L’East End londonien débarque à Paris avec fracas. Charles Jeffrey Loverboy, formé à Central Saint Martins, présente sa collection dans les sous-sols du Dover Street Market, transformant l’espace en véritable happening punk. Le créateur écossais, formé à Central Saint Martins, refuse les conventions et réinvente les codes du défilé traditionnel.
| 📌 Repères clés |
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| 🎭 Créateur : Charles Jeffrey Loverboy 📍 Lieu : Dover Street Market, Paris 📅 Saison : Automne 2026 🧷 Esthétique : Punk queer, romantisme écossais, DIY 🧠 Concept : Availablism (localisme créatif et radical) 👢 Pièces clés : tartans patchwork, banana shoes, claw boots 💥 Message : résilience des créateurs indépendants face au luxe globalisé |

Dix jours avant l’événement, rien n’était certain. Les tarifs douaniers et l’effondrement du modèle de vente en gros ont fragilisé le dernier trimestre de l’année 2025. Pourtant, Charles Jeffrey persiste. Sa vision d’un « queer, Scottish, pagan, availablism » — cette philosophie héritée du mouvement no wave new-yorkais des années 1970 qui consiste à trouver la beauté dans son environnement immédiat — guide chacune de ses décisions. Le localisme devient manifeste.
Pendant cinq jours, Jeffrey peint lui-même les toiles qui habillent le sous-sol du Dover Street Market. Pas de tapis rouge, pas de photocall formaté. Les amis du créateur deviennent mannequins au dernier moment, à l’image de Baby’s Berserk, ancienne égérie de la maison devenue performeuse musicale. L’ambiance after-hours s’installe avant même 18 heures, avec un stroboscope pour seul éclairage.

Les silhouettes défilent, arborant l’ADN Loverboy dans toute sa splendeur anarchique. Tartans déchirés, coupes années 1980, lignes sablier, dentelles et tailoring anglais s’entrechoquent sans hiérarchie. Jeffrey, qui passait ses nuits dans les clubs de Dalston le visage peint en bleu, retrouve cette spontanéité créatrice qui a fondé son succès initial. La collection automne 2026 puise dans le romantisme écossais et questionne l’idée même de nationalisme par le prisme queer.
Les costumes nationaux traditionnels subissent une relecture audacieuse. Le stylisme devient un outil de navigation pour le processus créatif, brouillant les frontières entre haute couture et contre-culture. Le tartan maison, développé en interne, se transforme en patchworks désordonnés. Les accessoires crochetés prolifèrent : bonnets à oreilles d’animaux, sacs zoomorphes… La gamme de chaussures s’élargit autour des banana shoes et des claw boots, best-sellers de la marque.
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Cette approche artisanale tranche radicalement avec les fastes de la Fashion Week parisienne. Alors que d’autres déploient des budgets pharaoniques, Jeffrey propose des prix accessibles, presque provocants face aux tarifs pratiqués par ses confrères cette semaine. Les bonnets à oreilles d’animaux, qui sont devenus une source de revenus fiable, financent cette indépendance farouche.
Le créateur assume pleinement ce retour aux sources. Les soirées improvisées qu’il organisait durant ses années d’étudiant à Central Saint Martins renaissent aujourd’hui sous forme de présentation hybride mêlant théâtre, musique et performance de maquillage. L’expérimentation prime sur le formatage commercial. La liberté d’expression transcende les contraintes industrielles.

Pendant que les mannequins évoluent entre les spectateurs, Baby’s Berserk enflamme l’audience avec des morceaux électrisants. L’énergie collective dissout les barrières traditionnelles entre artistes et public. Personne ne filme compulsivement pour Instagram, l’instant présent s’impose. Cette authenticité rare rappelle pourquoi Jeffrey a nommé cette collection Thistle (le chardon écossais symbolise la résilience).
Les défis structurels auxquels sont confrontés les créateurs indépendants ne disparaîtront pas miraculeusement. Cependant, la conviction personnelle de Jeffrey compense l’insécurité ambiante. Montrer qu’une petite structure peut survivre est un acte politique en soi. Le lookbook, photographié précédemment à Londres, capture les superpositions joyeusement chaotiques, les silhouettes mouvantes, les couleurs incontrôlées, les mailles effilochées et les breloques touristiques qui constituent l’identité de la marque.
L’availablism, ce localisme revendiqué, s’oppose frontalement aux mécanismes de la mode globalisée. Chaque pièce raconte une histoire d’amitié, de proximité géographique et de réappropriation culturelle. Les excès de l’industrie du luxe trouvent ici leur antidote naturel.















