Milan réussit au duo chinois Jun Zhou et Yushan Li. Depuis deux ans, les fondateurs de PRONOUNCE ont trouvé leur rythme dans la capitale lombarde, loin des tumultes de leur parcours initial. La collection automne 2026, présentée à la fondation Sozzani, confirme cette nouvelle maturité. Intitulée Wooden Pagoda, elle s’inspire de la plus haute pagode en bois du monde, située dans la province du Shanxi. Construite sans un seul clou grâce au système d’assemblage Sun-Mao, cette architecture millénaire a traversé les siècles et les tremblements de terre. Voilà précisément ce qui intéresse Zhou et Li : la longévité, l’intelligence structurelle et la résistance au temps.
| 📌 Repères clés |
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| 🏛️ Inspiration : pagode de Yingxian, plus haute pagode en bois du monde 📍 Lieu : Fondazione Sozzani, Milan 👔 Focus : tailoring vertical, silhouettes allongées, cuir raffiné 🧵 Savoir-faire : assemblage Sun-Mao, construction sans clou 🌏 Vision : dialogue Est-Ouest équilibré et désirable 🕰️ Moment clé : 10 ans après la création de la marque |

Comment Milan a transformé l’ADN sartorial de PRONOUNCE
Le temps des collections hésitantes entre Orient et Occident est révolu. Les créateurs ont affiné leur proposition. Milan leur a apporté ce qui leur manquait : l’expertise sartoriale italienne et l’instinct commercial qui permet de vendre les vêtements. Le résultat est immédiatement visible dans cette collection. Les blazers allongés aux épaules oversize rappellent les années 1980 sans les singer. Les proportions sont justes, les coupes précises. On sent le travail en coulisses, la recherche méticuleuse du détail qui fait toute la différence.
Le cuir occupe une place centrale. Pas celui des blousons de motard, non. Zhou et Li privilégient des pièces raffinées : des vestes structurées et des pantalons souples qui glissent sur le corps sans le contraindre. La palette chromatique s’articule autour du crème, du noir, du taupe et du caramel. Puis, les touches de jaune, de bleu et de rouge réveillent l’ensemble. Rien de conventionnel dans ce choix. Les couleurs primaires deviennent secondaires et les tons neutres prennent le devant de la scène.

La verticalité architecturale au cœur de la collection
La pagode de Yingxian impose sa verticalité à toute la garde-robe. Les silhouettes s’étirent, s’allongent et se superposent. Les manteaux descendent bas et les vestes de blazer semblent ne jamais finir. Cette recherche de la ligne verticale n’est pas gratuite. Elle reproduit l’architecture ancestrale qui a inspiré les créateurs. Les ceintures ornées de mousquetons marquent la taille, créant ainsi un point de rupture nécessaire dans des volumes qui, sans cela, pourraient lasser l’œil.
La soie est traitée comme du nylon. Cette fluidité matérielle contraste avec la rigidité de la laine et des tissus plus épais. Zhou et Li jouent sur ces oppositions sans jamais en faire trop. Un pantalon en soie se porte ainsi avec une veste en laine épaisse. Une chemise à capuche cohabite avec une cravate. Le denim fait régulièrement des incursions, rappelant que PRONOUNCE n’a jamais oublié ses racines workwear.
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PRONOUNCE après dix ans : vers un vestiaire plus mature et partagé
Dix ans après la création de leur marque, les deux créateurs ont pris le temps de se poser, prolongeant ainsi leurs réflexions sur la masculinité contemporaine. Que représente vraiment la garde-robe PRONOUNCE ? Certainement pas un manifeste tonitruant. Plutôt une attitude discrète, un vestiaire dans lequel le tailoring décontracté côtoie une vision du sportswear qui refuse les codes établis. La collection automne 2026 intègre des pièces d’archives, un exercice de gratitude envers le chemin parcouru. Le look n°25 rend hommage à leur premier défilé italien, celui de la collection printemps 2019.
Les clients de PRONOUNCE achètent des vêtements pour les partager. Zhou et Li l’ont compris en observant leur clientèle. Ces hommes et ces femmes qui fréquentent la marque imaginent volontiers prêter leur veste ou leur chemise à leur partenaire, à un ami ou à un frère. Cette porosité des genres traverse toute la collection. Les vestes Tangzhuang traditionnelles chinoises côtoient des shorts tailleur et des pantalons techniques. Rien ne semble incongru dans cet assemblage.

Un dialogue Est-Ouest désormais maîtrisé chez PRONOUNCE
L’identité chinoise ne s’impose plus comme un étendard. Elle imprègne la collection de manière organique. La palette de couleurs s’inspire des teintes de la pagode. La construction des vêtements reprend les principes d’assemblage Sun-Mao. Mais l’œil reste occidental dans son exigence de portabilité et d’élégance contemporaine. Milan a enseigné à Zhou et Li cette leçon essentielle : il est possible d’être radical dans la forme sans renoncer à la désirabilité.
Les séparations en soie apportent cette fluidité qui aurait pu être oubliée avec les manteaux et blazers rigides, prolongeant leur approche plus fluide du tailoring. Les pièces workwear en denim ancrent la collection dans le réel. Parce que PRONOUNCE refuse l’exercice de style pur. Les créateurs dessinent pour des hommes qui vivent, bougent et ont besoin que leurs vêtements les accompagnent plutôt que de les contraindre.
Chez PRONOUNCE, la tradition n’apparaît jamais figée, s’inscrivant dans ce dialogue Est-Ouest déjà présent dans leurs collections précédentes. Elle devient un réseau vivant de connexions entre les époques, les cultures et les individus. Une chemise à capuche se porte avec une cravate, et personne ne sourcille. Des shorts tailleur se portent avec des chaussettes montantes et des chaussures techniques. Cette liberté, Zhou et Li l’ont conquise pas à pas, défilé après défilé.

Pourquoi Milan est devenu le catalyseur créatif de PRONOUNCE
La capitale lombarde a offert au duo chinois ce qu’aucune autre ville n’aurait pu leur donner. D’abord, l’expertise technique des ateliers qui savent transformer un croquis en vêtement abouti. L’exigence commerciale ensuite, qui oblige à penser la désirabilité sans sacrifier la créativité. La collection automne 2026 en porte la marque à chaque look. Les pièces semblent immédiatement vendables, sans le temps de décantation nécessaire aux propositions précédentes.
Zhou et Li ont compris que la cohérence prime sur l’originalité à tout prix. Leur dialogue avec l’héritage chinois s’est affiné et assoupli. La pagode de Yingxian n’apparaît pas comme une référence plaquée, mais comme un principe organisateur. Sa structure sans clou inspire la construction des vêtements. Sa résistance au temps oriente le choix des matières. Sa verticalité dicte les silhouettes. Le reste découle naturellement.
La Fondazione Sozzani, avec ses murs chargés d’œuvres d’art, offrait le cadre idéal pour cette présentation. PRONOUNCE méritait cet écrin. Parce que Zhou et Li ont dépassé le stade de la jeune marque qui cherche sa voie. Ils savent désormais qui ils sont et où ils vont. Cette assurance transparaît dans chaque pièce de la collection automne 2026. Milan leur a offert un foyer. Ils ont su en tirer le meilleur parti.





























