Dans cette première collection pré-automne 2026, Demna opère une mue spectaculaire chez Gucci. Entre échos assumés à l’ère Tom Ford, culte de la silhouette près du corps et vision radicale du confort, le créateur impose une nouvelle définition du luxe : émotionnelle, sensuelle et ultramoderne. Une collection pensée pour provoquer le désir, et le fameux FOMO qu’il revendique comme moteur créatif.

La collection Gucci pré-automne 2026 marque un tournant. Demna photographie lui-même le lookbook, recréant l’effet des projecteurs des défilés de 1996. Cette époque où Tom Ford transformait la maison florentine en phénomène mondial. Le directeur artistique l’admet sans détour : l’ère Ford reste le point de départ de sa compréhension de la mode. Une fascination qu’il revendique.
Pensez-vous connaître Demna ? Oubliez les proportions démesurées de Balenciaga et de Vetements. Chez Gucci, il explore un territoire nouveau pour lui : les silhouettes près du corps. Un changement radical qu’il explique par une relation apaisée avec son propre corps. « Mon esthétique Gucci est assez moulante, pour les garçons comme pour les filles », affirme-t-il.
Cette approche body-positive imprègne toute la collection. Le tailleur rose poudré en faille de soie qui ouvre la collection en est le parfait exemple. Les pantalons ressemblent à des leggings et les jupes crayon épousent les formes. Demna a même contacté le fabricant des pièces d’archives pour reproduire certains modèles. Surprise : la technologie a évolué en trois décennies. Le tissu offre désormais un effet légèrement différent, plus usé.
Demna bouscule les codes établis. Selon lui, le luxe ne se mesure plus au poids et à la rigidité. « Je trouve que tout est très rigide et lourd en général », observe-t-il. Les marques de luxe veulent paraître durables, ce qui, selon lui, est synonyme de lourdeur. Lui pense exactement l’inverse.

Cette philosophie se traduit concrètement. Soulevez l’ourlet d’un manteau en plumes noires cousues dans de la mousseline : il pèse une plume. Un haut en laine bouillie qui semble compresser ? Il reste souple au toucher. Les manteaux qui mêlent mouton retourné, plumes et bandes de mousseline sont d’une légèreté surprenante.
« Si vous payez autant pour un produit, vous ne voulez pas porter une veste de cinq kilos sur vous », argumente le créateur. Cette mentalité axée sur le consommateur lui semble naturelle chez Gucci. Le luxe moderne rime avec confort, et non avec contrainte.
Le sac Lunetta Phone+ incarne cette démarche personnelle. Demna l’appelle son « sac égoïste » parce qu’il l’a dessiné pour lui-même. Il se porte au poignet et est juste assez grand pour y glisser un portefeuille et un téléphone. Et que dire de la veste de course en cuir aux bandes Web aux couleurs de Gucci sur les manches ? Une autre création pour son usage personnel. Les vestes de course d’archives avaient une coupe trop années 90. Il voulait une silhouette plus actuelle, avec le Web comme signature.
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Les tee-shirts col V sont provocants. Ils flirtent avec les limites du bon goût masculin contemporain. Demna assume ce choix audacieux, alimenté par un souvenir adolescent de FOMO. « J’y vais ! J’ai réalisé que le col V est un article tellement Gucci », lance-t-il.
Les ballerines Valigeria à bout pointu, tirées des archives, ont été rééditées à sa pointure. Car un bon créateur ne fait pas seulement des vêtements pour les mannequins. Il a même installé un petit atelier dans l’espace milanais de la marque pour travailler les toiles et les maquettes. Une approche très « école française », dont il est issu. Son objectif : proposer un système de tailles beaucoup plus précis et varié que le grading conventionnel. « Nous avons tous des proportions différentes », rappelle-t-il.
La collection navigue entre plusieurs époques de Gucci. Les pièces des années 1970, comme les chemisiers à lavallière, les jupes plissées fleuries et les robes en foulards de soie équestres, conservent une touche sensuelle grâce à des fentes latérales. Le monogramme GG et les bandes Web apparaissent ici et là.
Mais c’est l’influence de Tom Ford qui domine. Demna s’imprègne de cette énergie séduisante, sexy et dynamique d’antan. Il voulait capturer « le défilé Gucci que nous avons manqué ». La soie et le cachemire donnent naissance à des tailleurs décontractés, à mi-chemin entre le jogging et la tenue d’aéroport. Le denim se décline en pièces minimalistes sans coutures apparentes. Le velours dévoré habille des pantalons transparents. Le cuir s’impose pour les vestes de motard ornées du motif Web et pour les tenues d’inspiration plongée, à l’énergie sexy.

Les modèles au style audacieux captivent le regard. Un manteau léopard en cuir qui peut se porter comme une robe. Les robes de soirée pailletées. Les textures fourrées revisitées. Le sac Jackie 1961 se décline dans de nouvelles versions. Le Dionysus est réinterprété de façon plus épurée et géométrique, loin de la vision d’Alessandro Michele.
« Je ne suis pas un bon designer si je ne fais que des vêtements pour les mannequins », martèle Demna. Cette affirmation guide son travail. Il utilise désormais sa réponse émotionnelle comme filtre plutôt que le cerveau, l’intellect ou le concept. Une liberté créative qu’il savoure.
Le créateur revendique une approche de consommateur. Son défi est de créer des produits qui suscitent le désir. Ce fameux FOMO qu’il ressent lui-même face à certaines pièces. « Commercial » est devenu un compliment, synonyme de réussite. Mais créer du désir ne signifie pas se plier aux envies actuelles des clients. Sa mission consiste à créer un nouveau désir grâce à l’identité, à la vision et à un design produit très intelligent. Car aujourd’hui, raconter des histoires ne suffit plus.
Demna explore également différentes périodes de l’histoire de Gucci. Le Gucci d’avant la mode des années 1970. Les périodes du XXIe siècle. Il observe notamment le travail de Frida Giannini : « Il y a un certain glamour féminin italien dans ce qu’elle a fait, que je trouve très rare. »
La collection Gucci pré-automne 2026 révèle progressivement la vision de Demna, avant son premier défilé prévu en février, lors de la Fashion Week de Milan. « La mode doit être edgy », affirme-t-il. Cette collection dévoile un peu plus la forme de cette « edge » Gucci à venir.























