mondiale a été mal cartographiée jusqu’à présent.
Un succès mondial avant Paris : pourquoi le quai Branly était une étape stratégique
Avant de poser ses valises quai Branly, Africa Fashion a déjà été présentée avec succès à Londres, New York, Portland, Chicago, Melbourne et Montréal. Paris est donc la dernière étape d’un tour du monde qui a, à chaque fois, suscité un accueil critique enthousiaste. Le choix du musée du quai Branly – Jacques Chirac pour accueillir cette exposition en France n’est pas le fruit du hasard : ses collections africaines, parmi les plus riches au monde, en font le partenaire naturel d’un projet qui met le continent africain au centre de l’attention.
L’exposition est visible à la galerie Jardin du musée du quai Branly – Jacques Chirac du 31 mars au 12 juillet 2026. Le musée est ouvert du mardi au dimanche, avec une nocturne le jeudi jusqu’à 22 heures.



